Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

La rébellion des «Boxeurs» en Chine

par Abdelkader Mazouz *

Ce fut un mouvement social anti-impérialiste, anti-chrétien et anti-étranger, initié par une société chinoise secrète connue sous le nom de «Milice Unie dans la Droiture», ou aussi les «Boxeurs». Il eût lieu entre 1899 et 1901, vers la fin de la dynastie Qing.

Motivé par des sentiments nationalistes, ce mouvement soutint le soulèvement paysan chinois apparu en 1900. Ainsi, des troubles graves furent provoqués par l'intrusion, dans les affaires intérieures chinoises, d'une alliance de huit pays étrangers comprenant la Russie, le Royaume-Uni, la France, le Japon, les États-Unis, l'Allemagne, l'Italie et l'Autriche-Hongrie, ce qui suscita le soulèvement des ‘Boxeurs.' Après plusieurs mois d'agitation croissante, en juin 1900, les combattants groupant des boxeurs, luttèrent contre l'expansion impérialiste et incessante, des forces étrangères alliées. Celles-ci furent, en effet, associées à l'activité missionnaire chrétienne chinoise au Shandong et dans la plaine de Chine du Nord. Les ‘Boxeurs' croyaient fortement en un vieux mythe pensé comme une émanation de la ‘Société des Huit Trigrammes', qui avait fomenté des rébellions, aussi bien, contre la dynastie Qing que les Occidentaux privilégiés en Chine. Donc, les ‘Boxeurs' étaient convaincus qu'ils étaient invulnérables aux armes des envahisseurs étrangers. Ils convergèrent sur la ville de Pékin en criant: « Soutenez le gouvernement Qing et exterminez les étrangers. »

Les rebelles des ‘Boxeurs' furent soutenus par l'Impératrice de Chine, Dowager Cixi (1835-1908). Le 21 juin 1900, elle publia un décret impérial déclarant la guerre aux puissances étrangères, aux diplomates, aux civils et aux soldats étrangers, aussi bien que des chrétiens chinois, dans le quartier de la légation (mission) à Pékin. L'armée impériale de Chine et les ‘Boxeurs' auraient tué environ 240 étrangers et assiégé beaucoup d'autres ,pendant 55 jours. Cependant, certains officiels chinois préférèrent la conciliation avec les rebelles ‘Boxeurs' et les négociations diplomatiques avec les étrangers, afin d'éviter une guerre pure et simple. Après avoir été, initialement, refoulée, l'Alliance des ‘Huit Nations' finalement amena près de 20.000 soldats en Chine qui combattirent et vainquirent l'armée impériale. Ils prirent Pékin, la capitale, le 14 août 1900, levant ainsi le siège des légations ou missions présentes.

Par conséquent, la rébellion des ‘Boxeurs' affaiblit financièrement la Chine qui devait payer des dommages de guerre aux nations étrangères (elles-mêmes en guerre) et réduire des tarifs commerciaux. Péking (ou Pékin) et sa campagne environnante furent, à la fois, perturbés et pillés, avec l'exécution sommaire de tous ceux soupçonnés de faire partie du mouvement des ‘Boxeurs'. De nombreux Américains craignirent que l'intervention étrangère croissante en Chine ne permit pas aux constructeurs et aux exportateurs européens, de monopoliser les marchés chinois. Après la répression de la rébellion des ‘Boxeurs', Theodore ou Teddy Roosevelt (1858-1919), ancien gouverneur de New York, reçut l'investiture républicaine vice-présidentielle, en 1900, sous la présidence de William McKinley. Bien qu'il n'eût pas participé à l'intervention des États-Unis en Chine, pendant la rébellion des ‘Boxeurs', Theodore Roosevelt ne fit que commenter et admettant que le « problème avec la Chine était, comme pour la plupart des grandes questions, infiniment compliqué ». Il reconnu « la petitesse » de sa « connaissance » sur les événements qui avaient déclenché le siège des légations de Pékin. Pourtant, les « outrages chinois ont dû être arrêtés et les bandits chinois punis ».

Néanmoins, Théodore Roosevelt se contenta d'apprendre que le Président McKinley avait approuvé une circulaire du Secrétaire d'État John Hay, le 3 juillet, engageant les États- Unis à maintenir l'intégrité, administrative et territoriale, de la Chine, malgré les violentes émeutes des ‘Boxeurs'. Selon la déclaration de la circulaire, la politique étrangère américaine envers la Chine reposait, depuis 1857 sur « la promotion du commerce légal et sur la protection des vies et des biens de nos citoyens par tous les moyens garantis par les droits issus de traités extraterritoriaux et par le droit humanitaire ». L'administration McKinley considéra « la situation à Pékin comme une situation d'anarchie virtuelle, où le pouvoir et la responsabilité sont pratiquement dévolus aux autorités provinciales locales ». Par conséquent, le gouvernement américain considéra les gouvernements provinciaux chinois comme les représentants légitimes de leurs peuples, sauf dans les cas où ceux-ci se montraient complices des ‘Boxeurs'. La politique générale du gouvernement américain consista à chercher une solution pouvant assurer la sécurité et la paix permanentes en Chine, préserver l'entité territoriale et administrative de celle-ci, protéger tous les droits garantis aux puissances amies par le traité et le droit international, et protéger le monde, selon le principe du commerce équitable et impartial, avec toutes les parties de l'Empire chinois».

La levée du siège des légations fut la priorité immédiate de l'alliance étrangère. Selon Teddy Roosevelt, le président McKinley avait « bien fait dans le dossier chinois » et sa décision avait marqué « l'un des tournants de notre histoire». Roosevelt déclara que la rébellion des ‘Boxeurs' avait suscité la nécessité, pour les grandes puissances, de réagir et mener une mission de police dans les affaires internationales, notamment en Chine. Il fit valoir que si le régime impérial chinois était incapable de protéger les étrangers, dans ses zones d'influence, alors les étrangers avaient le droit de le faire, eux-mêmes, à la place de Pékin. Dans un échange de lettres, sur les questions de politique étrangère, avec Arthur Lee, Roosevelt fit remarquer qu'il était nécessaire, pour les nations puissantes, de travailler ensemble dans la sécurité internationale. Par conséquent, il invita le gouvernement britannique à se joindre aux États-Unis pour la création d'un groupe de travail militaire conjoint en vue de rétablir la loi et l'ordre dans les endroits troublés du monde.

En mai 1898, les États-Unis s'empressèrent de soutenir un mouvement révolutionnaire, dans l'archipel des Philippines, dirigé, alors, par un groupe de rebelles faisant partie d'une société franc-maçonnique. Ils ont lutté contre la domination coloniale espagnole oppressive qui a duré, environ, quatre siècles. Ce mouvement de libération fut dirigé par un certain Andres Bonifacio, un membre d'une loge maçonnique. Lorsque Bonifacio fut exécuté par une faction rivale en 1897, le général Emilio Aguinaldo (1869-1964), un autre membre de la Loge, prit la tête de ce mouvement révolutionnaire. Comme il ne pouvait gagner ni la paix ni l'indépendance de l'Espagne coloniale, Aguinaldo s'enfuit en exil à Hong-Kong. Il a pris des dispositions pour apporter de l'aide aux troupes américaines se battant contre l'Espagne pendant la guerre hispano-américaine (1898).

De retour de son exil, Aguinaldo instaura un gouvernement dictatorial provisoire et rédigea, le 12 juin 1898, une constitution pour la Première République des Philippines. A la fin de la guerre hispano-américaine, les deux parties belligérantes signèrent le Traité de Paris, du 10 décembre 1898 par lequel les États-Unis prirent possession de Cuba en tant que protectorat et Guam, Porto-Rico, et les Philippines en tant que colonies. En janvier 1899, Aguinaldo fut assermenté, en tant que premier président de la nouvelle République auto-gouvernée des Philippines. Il proclama à la hâte, l'indépendance de la première République des Philippines, en tant qu'Etat souverain, afin de repousser tout contrôle colonial étranger sur son pays.

Il va sans dire que les Américains réfutèrent l'investiture d'Aguinaldo, en tant que président, autant que sa proclamation d'une république indépendante des Philippines. Les États-Unis considérèrent le geste d'Aguinaldo comme provocateur. En fait, cela semblait contraire aux termes du traité de paix de Paris, en vertu duquel l'Espagne céda la souveraineté des Philippines aux États-Unis. En conséquence, les Américains commencèrent à discuter de la possibilité d'annexer les îles des Philippines. En février 1899, des affrontements éclatèrent entre les armées américaines et philippines. Les premiers affrontements débouchèrent sur une guerre qui dura du 4 février 1899 au 2 juillet 1902. Ce fut la première guerre coloniale américaine en tant que puissance mondiale. Ce fut, aussi, une guerre dévastatrice que le capitaine Elliott du régiment du Kansas put décrire ainsi : « Parler de la guerre est un ‘enfer', cette guerre bat l'estimation la plus chaude jamais faite dans cette région. Caloocan devait contenir dix-sept mille habitants. La vingtième troupe de l'armée du Kansas, balaya tout, et maintenant Caloocan ne contient pas un indigène vivant. De ses bâtiments, il n'en resta, seulement, que les murs battus de la grande église et de la prison lugubre. Dans le village de Maypaja, où s'était déclenché notre premier combat, dans la nuit du quatrième, il y avait cinq mille personnes, ce jour-là ; maintenant pas une pierre n'est restée sur l'autre. Vous ne pouvez qu'imaginer, vaguement, cette terrible scène de désolation: la guerre est pire que l'enfer ».

Les Américains eurent tendance à considérer ce conflit armé comme une « insurrection » plutôt que de reconnaître le mouvement révolutionnaire philippin contre la domination coloniale espagnole. En fait, cette deuxième insurrection était une continuation de la révolution philippine de 1896. Les révolutionnaires n'avaient aucune intention de devenir une colonie inféodée à une autre puissance impérialiste. Néanmoins, les États-Unis finirent par remporter la guerre qui prit fin, officiellement, le 2 juillet 1902. Après avoir adopté la doctrine de l'impérialisme, le président McKinley décida d'assumer de nouvelles responsabilités dans l'océan Pacifique. Les Philippines ne furent pas enfin annexées.

*Ancien chargé de Cours d'Etudes américaines, à l'université Larbi Ben M'hidi, Oum el-Bouaghi.

- Extrait de mon livre The Student's Companion to the History of the American People, Vol. 3, inédit.