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Cinq ans après…

par A. Benelhadj

L'article joint ci-dessous a été publié par le Quotidien d'Oran le dimanche 22 avril 2012. Il y a de cela cinq ans, jour pour jour. Il n'a pas pris une ride. C'est pourquoi il est reproduit à l'identique. Pas une virgule ne manque. Le lecteur jugera de son actualité.

Naturellement, la France de 2017 n'est pas tout à fait celle de 2012. Avec cette différence que la situation est pire.

Pour dissuader les électeurs de voter pour Jean-Luc Mélenchon, il ne manque pas de bonnes âmes pour tenter de les convaincre de la catastrophe qui s'ensuivrait si par malheur il accédait à l'Elysée. « Il propose des solutions extrêmement violentes pour l'économie tricolore, s'alarment les banquiers tel Philippe Waechter, chef économiste de Natixis Asset Management. Son programme ferait basculer la France dans un système potentiellement très instable. » (Le Parisien, J. 13 mai 2017)

Mélenchon rétorque calmement que la catastrophe n'est pas à venir : une écrasante majorité de Français avec lui constatent et souffrent de ce qu'elle est déjà là : des records de déficits (sociaux, financiers, budgétaires, commerciaux…). Toutes catégories confondues en cinq ans le chômage a crû de plus d'un million. L'investissement, les parts de marché, la croissance… sont en berne. L'image, le prestige, l'influence du pays et de ses gouvernants sont fortement dégradés. Une dépendance accrue à l'égard de l'Allemagne qui pèse de plus en plus sur les décisions de l'exécutif français et la souveraine d'un pays qui ne dispose plus ni de sa monnaie, ni de son budget, ni de son armée, placée sous commandement étranger.1

Comment dès lors s'étonner que celui qui préside une telle collection de faillites connaisse un record d'impopularité ?

Naturellement, le contexte international s'est violemment bouleversé : le Brexit, l'avènement de Trump, la crise ukrainienne (à la suite du coup d'Etat de Maïdan en février 2014), l'aggravation de la guerre entreprise contre la Syrie, la chute du prix du pétrole concertée par les Etats-Unis et les pétromonarchies du Golfe (le même contre-choc ourdi par Reagan en 1986) pour faire trébucher les régimes de V. Poutine et des pays qui résistent à Washington, notamment en Amérique Latine (Venezuela, Bolivie, Equateur) en ruinant leurs économies. Le feu est partout mis au sud et à l'Est de la Méditerranée et au Yemen au nom d'une étrange et mortifère liberté printanière.

Le parfum du jasmin gagne les rives de la Seine.

« Dégagés !» : Cécile Duflot, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, Emmanuel Valls… et même François Hollande, un autiste quinquennal et inaudible battu avant de combattre. La disparition des dinosaures signe la mort des primaires, tentative vaine d'étendre à la vie politique l'américanisation de la France. Une éventuelle élection de F. Fillon ne suffirait à en valider a posteriori le principe.

C'est sur cette toile de fond qui menace l'Union Européenne, « une Communauté réduite aux aguets », que se déroule une campagne électorale française assurément hors norme et dont personne ne semble en état d'anticiper l'issue.

Les gouvernements « hollandais » successifs ont perdu toutes les élections intermédiaires : cantonales, départementales, régionales, européennes…

F. Mitterrand s'était flatté d'avoir débarrassé la France du communisme. Alain Minc, actuel conseiller d'E. Macron, reconnaît à F. Hollande d'avoir débarrassé la France du socialisme (L'Express du 29 janvier 2014). Pourquoi n'en serait-il pas de même du Parti Socialiste dont beaucoup prédisent la disparition du paysage politique français ?

La démocratie représentative doit demeurer un spectacle distrayant, un jeu accommodé pour le bon plaisir des peuples, alternant les joueurs mais sans aucun enjeu politique authentique, réel. « Si voter ça changeait quelque chose, il y a longtemps que ce serait interdit ! » se gaussait Coluche avec la dérision du barde qui croit avoir tout compris, contribuant au passage à l'accroissement des taux d'abstention de citoyens occidentaux désespérés, malades d'un système formel vidé de ce que la démocratie recèle d'authentiquement subversif.

Il serait imprudent pourtant de tenir ces élections pour des consultations sans lendemains. Il a fallu mobiliser des moyens importants pour tordre le bras (et encore !) la Grèce de Syriza. Un peu moins pour contraindre le PSOE au consentement, pour ne pas s'opposer à Rajoy, menacé par Podemos. La cinquième puissance mondiale est d'un autre calibre. Elle représente une pièce essentielle dans un dispositif architecturé à l'échelle européenne et mondiale.

Les enjeux et les intérêts sont considérables. Pour s'en rendre compte il suffirait de regarder une carte et de se constater l'évidence géopolitique : pas de France, pas d'Europe. Personne ne peut mesurer les désordres économiques, financiers, monétaires et politiques qui résulteraient d'une brutale rupture d'un maillon de ce format dans les institutions actuelles.

Les Présidentielles françaises sont observées avec acuité par des entomologistes avisés et sourcilleux. Mais aussi par des apprentis sorciers. C'est pourquoi aucune politique ne peut espérer s'accomplir sereinement, paisiblement, souverainement si elle a pour but de remettre en cause les sacro-saintes lois du marché, le lien atlantique renforcé par le TAFTA et le CETA et dans la même veine, la présence militaire américaine à la tête de la diplomatie et des relations internationales du vieux continent.

Face à elle se dresseraient des forces d'une extrême résistance qui ne reculeraient devant rien pour réduire tous ceux qui voudraient remettre en cause un gradient de puissances dont l'irréversibilité paraissait incontestable, notamment depuis l'écroulement du Mur de Berlin et l'effondrement du système soviétique.2

Des images satellites signalent des troupes massives faisant mouvement en direction de la bataille des législatives pour faire face et endiguer toute « mauvaise surprise » lors des présidentielles. Ce qui accentuerait le démembrement de la Constitution en déportant l'espace de confrontation à l'avantage du Palais Bourbon, rendant la France ingouvernable comme elle le fut sous la IVème République.



Cinq ans plus tôt et mélenchon vint…

A. Benelhadj, Le Quotidien d'Oran, D. 22 avril 2012, J. 20 avril 2017

«Au commencement était l'action». Sigmund Freud

Parti d'un débit d'étiage situé par les sondages entre 5 et 6% il y a à peine quelques mois, le Front de Gauche porté par un Jean-Luc Mélenchon transfiguré, se situerait aujourd'hui entre 13 et 17%, et même -selon certaines projections- devancerait le Front National. Il convient signaler que cette progression fulgurante (si elle était confirmée dans les urnes) est due autant à une fraîcheur dans le fond que dans la forme, au rebours d'un discours politique -désormais traditionnel et convenu- qui fait surtout progresser, dans les démocraties occidentales, les taux d'abstention.

1. La forme

Avec l'avènement de la radio et plus nettement avec l'intrusion invasive de la télévision (à partir des années soixante) et d'Internet (au court de la décennie 1990), beaucoup ont pronostiqué la fin des partis politiques de masse et surtout l'«irréversible» rupture physique entre les hommes politiques et leurs électeurs.

Finis les rassemblements des foules au pied des estrades, les drapeaux claquant au vent, tels qu'on peut les revoir dans des documents d'archives en noir et blanc, rappelant les envolées lyriques sous la IIIème République de Jaurès et de Barrès ou les grands rassemblements des foules des années cinquante que la télévision n'avait pas encore dispersées.

Le petit écran semblait définitivement s'interposer pour médiatiser le lien politique dans une société civile dominée par internet, toile qui intègre, interfacés par la grâce du modem, toutes les quincailleries technologiques numériques miniaturisées, tous les médias connectés, du téléphone à l'ordinateur et du satellite à la télévision, sous le règne des industries du bavardage.

Ce sont désormais les studios normalisés, les images et le son strictement contrôlés, qui vont devenir les temples du discours et des débats politiques formatés entre hommes-troncs conditionnés. En sorte qu'il fut devenu très difficile de distinguer hommes de média et hommes politiques, consanguinité qui se prolonge jusque dans l'espace de l'intimité matrimoniale…

La campagne de Jean-Luc Mélenchon bouleverse ces schémas calibrés et provoque une révision déchirante chez les Spin Doctor qui entourent de leurs compétences des candidats que les médias « officiels » ont placés d'office au second tour. Sans que l'on puisse en mesurer l'exacte influence, la publication des sondages aussi abondants qu'insidieux produit un indéniable effet de « prophéties auto-réalisatrices ».

Devant le succès de ses meetings et l'affluence de plus en plus grande que connaissent ses prises de parole, les autres candidats à l'élection présidentielle se perdent en confusions. Des erreurs de raisonnement similaires ont été commises lors de l'apparition du cinéma (qu'on craignait évincer le théâtre) ou de la télévision (soupçonnée de menacer la presse).

On oublie trop souvent que ce sont les films de science fiction qui souffrent le plus du temps qui passe et de l'obsolescence.

Certains pensaient peut-être qu'il en est des foules de sympathisants entassées dans les salles surchauffées comme des spectateurs payés pour applaudir sur ordres d'un chef de claque au cours des émissions de télévision, ou des supporters dans les matchs de football : un simple décorum, un environnement sémiologique nécessaire à la tenue du spectacle. Les vrais clients, les vrais destinataires du message, les vraies « cibles », les électeurs étant ailleurs, derrière leurs écrans.

Dans les meetings de Mélenchon, les milliers de personnes qui assistent à sa prestation ne sont pas seulement des spectateurs qui témoignent, « signe » de la multitude. Ils participent aussi d'une action politique performative. « On ne croit qu'en ceux qui croient en eux » proposait Talleyrand-Périgord. Un principe élémentaire que les mercaticiens –culturellement limités- redécouvrent dans les écoles de commerce au cœur du « Mix ».

L'habileté du rhéteur réalise en fusion tant recherchée entre représentants et représentés, minorant sa propre promotion à quêter un siège ou un poste3, offrant ainsi son corps à l'assistance qui, ipso facto, devient acteur à travers lui : transsubstantiation sacrificielle, alchimie sacrée très ancienne, sécularisée et réinvestie dans le modèle politique profane (au sens étymologique, premier, du mot).

Est-ce en cela que consisterait une démocratie participative ?

Dans la précipitation, suite aux meetings du Front de Gauche de la Bastille à Paris, de la place du Capitole à Toulouse et celui de la plage du Prado à Marseille (le samedi 14 avril 2012), avec pour finir celui de la Porte de Versailles du 19 avril devant amplifier le mouvement initié par le Mélenchon et le défilé annoncé du 1er mai, Sarkozy à la Concorde et Hollande au bois de Vincennes le lendemain, se sont lancés dans une forme de communication et de promotion politique jugée jusque-là plutôt désuète.

Une parole performative : « Quand dire, c'est faire » (J.-L. Austin)

Ce qu'il y a de remarquable dans le succès de Mélenchon, c'est sa capacité à combiner des supports et des médias apparemment incompatibles et à réinsérer dans sa stratégie de communication une médiation qu'on avait crue vouée à la disparition. Avec un effet de synergie promotionnelle qui devrait faire l'admiration des spécialistes, lesquels – victimes d'une inclination mimétique et moutonnière que connaissent à leurs dépens les agioteurs - n'ont rien vu venir.

Autant l'accent de François Hollande, habité par l'articulation syncopée de François Mitterrand, s'applique à mimer son feu Saint patron, autant l'inflexion de la voix de Mélenchon évoque étrangement et paradoxalement la scansion péremptoire, la gestuelle déterminée du Général de Gaulle. Sans doute, l'appel à la résistance que rugissent les foules qui le suivent, invite-t-il à une réincarnation dont de nombreux Français gardent une affectueuse nostalgie consensuelle. C'est encore là une des références qui l'opposent au Front National et à ses électeurs pieds-noirs et harkis qui dédient une haine encore tenace au fondateur de la Vème République.

2. Le fond

Clamer haut et fort à Marseille : « Il n'y a pas d'avenir pour la France sans les Arabes et les Berbères du Maghreb » (…). « Nous continuons à refuser absolument l'idée morbide et paranoïaque du choc des civilisations. »

Affirmer une mixité, une fraternité millénaire de part et d'autre des rives de Mare Nostrum. Se poser de manière si orthogonale face à un FN dominant (au rebours des autres candidats qui cherchent à l'éviter ou à se le concilier), au cœur d'une région, entre Golfe du Lion et mer Ligure où il réalise ses scores les plus élevés, révèle plus qu'un solide caractère et des convictions à l'épreuve des calculs électoraux à courte vue.

Un « déni de réalité » revendiqué tel aux fondements de l'acte de résistance. Réalité niée, contestée pour transformer. Une déraison collective, intersubjective, qui fait l'histoire. L'anticipation est la vertu première du politique : « être là où les autres seront dans 7 ans » écrivait Régis Debray. Anticiper, c'est bien. Créer, c'est mieux. Du passé « il ne reste que ce que nous avons changé » disait V. Giscard d'Estaing dans un éclair de lucidité.

Au contrat, le Front de gauche reprend à son compte l'inamovible verticalité de la loi, jadis affirmée par Lacordaire : « Sachent donc ceux qui l'ignorent, qu'entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui libère ». (45e conférence de carême prononcée dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, 1848, Henri LACORDAIRE, 1802-1861).

Mélenchon semble convaincu –en toute diplomatie, sans compromettre l'issue des tractations incontournables d'après-scrutins- que le vrai problème de la France et de l'Europe n'est pas la droite, Sarkozy, Cameron, Rajoy ou feu Berlusconi. Le vrai problème de la France et de l'Europe vient de ce que l'opposition socialiste, social-démocrate, réformiste… (sous quelque vocable par laquelle elle est désignée, en France depuis 1920) ne joue pas son rôle et ne s'acquitte pas de ses obligations démocratiques au sens fort du mot. La traditionnelle objection de l'alternance sans alternative.

Arriver au pouvoir pour reconduire (avec une cosmétique lexicologique de gauche) la même politique rejetée par les peuples (par l'« opinion », ou la « population », pour reprendre le jargon que les politiques d'aujourd'hui empruntent aux sondeurs) est in fine un piège redoutable et un cul-de-sac politique. Adopter une telle stratégie c'est abuser les électeurs et dégrader le principe démocratique. C'est aussi aller vers l'échec à coup sûr.

C'est le sort qui a été réservé aux gouvernements socialistes italiens (avant le retour de Berlusconi), à un Papandréou maintes fois humilié, aux travaillistes britanniques de Blair et de Brown, à Zapatero (voire, dans un contexte différent, aux démocrates Clinton et Obama) et après-demain peut-être à François Hollande s'il parvient à chasser Sarkozy de l'Elysée, ce qui n'est pas encore assuré, les socialistes ont raison sur ce point de se méfier des victoires médiatiques et de ne pas confondre sondages et bulletins de vote. « Les sondages sont toujours favorables à ceux qui les paient » susurrait François Mitterrand.

La portée et les enjeux de l'éventuel succès électoral du Front de Gauche, dépassent les présidentielles françaises. La crise financière, économique et sociale touche toute l'Europe, en particulier l'Euroland et menace désormais la France en ses équilibres (commerciaux, budgétaires, financiers, sociaux et politiques).

Toute l'Europe des politiques, des banquiers, des financiers, des stratèges observe avec attention le déroulement de la campagne française et s'interroge (sans le montrer) sur les conséquences d'un scrutin qui enverrait au pouvoir, à l'Elysée et au Palais Bourbon, un gouvernement sous une forte pression d'un Front de Gauche, très explicitement communiste, que l'on présumait, après 1991 et la « fin de l'histoire », avoir renvoyé définitivement au musée des « tératologies historiques ».

Les peuples européens suivent aussi avec intérêt l'évolution du paysage français. Beaucoup d'entre eux ont été privés de voix : ni les Grecs, ni les Italiens n'ont été consultés sur les politiques qui leur ont imposé l'austérité, la récession, les coupes sévères dans les budgets sociaux, la hausse du chômage et les pertes de pouvoir d'achat pour le plus grand nombre, notamment les titulaires de revenus fixes dotés d'un pouvoir de négociation limité.

La démocratie des professionnels de l'entourloupe: «Votez, on s'occupe du reste».

La plupart de ces pays vivent encore sous des régimes semblables à ceux de la IVème République qui permettait – par-delà les scrutins - toutes les combines et toutes les recompositions politiques par lesquelles les gouvernements changent et permutent tout en conservant la même politique.

Aux scrutins présidentiels et législatifs français ces peuples voteront avec les pieds. Comme ces Belges, spectateurs des pantalonnades vaudevillesques de leurs voisins, dépourvus de gouvernement (et de pays) et paraissent ne s'en porter ni mieux ni plus mal.

Il tombe sous le sens que dans l'hypothèse où les Français se rebifferaient, toutes les solutions échafaudées à Bruxelles et à Francfort pour venir en aide aux pays surendettés, sous des conditions sociales très « rigoureuses » et déflationnistes, pourraient être remises en cause, avec les réactions prévisibles – et peut-être vaines - des marchés financiers dont la pression n'est grande que sur les politiques qui en sont déjà convaincus.

Les enchaînements politiques de cette « inquiétude » pourraient alors échapper à toute prévision…

Y compris – par ricochet - sur les autres « rives » de la Méditerranée où, par une étrange recomposition géostratégique (sans doute éphémère), dans un ballet où les apprentis sorciers opportunistes s'en donnent à cœur joie, l'immanent le dispute au transcendant et où la confusion des saisons pourrait commencer avec le jasmin et finir avec les cerises…

De la VIème Révolution à la VIème République…

On a complaisamment crédité le rôle de Mitterrand dans l'effondrement électoral du Parti Communiste Français. La victime controversée de « l'attentat du Jardin de l'Observatoire » prise autant l'anticommunisme que (déjà) les mises en scène médiatiques.

Mais cela ne suffit à expliquer une influence communiste décroissante dans tous les pays européens affectés par la désindustrialisation, consécutive à une mondialisation qui a fait s'effondrer les effectifs ouvriers, électeurs traditionnels des PC.

L'industrie française a perdu près de 27% de ses effectifs en 30 ans. De 30% au début des années 50, elle représente aujourd'hui autour de 10% de la valeur ajoutée et le solde industriel s'est effondré depuis la mi-90.

La théorie marxiste a, plus que les « Damnés de la terre », comme principal objet la classe ouvrière et la disparition de celle-ci fait mécaniquement disparaître les théories et les idéologies qui formalisent son destin et les structures politiques qui s'en portent protectrices. Mitterrand, le « florentin » rompu aux jeux parlementaires de partis et d'appareils, présenté -pour que son socialisme fût accepté par la bourgeoisie- comme réducteur émérite du communisme français, n'y fut pour pas grand-chose ou pour si peu.

Questions : Le marxisme serait-il compatible avec les mutations induites par la société de l'information post-industrielle et de « l'économie du savoir et de la connaissance », chère aux experts ? Une blogosphère marxiste est-elle concevable ? L'éclatement individualisé du salariat ubérisé, dans un taylorisme numérique hantant les usines 4.0, est-il interprétable dans les modèles de luttes sociales et politiques formalisés par le communisme au XIXème et au XXème siècle ?

Toute la question est de savoir si le mouvement initié par le Front de Gauche s'avèrera n'être qu'une jacquerie sans lendemains de gauchistes immatures et nostalgiques, une réaction superficielle et fugace de peur devant les « sacrifices » exigées de tous pour remettre les finances des Etats en ordre, ou bien l'expression d'une profonde rupture structurelle qui renoue avec la tradition révolutionnaire française à laquelle fait expressément référence Jean-Luc Mélenchon, égrenant les moments où la France et les Français se plaçaient très au-delà des strictes limites de leur objective condition : 1789, 1830, 1848, 1870, 1936, 1968… 2012 ?

Notes

1- Si demain Paris désirait quitter l'OTAN, l'article 13 du pacte stipule que ce n'est pas à Bruxelles (là où il siège après avoir quitté la France en 1966) qu'elle devrait adresser sa demande, mais à Washington.

« Après que le Traité aura été en vigueur pendant vingt ans, toute partie pourra mettre fin au Traité en ce qui la concerne un an après avoir avisé de sa dénonciation le gouvernement des États-Unis d'Amérique, qui informera les gouvernements des autres parties du dépôt de chaque instrument de dénonciation. »

2- Pour en avoir une idée, lire, V. Jauvert : « L'Amérique contre de Gaulle. Histoire secrète, 1961-1969 » Seuil, 280 p. Synthèse rédigée sur la base de centaines de documents déclassifiés du Département d'Etat, de la CIA et du Pentagone.

3- C'est derrière (et non devant) les syndicats que Mélenchon propose de défiler le 1er mai prochain. « S'ils nous en donnent la consigne, nous mettrons un point d'honneur à être les premiers sous les bannières des syndicats », a-t-il promis.