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A Oran, que de cinémas pour rien !

par Kamel Hamzi

Des centaines de salles de cinéma sont pratiquement à l'abandon dans le pays. Ici, le cas illustratif de la ville d'Oran où une trentaine de salles sont fermées. Le ministère de la Culture veut pourtant les récupérer et les réhabiliter pour les remettre en activité. Il se heurte au niet de l'Intérieur et des Collectivités locales.

Oran, deuxième ville du pays, ne semble découvrir le cinéma que lors du Festival du film arabe (FOFA). Cette manifestation, qui se tient chaque mois de décembre, réhabilite la grande cité avec le septième art. Le public est souvent assez nombreux à assister aux projections au niveau des salles El Maghreb, Essaada et la cinémathèque. Un public ravi de rencontrer parfois des stars du grand écran. Chaque année, les organisateurs du festival mènent presque une bataille avec les autorités pour rouvrir les salles uniquement pour la durée de la manifestation cinématographique. «Nous avons dû demander une dérogation spéciale au ministère de la Culture pour refaire le toit de la salle Essaada afin d'éviter les infiltrations d'eau. Ces salles, qui sont à l'abandon, sont sous la responsabilité des APC. Qu'on nous donne les arrêtés et on va les équiper l'année prochaine même avec la dernière technique de projection, DCP», a dénoncé Karim Aït Oumeziane, directeur du Centre national du cinéma lors de la tenue du sixième FOFA, du 15 au 22 décembre 2012.

A EN PLEURER !

Curieusement, l'APC d'Oran ferme les salles tout de suite après le festival dans l'indifférence générale. Seule la cinémathèque, qui fait partie d'un réseau national relevant du ministère de la culture, reste ouverte avec des programmations de films et de débats durant l'année. En tout, une trentaine de salles de projection sont fermées depuis au moins deux décennies à Oran. «Avez-vous visité le Balzac, l'Escurial, le Lynx, le Century, le Rex, et bien d'autres? A en pleurer! Lorsque une salle comme le Balzac devenue un «taxi-phone» à l'algérienne, je me dis que nous avons atteint le comble de l'inculture de taille encyclopédique, une sorte de trou noir à l'ignorance crasse perpétuée par des illuminés. Oran a été défigurée de sa splendeur pétillante...», écrit un commentateur oranais sur le site d'une chaîne de télévision privée algérienne. L'APC, qui a d'autres préoccupations socio-économiques, est dans l'incapacité chronique de s'occuper de la réhabilitation de ces salles et de les gérer. Pourtant, Oran, était, au début des années 1960, la ville algérienne la mieux dotée en grands écrans. Les vieux oranais se souviennent notamment du Roxy, du Royal, du Ritz, du Rex, de l'Olympia, du Mondial, du Mogador, du Lido, de l'idéal, de l'Empire, du Colisée, du Bon accueil?Tout un patrimoine livré à l'abandon et à la mort lente.

Seules donc, El Feth (ex-Pigalle), Le Maghreb (ex-Régent) et Saada (Ex-Colisée) sont encore opérationnelles. Des salles transformées au fil des ans en de simples espaces pour les meetings électoraux et partisans. Point de cinéma !

LA CULTURE VEUT, L'INTERIEUR NE VEUT PAS !

Malgré l'incapacité des communes de gérer les salles de projection, le ministère de l'Intérieur et des collectivités locales refusent toujours de céder ces espaces au ministère de la culture sans argument valable. 73 % des salles de cinéma en Algérie dépendent des collectivités locales. Ce qui est unique au monde ! Le département de Khalida Toumi milite pour récupérer les salles. «Un budget sera dégagé pour réhabiliter ces salles afin qu'elles soient cédées en gérance à des entreprises de jeunes.

Des jeunes que nous allons former avec l'aide du ministère de l'Industrie à la gestion économique des salles mais également à la culture cinématographique», a déclaré à la presse la ministre de la Culture. Ce projet concerne toutes les salles du pays au nombre de 318. Le privé ne gère que 26 salles au niveau national.

Pour Khalida Toumi, la relance des activités artistiques au niveau des salles de cinéma peut contribuer à la création d'emplois et générer une taxe d'exploitation au profit des communes.

D'où l'intérêt économique de reprendre ces espaces. L'idée serait de créer des coopératives constituées d'une dizaine de jeunes chacune pour gérer les salles de cinéma avec un cahier de charges et obligation de résultats.

Abdelmalek Boudiaf, le wali d'Oran, a promis en 2011 de réhabiliter et ouvrir deux nouvelles salles de cinéma. «Eh, bien nous attendons toujours que le wali tienne cette promesse», a soutenu Abdelkrim Ait Oumeziane. Nommé en octobre 2010, Abdelmalek Boudiaf disait ceci : «Il faut de faire de la ville d'Oran, la métropole qui va rayonner sur la Méditerranée».

Trois ans après, les oranais attendent toujours qu'Oran rivalise avec Barcelone, Tanger, Naples, Beyrouth ou Athènes?