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Un Algérien réussit à s'enfuir

par Oualid Ammar

Rébellion dans un camp de migrants à Milan Le HCR constate qu'il y a une tendance nette au recul de l'immigration clandestine durant ces trois dernières années. Parallèlement se dessinent de nouvelles routes migratoires.

L'Italie demeure un des points de chute. Il a fallu l'intervention des carabiniers pour stopper la révolte d'immigrants clandestins retenus dans un centre à Milan, dans le nord du pays. On dénombre plus de 10 blessés et la fuite d'un immigrant qui serait d'origine algérienne. Selon les informations de l'agence AKI, à l'origine de ce mouvement il y aurait eu une tentative d'évasion menée par 18 détenus. Cette tentative ayant vraisemblablement échoué, les détenus de ce centre l'ont transformée en rébellion. Il y a eu des heurts et quelques dégâts minimes. On déplore cinq détenus blessés et six policiers tandis qu'un immigrant clandestin - qui serait un Algérien - a réussi à se sauver du centre. C'est à partir de ce centre de rétention de Milan que de nombreux immigrants ont été expulsés vers leurs pays d'origine. L'Italie, depuis l'élection d'une majorité «conservatrice » en 2008, a considérablement durci son attitude vis-à-vis de l'émigration clandestine. Depuis l'été dernier, une loi controversée qualifie l'immigration clandestine de délit passible d'une amende et d'une expulsion immédiate. Dans cet esprit, le pays de Sylvio Berlusconi a conclu avec la Libye un pacte d'amitié, entré en vigueur en mai dernier qui, entre autres, facilite l'expulsion des immigrants clandestins. Ce pacte avait d'ailleurs suscité les critiques du Haut Commissariat aux Réfugiés, de l'ONU, du Vatican et de l'opposition italienne.

Recul migratoire

Mais, une récente analyse des experts du HCR révèle que la coopération controversée avec la Libye serait en train de mettre un frein sérieux à la migration vers l'Europe. D'après leurs constatations, il y a «une baisse des arrivées de bateaux» de moitié, avec un pic de 95% sur la période 2009-2010.    L'implication de l'Agence européenne aux frontières extérieures (Frontex) a également contribué à ce résultat. Frontex a participé à des opérations anti-migration en Méditerranée, notamment à Malte.

Selon les constatations du HCR, la baisse de l'immigration clandestine est « spectaculaire » en Italie, notamment sur l'île de Lampedusa. Les dernières estimations font état d'une baisse de 94 % entre 2009 et les six premiers mois de 2010. Comme ailleurs, la baisse s'est globalement amorcée en 2006. Cette année-là, 22.000 migrants ont débarqué sur les côtes italiennes depuis l'Afrique du Nord. En 2007, ils n'étaient plus que 19.900 et en 2009, seulement 8.700. La même tendance est relevée par le HCR en Espagne. Le flux migratoire y a reculé de 50 % entre 2008 et 2009. En 2006, 39.000 migrants avaient réussi à atteindre les différentes côtes ibériques, notamment aux Canaries et aux Baléares. En 2007, ils n'étaient plus que 18.000 et en 2008, seulement 13.400.

La Turquie, nouvelle voie

Ce recul migratoire recoupé par les chiffres ne signifie pas que l'Europe et d'une façon générale l'hémisphère nord, n'exercent plus d'attraction. Les experts du HCR estiment que « les flux se sont décalés vers l'est et la nouvelle grande porte d'entrée en Europe est désormais la Turquie ». D'après le bureau du HCR à Istanbul, les autorités turques ont arrêté quelque 70.000 migrants en situation irrégulière, en 2009. Un chiffre énorme, mais qui ne reflèterait qu'une partie de la réalité, estime le HCR. Selon la même source, les migrants qui arrivent en Turquie sont souvent afghans, somaliens ou érythréens et non pas originaires d'Afrique de l'Ouest. D'après les ONG, nombreux sont ceux coincés au Maghreb dans l'attente de jours meilleurs. Les Marocains non soumis à visa pour se rendre en Thaïlande contourneraient en partie le problème via des vols Maroc-Bangkok-Istanbul, révèle le HCR. Depuis la Turquie, deux routes principales se sont, en tout cas, constituées.

Une « route nord », qui passe par la Bulgarie, la Roumanie et file vers l'Europe du Nord.

Et une «route sud», via la Grèce, direction l'Italie, la France, l'Espagne?