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Pèlerinage 1440-2019 : en peu de mots et quelques chiffres

par Slemnia Bendaoud

Aspects techniques et données économiques

Le livre inspire, séduit et surtout instruit. Les voyages forment et consolident les plus sûres connaissances. Dans le rapport de celui-ci avec ces autres, le pèlerinage joint l'utile à l'agréable. Il rend le rêve possible, et son impact bien réel. Il renvoie sine die le fidèle à retourner au Saint Livre (Le Coran) tout en visitant ces Lieux Majestueux où est née la parole divine. Il constitue un vrai rêve pour tout Musulman en quête de ce cinquième pilier de l'Islam. Celui qui y accède par l'effet du miracle le réalise grâce à cette chance inouïe de remporter le gros lot dans un tirage au sort où les hypothétiques chances de figurer parmi les heureux élus du peloton relèvent plutôt d'une analyse statistique très pointue qui défie manifestement toutes les probabilités de la pourtant très drastique mathématique.

L'obligation de satisfaire à ce cinquième pilier de l'Islam passe inévitablement par ce filtre à la très fine maille qui ne laisse finalement passer que ces fidèles très chanceux qui ont vraiment rendez-vous avec la Providence. Un peu comme pour les bénir avant même d'accomplir leur devoir Sacré !

Dès lors que la question abordée tient à la foi humaine, pivot central de la personnalité du Musulman, tout le reste des éléments de la vie en société est fourré dans les soutes des obligations d'un moindre intérêt pour ne pousser l'être humain à se consacrer qu'à cette relation viscérale qui lie l'homme à sa religion et au Grand Seigneur. D'où d'ailleurs le prix à payer pour satisfaire à ce cinquième pilier de l'Islam. Berceau incontestable du tourisme religieux, L'Arabie Saoudite organise sur son territoire chaque année le pèlerinage aux Lieux Saints de l'Islam. Une très forte communauté Musulmane du monde entier y attendue.

La moyenne des pèlerins qu'accueille l'Arabie Saoudite oscille chaque année entre 2.5 Millions et 3 Millions. Un chiffre record qui dépasse de loin celui des populations de certains pays comme le Kosovo, le Qatar et autres nations du monde... Pour rester dans cet ordre de grandeur, il est utile de souligner, à ce propos, que pas moins de 350.830 fonctionnaires locaux et autres saisonniers affectés aux petits métiers lui parvenant des pays de sa proximité, ont encadré le pèlerinage aux Lieux Saints de l'Islam constitué de quelques 2.489.406 Hadjis dont 211.003 autochtones, 423.376 résidents non Saoudiens et 1.855.027 visiteurs étrangers*.

Recevoir un aussi important contingent de pèlerins sur une période assez courte (deux mois environ) de l'année nécessite, par conséquent, la mise à contribution de moyens d'hébergement, sanitaires, de transport et de restauration vraiment colossaux, afin justement de juguler et surtout répondre favorablement à un tel gigantesque flux humain durant cette haute saison de l'année. De plus, le Hadj qui se renouvèle chaque année dans la complication continue de sa donne, draine un monde de pèlerins assez important, diversifié, hétérogène, venant de différents horizons et surtout communiquant le plus souvent dans leur seule langue maternelle. Il implique de la part du pays hôte une organisation rigoureuse, à hauteur de ce très grand rendez-vous annuel qui réunit pour les besoins de ce cinquième pilier de l'Islam des Musulmans lui parvenant de tous les coins de la planète. La Mecque et Médine constituent les deux destinations-phares des futurs pèlerins. Ces derniers y arrivent (pour les étrangers au pays d'accueil) par air, mer et terre dans ces entités et proportions respectives évaluées à 1.741.568 (soit 94%), 96.209 (soit 5%) et 17.250 (soit 1%). À ces chiffres, il convient d'ajouter les 634. 379 résidents dont 211.003 sont de nationalité saoudienne.

Ces chiffres-là comparés aux données statistiques de l'année antérieure (2018), affichent une progression de l'ordre de 4.96% ; soit 117.371 pèlerins de plus que l'exercice précédent. Cependant, l'exploitation des données statistiques officielles portant sur la période des dix dernières années (de 2010 à 2019) montre, à l'évidence, que la tendance générale est plutôt haussière depuis 2017 (+35%) après avoir été pour un court temps baissière dès 2013 (-33%), vu que le chiffre total des pèlerins a toujours effleuré sinon parfois dépassé le cap des 3.000.000 de Hadjis entre 2010 et 2012. Les travaux d'extension des capacités d'accueil du Harem décidés dès 2011 en constituent la principale raison. D'autres motifs, de moindre importance, peuvent également y figurer en bonne place. La livraison partielle de certains pans ou tranches de cet agrandissement est à l'origine de ce départ à la hausse des capacités d'accueil depuis 2017.

Les restrictions opérées des années auparavant dans de très fortes proportions avaient beaucoup plus touché les autochtones et pèlerins de l'intérieur (saoudiens et étrangers résidents au royaume) plutôt que tout le reste des pèlerins des autres pays Musulmans.

Il reste que l'objectif projeté et entrevu à cet effet à travers la réalisation de ces « travaux d'Hercules » menés simultanément au sein des deux sites (La Mecque et Médine) sur plusieurs années, permettra d'atteindre à terme une extraordinaire capacité d'accueil, à hauteur justement de pas moins de 30.000.000 de pèlerins à l'horizon 2030.

À ce titre, il est fait appel à un très subtil et surtout pointu arsenal publicitaire pour faire dans la juste promotion de ce gigantesque projet d'extension. Le but recherché est de capter sérieusement l'attention des pèlerins et autres autochtones dans l'optique d'accompagner les différentes étapes de sa réalisation. Ce spot publicitaire lancé en 2016 est frappé de l'effigie « vision 2030 » dont le premier zéro de l'année en question, renvoyant à un œil grand ouvert sur l'avenir en signe de visionnaire, est orné d'un décor doré en forme de trône et qui renferme en son sein le petit palmier légèrement élevé au-dessus des deux épées croisées qui symbolisent l'identité saoudienne.

Le marketing publicitaire qui accompagne la mise en œuvre de cette extension grandiose met déjà l'accent sur cet horizon à atteindre au bout des douze années de travaux restantes. Un challenge qui a de fortes chances de se réaliser à terme, au vu des énormes moyens déployés et des avancées remarquables déjà enregistrées au plan des réalisations livrées aux pèlerins.

Ce gigantesque projet de tourisme culturel et religieux, évalué à près de 100 Milliards de Dollars US, ouvre au pays accueillant ces pèlerins du monde entier la voie à de nouvelles perspectives économiques, de manière à scruter de nouveaux horizons.

Il est à même de lui épargner, à terme, tous ses revenus pétroliers pour dicter au pays le besoin de réorienter complètement son économie, pour davantage la restructurer. Première destination touristique religieuse et culturelle du monde Arabe et Musulman, le royaume d'Arabie Saoudite accueille chaque année près de 10.000.000 de pèlerins (entre les saisons réservées au Hadj et celles liées à la Omra), engrangeant des revenus de l'ordre de 50.000.000.000 de Dollars US par année ; soit l'équivalent de l'ensemble des exportations des produits pétroliers et gaziers algériens lorsque prix du brut est à son meilleur niveau.

Il s'agit d'une véritable industrie du tourisme dont les revenus annuels avoisineront dès 2020 les cent Milliards de Dollars US, consécutivement à l‘extension des capacités d'accueil des pèlerins opérées ces dernières années ; vu que son produit touristique culturel et religieux cible à l'horizon 2030 quelque 1.6 Milliards de Musulmans ; soit à peu près un peu plus du quart de la population mondiale.

L'obligation morale d'effectuer au moins une fois dans sa vie le pèlerinage aux Lieux Saints de l'Islam situés en Arabie Saoudite fait du monde Musulman un client attitré et quasiment sûr pour ce pays, d'où découle d'ailleurs le vrai filon de cette industrie touristique unique dans le monde religieux.

Depuis 2011, l'initiative d'agrandir le Harem et d'étendre les travaux d'extension à ses nombreuses dépendances était déjà lancée. Des travaux titanesques ont depuis été menés tambour battant. Et pour certains touchant à des infrastructures de base, ils sont déjà terminés sinon sur le point d'être achevés et définitivement réceptionnés. À ce titre, des dizaines de grues de différents calibres et dimensions variées ont depuis longtemps pris leurs quartiers dans le pourtour immédiat et même au-dessus du site du Harem, se déchainant ou se démenant dans une véritable fournaise de mouvements qui renvoient dans le mouvement de leur mobilité à des ruches d'abeilles où le travail collectif et solidaire bat son plein.

Le slogan « Vision 2030 » a prévu de faire les choses en grand. Ses concepteurs ont dès lors tous les droits de croire, en effet, en ce miracle bien probable de multiplier les capacités d'accueil par trois pour passer de 10.000.000 de pèlerins (Hadj et Omra) à hauteur de 30.000.000 de Hadjis d'ici 2030. À l'évidence, il est tout à fait normal que tous ces chantiers se côtoient, se regroupent, se juxtaposent, s'entremêlent et s'impliquent dans cette dynamique de groupe pour concourir à la réalisation de cet objectif.

Une véritable bataille d'un combat passionnant, soutenu, long et ardu est engagée pour la réussite de ce « pari fou », à l'origine un peu osé, mais qui s'est avéré au fil du temps du domaine du possible, et surtout à portée de main. À présent, le bout du tunnel semble être perçu avec toute la clarté de l'appréhension voulue. Les contours du projet longtemps rêvé prennent donc forme chaque jour qui passe, en fonction des réalisations enregistrées sur le terrain des opérations. Une image nuancée se dessine lentement mais sûrement au fil du temps, avec cependant davantage de repères qui marquent déjà de leur sceau et impact l'espace urbain. En marge de ces grands travaux tendant à augmenter dans des proportions extraordinaires les capacités d'accueil des pèlerins, l'Arabie Saoudite est confrontée à un véritable défi environnemental, né de la présence des déchets ménagers colossaux et autres très fortes émanations de gaz toxiques provenant des moyens collectifs de transports en commun des Hadjis.

Plus de 4.000 bus fonctionnant tous au gas-oil constituent cette flotte de transport des Hadjis qui sillonne quotidiennement les artères de Médine, Djedda et La Mecque durant les saisons de pèlerinage et de la Omra ainsi que les axes qui lient entre eux ces trois grands pôles de forte concentration humaine.

À cet impératif de taille s'ajoute ce grand défi de savoir gérer convenablement et avec des moyens appropriés les quelques 42.000 tonnes de déchets ménagers de tous genres produits par ces nombreux invités.

Il s'agit par ailleurs de faire face à une très forte demande en eau potable, en raison d'un climat particulièrement chaud et aride qui sévit durant presque tous les mois de l'année en Arabie Saoudite. Le va-et-vient continu de camions citernes transportant l'eau dessalée sur l'axe Djedda-La Mecque en constitue la preuve évidente de ce volet environnemental qui pèse de tout son poids sur la gestion sanitaire et environnementale de cette forte agglomération durant la haute saison du pèlerinage.

Durant le pèlerinage, c'est le monde entier qui débarque à La Mecque

Ces habitants de toute la planète y arrivent en fournées très fournies, lui parvenant de toutes les rives, de toutes ces très lointaines contrées et autres coins les plus reculés du monde entier et de tous les lieux de la planète, dans des proportions assez contrastées. Les institutions publiques du pays d'accueil les classe en six grandes familles de pèlerins que sont :

- Les Hadjis des pays Asiatiques hormis les pays Arabes : 1.126.633 pèlerins soit (61%)

- Les Hadjis des pays Arabes hormis ceux du conseil de coopération : 414.750 pèlerins soit (22%)

- Les Hadjis des pays Africains hormis les pays Arabes : 187.814 pèlerins soit (10%)

- Les Hadjis des pays européens : 67.054 pèlerins soit (04%)

- Les Hadjis des pays du conseil de coopération : 31.884 pèlerins soit (02%)

- Les Hadjis des pays de l'Amérique du Nord, du Sud et de l'Australie : 26.892 pèlerins soit (01%).

L'Algérie, avec un peu moins de 40.000 pèlerins, ne représente finalement que 01% du total des Hadjis de 2019.

À travers leurs gestes et paroles, coutumes et traditions, comportements et autres accoutrements, tous les pays y sont identifiés, catalogués et référenciés et sont parfois de loin reconnus sur la base de ces seuls indices et repères.      

En leur qualité de potentiels représentants ou parfois véritables ambassadeurs de leur pays, ces invités du Grand Seigneur en ces Lieux Saints véhiculent leur culture et traduisent, à travers les faits la nature de leurs attitudes et comportements, des images-clefs et assez expressives du niveau de développement atteint par leurs Nations et sociétés.

À suivre dans la prochaine chronique : « Algérie : la double image du pays ».

(*) - Chiffres contenus dans le document officiel de l'office général des statistiques du royaume d'Arabie Saoudite (Hadj 1440)