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Après Bedoui, qui ?

par El Yazid Dib

Son départ maintenant n'est plus une importance tant il est au seuil de l'urgent. Plus que quelques heures. Que quelques rafistolages d'ultimes minutes. Les cartons sont déjà faits, les adieux déjà lancés, les regrets sont déjà en fonction.

Il aurait été le plus haï, le plus honni, le plus vociféré des gouvernements du pays. Le gouvernement le plus court, le plus léthargique, somnolant et figé.

Il est encore là pour faire valider des textes par formalisme, par devant les deux chambres durant ce weekend bouillonnant. Un dernier rôle lui est assigné avant sa rentrée dans les méandres des comptes à rendre. Un faire-valoir, genre de passeur, une machine à oblitérer des tickets de transit. Etre chef de gouvernement c'est être un manager de destin et non un simple palier de hiérarchie formelle ou une envie de paraitre le premier. Manquer de cran à l'action et crier sa douleur est une confession d'impuissance. Seule l'issue du départ volontaire et sans indemnités restait salutaire pour un tel poste de direction politique notamment en ces moments où la conjoncture sociopolitique est des plus complexes. .

Dans un Etat équivoque toutes les rumeurs se confirment et toutes les supputations finissent par avoir lieu. Un gouvernement en phase de formation serait dans la salle d'attente. Le silence des couloirs est certainement en plein travail de laboratoire. La navette des fiches de propositions connait un taux d'accomplissement des plus performants. La situation exigerait d'importantes mesures radicales. L'on ne peut s'attendre à une simple et tacite reconduction fut-elle grandement partielle. Certes il n'y aurait pas assez de remous dans la cocotte mais, au moins un léger remue-ménage. Il faudrait pour cette station importante savoir crânement franchir le Rubicon et faire dans la révolution totale des noms et des fonctions. Un décollement complet est impératif.

Etre membre d'un gouvernement cela suppose d'abord une conscience du souci national. La charge est lourde. Loin de se consumer dans l'ultime phase d'un parcours professionnel; la fonction de ministre est aussi une conviction intime de pouvoir encore réussir. Elle ne devait donc pas se contenir dans un rajout de mentions à une carte de visite. Un ministre doit produire quelque chose, ou d'essence matérielle et physique ou de service. Sommes-nous satisfaits de l'état de nos routes, de nos cités, de nos écoles, de nos gares routières, de nos administrations, de nos guichets de payement ou de l'état civil ? Le sommes nous également sur nos salaires, pensions, bourses, primes et allocations ? Sommes-nous heureux de revenir du marché prenant en guise de panier, un sac poubelle à moitié vide ? Le sommes-nous également quand l'on peine à attendre la lueur du bonheur pour un pays tout en sourire ? Le citoyen en finalité, outre qu'il soit esprit est aussi matière. Il a des besoins dont la satisfaction demeure du ressort de ceux qui sont censés le gouverner, sans qu'il y ait cependant de sa part une banale volonté pour le faire.

Pour ceux qui vont venir l'avenir leur est un lourd calvaire à supporter jusqu'à l'enfantement attendu d'un nouveau président de la république. Ils doivent être relativement jeunes et surtout d'affermis professionnels. Le pays n'a plus besoin d'icones, ni de symboles. Encore moins de lauriers avachis. Il est dans l'obligation de se garnir à la tête par des compétences ayant fait leurs œuvres ici, chez nous, à l'ombre des institutions ou en charge de quelques unes d'entre elles. Nous les verrons assidus et affranchis du complexe systémique. Privilégiant le futur national à un passé à l'excès ressassé. Le professionnalisme et le pragmatisme n'y seront qu'un prélude à une autre phase de la reconstruction de l‘Etat en état de recherche permanente.

Ce nouveau gouvernement est sensé uniquement accompagner pour ne pas oser dire, organiser les élections. C'est donc une équipe à mission ad-hoc, un staff électoral. Pas besoin qu'il soit pourvu à tous ses postes. Les secrétaires généraux peuvent aisément persévérer à gérer le quotidien, sans pour autant toucher à la profondeur du département comme cela s'est produit avec certains ministres de Bedoui qui se sont empressés de dégommer et de nommer . L'un a voulu à défaut d'arguments faire remplacer une langue étrangère acquise par une autre dont l'acquisition est encore balbutiante. Du pur populisme. L'autre a fait de la culture une scène d'un défilé de mode pour la faire finir en concert mortuaire et funéraire. C'est un gouvernement qu'il faudrait vite oublier, chargeant l'histoire nationale à retenir toutes ses gabegies. Le seul premier ministre qui durant toute son activité n'a mené ses activités qu'en intra-muros. Il ne voyait le pays que par un ancien œil de ministre de l'intérieur sous un règne maudit. Le verbe ne lui est plus coutumier. L'ayant perdu jusqu'à prendre le silence pour une stratégie de fausse sainteté. Ceci paraitrait anormal eu égard à l'irascibilité de la rue, le holà populaire et l'on pourra dire que c'est normal tant que la norme chez nous est un usage, un subterfuge et non pas un résultat académique.

Donc, par déduction il faudrait remplacer Bedoui et son gouvernement, à qui un bravo obligé est adressé pour leur ténacité ; par un autre à profil tout à fait contraire. Par des hommes acceptés, indemnes, neutres pourquoi pas totalement inconnus des sphères politiques. Des hommes administrateurs d'une période dédiée exclusivement à une période officiellement provisoire. Un groupe neuf à puiser de la sincérité du pays, du désintéressement public affectés au seul souci de travailler pour réussir à faire enjamber le difficile virage électoral. En somme un gouvernement de missionnaires.

Si dans des conditions ordinaires, le président de la république élu est présomptif pour rechercher l'amplitude de sa « légitimation » dans les urnes, le chef du gouvernement, n'étant assujetti à nulle élection, devrait néanmoins faire un consensus. Une sorte de deal entre les différents acteurs de la scène politique. Pouvoir et opposition. Alors que dire de son statut dans une situation entièrement différente et remplie de contradictions et étranglée de toute part ? Ainsi il nécessiterait outre l'agrément du président intérimaire qui le nomme , une adhésion générale. La légitimité, fut-elle formelle. Dans le système où la démocratie y est perçue comme un mode sacré de la gestion des affaires publiques, le chef du gouvernement exprime la conséquence d'une majorité politique. Il sort des listes de partis. Il devait faire d'abord l'unanimité en son sein. Dans son propre camp. C'est cette consécration « partisane » et « corporatiste » qui à juste titre légitime la nomination et octroie par conséquent une caution fortement morale vers l'accomplissement d'un programme. La légalité est ainsi corroborée.

Puisque nous n'y sommes pas, Il y a lieu aussi de bannir tous les noms usés, rabâchés à qui certains veulent en accorder une virginité, une jouvence politique douée d'un hypothétique retour triomphant. Ce panier de politiciens qui a eu à gérer le pays depuis de longues années ne semble pas à son tour prêt à se redéployer ailleurs que dans l'acte du pouvoir. C'est cette moralité hélas absente du sentiment individuel des intéressés qui cause le plus d'effets de marasme aux citoyens de ne plus croire ni à des reformes alternativement annoncées, ni à des discours intentionnellement occasionnels. Sinon comment peut-on expliquer que ce sont toujours les mêmes qui commettent les mêmes erreurs qu'eux-mêmes dénoncent ?

En l'état des choses, le futur chef du gouvernement n'aura ni programme ni plan d'action. Il ne doit avoir ni idéologie ni une quelconque attache à la borne systémique. Il ne pourra user que de l'expertise et du brio non seulement pour agir en faveur de la bonne alternance mais aussi pour tenter de jumeler son travail de terrassement à celui qui attend le nouveau président. Ca sera une autre manière de défricher un terrain miné auquel la crise économique à venir aura à faire lamentablement des siennes.