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Secouer le cocotier

par Mahdi Boukhalfa

De partout fusent des cris de désarroi. La politique, financière, commerciale et industrielle du gouvernement est mise à l'index. Le tour de vis donné aux importations a provoqué un malaise au sein des grandes filières industrielles. Le gouvernement a-t-il tort ou non de geler l'importation de certains produits destinés à la revente en l'état, décriée par les industriels ? Dans les milieux industriels, on s'interroge sur cette précipitation du ministère du Commerce à interdire l'importation de certains produits, considérés d'ailleurs comme étant non pas ‘'finis'', mais comme matière première.

Ce genre de ‘'méprise'' ou de précipitation dans la prise de décision, qui souvent est ensuite ‘'rectifiée'', donne une idée sur la gestion actuelle du portefeuille des importations. Il semblerait que le gouvernement Ouyahia va tomber dans les mêmes erreurs, pour ne pas l'accabler, sinon les mêmes travers enregistrés avec le gouvernement précédent, celui d'Abdelmadjid Tebboune, obligé de faire machine arrière sur le même sulfureux dossier des importations. Ce qui, fatalement, repose en des termes crus la finalité économique et sociale de ces décisions souvent intempestives, car n'étant pas issues d'un large consensus obtenu avec les professionnels, les industriels et les banques, menant vers l'interdiction ou le gel des importations. Mieux, l'épisode des licences d'importation, en particulier pour les véhicules, a produit plus d'effets négatifs qu'amélioré la balance commerciale, puisque la facture des importations de véhicules en kits est en hausse.

Ce charivari, qui règne depuis au moins deux années dans le secteur du Commerce extérieur, avec une facture de plus de 40 milliards de dollars d'importations, avec ou sans restrictions, est d'ailleurs immortalisé ces derniers jours par une absconse note de l'ABEF qui décide en réalité des modalités bancaires des opérations d'importation. Comme pour tordre en plus le cou au Commerce extérieur, l'ABEF demande ni plus ni moins aux importateurs d'indiquer ‘'l'autorité compétente attestant que le produit importé est conforme à la réglementation en vigueur ou à défaut aux normes internationales en matière d'exigences de sécurité et de protection du consommateur''. Sauf que ce genre de document dorénavant exigé depuis le 1er janvier 2018 par les banques de la place ne précise pas quelle autorité doit viser ledit document qui ouvre droit au feu vert à une domiciliation bancaire.

Encore une dérive administrative, pour ne pas dire bureaucratique, qui va avoir des effets négatifs directs sur beaucoup de secteurs productifs qui ne pourront dès lors avoir accès à la matière première. Une mesure, si elle vise l'importation de certains produits inutiles sur le marché local, va avoir des effets collatéraux car elle va également pénaliser les secteurs productifs et, au-delà, freiner l'activité économique et porter un autre coup sévère à la croissance, la création d'emplois, les investissements productifs. Et, plus globalement, c'est toute l'architecture du système de financement des importations qui est menacée, mais qui doit être revue, car au rythme actuel des décisions et contre-décisions, on ne va plus savoir quoi importer et quoi interdire dans un système financier assis sur deux chaises, celle de la rente pétrolière et celle de la « planche à billets ».

A moyen terme, ce sera une situation intenable pour le gouvernement Ouyahia qui ne peut indéfiniment compter sur le financement du Trésor par la Banque centrale et laisser végéter les secteurs créateurs d'emplois, de richesses, moteurs de la croissance. Un coup de pied dans la fourmilière serait salutaire pour tous.