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Quid de la république de demain ?

par El-Houari Dilmi

Véritable baromètre de la vie sociale, la rentrée scolaire est un événement annuel qui donne de l'urticaire à tous les responsables aux manettes des affaires de l'Etat. Cette année, plus de 9 millions d'élèves sont attendus pour rejoindre les bancs des écoles, le 7 septembre prochain, dans un pays où le rôle et la mission de l'institution publique qu'est l'école est au centre de l'équation très complexe du projet de société à donner aux Algériens d'aujourd'hui et de demain.

Le niet opposé par le gouvernement à l'octroi d'une augmentation de la prime de zone place justement le secteur de l'éducation en tête du front de la contestation, à quelques encablures de la rentrée sociale qui risque d'être marquée par d'autres dossiers «brûlants». Véritable revendication leitmotiv du corps enseignant, surtout pour ceux des Hauts Plateaux et du Grand Sud, l'augmentation de la prime de zone a été refusée aux enseignants au motif que «cela mettait gravement en cause les équilibres financiers de l'Etat». Pour la très volontariste ministre de l'Education, Nouria Benghebrit, il s'agit là d'un sérieux point d'achoppement avec les syndicats du secteur. Meziane Meriane, coordinateur du Syndicat national autonome des professeurs de l'enseignement secondaire et technique (Snapest), menace de «chahuter» la rentrée si le gouvernement de Sellal ne revoit pas sa copie concernant la prime de zone. Ce même responsable syndical a qualifié cette décision «d'aberrante (…), qui risque de mettre de l'huile sur le feu et inciter les syndicats à entamer des grèves pour faire valoir leurs droits».

Pour l'instant, l'application de la prime de zone ne fera pas l'objet d'une révision, en raison de «l'incidence financière qui en découlera et qui touchera les équilibres financiers de l'Etat après l'augmentation des salaires qu'induira la révision de cette indemnisation», a tranché dans le vif le Premier ministre Abdelmalek Sellal. Rejetant d'un revers de la main les arguments avancés par le PM, Meziane Meriane du Snapest, qui plaide en faveur d'un ajustement de la prime de zone et non d'une augmentation, a affirmé que «ce n'est pas une petite prime calculée sur le nouveau salaire de base qui va créer un déséquilibre financier, mais ce sont les salaires astronomiques des cadres qui peuvent influer considérablement sur les équilibres financiers de l'Etat».

Deux points de vue très loin d'être conciliables, surtout que le ministère de tutelle, après ses promesses, est attendu au tournant dès la mi-août pour donner des réponses claires aux syndicats sur les dossiers en suspens. Benghebrit, bénéficiant d'une sorte d'état de grâce jusqu'à la prochaine rentrée, a fait l'engagement ferme que «le dialogue sera ouvert à tous les partenaires sociaux pour trouver les solutions possibles», promettant de remettre les points de désaccord sur le tapis durant la troisième semaine du mois d'août. Même si les Algériens se sont habitués, depuis de nombreuses années, aux perturbations et autres mouvements sociaux dans ce secteur poids lourd, un autre point incite à l'optimisme : celui de voir la tutelle, les syndicats, les associations de parents d'élèves «enjamber» ensemble tous les obstacles pour avancer d'un pas ferme et faire de l'école d'aujourd'hui le socle solide de la République de demain. Il y va de l'Algérie de nos enfants.