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Misère, Guerres et Progrès de l'Humanité: Un nouveau mode de penser le monde comment il est, et comment il s'est édifié à travers l'histoire

par Medjdoub Hamed*

Comment comprendre le monde aujourd'hui ? Où va le monde ? «Notre temps ne ressemble en rien aux temps passés, surtout, il est complexe, incompréhensible, difficile à définir, difficile de savoir où il va ?». Comment se fait-il que le monde s'est transformé lentement au fil des siècles passés ? Et, depuis le XXe siècle, il va tellement vite qu'il faut dire au fil des décennies, au fil des années. Quel sens donner à ce formidable développement du monde ?

1. L'«Essence du Temps» et la formation de l'Histoire

La science a fait des bonds considérables. Si on regarde, par exemple, le Moyen-Âge où l'humanité comptait moins de 400 millions d'êtres humains, la population mondiale, aujourd'hui, compte plus de sept milliards et demi d'êtres humains. Le nombre d'êtres a été multiplié par 17. Pourtant, c'est la même Terre, les mêmes Hommes, la seule variable est le Temps. Si la Terre existait, et le Temps ne serait pas ressenti dans l'«âme e l'Homme», il n'y aurait pas d'existence. Le Temps englobe la Terre, les Hommes et l'Espace sidéral. Sans le Temps, «l'Homme ne peut se savoir». Le Temps est son seul repère dans l'Existence, dans l'Histoire. Si l'Espace lui est donné et il le voit dans son immensité, le Temps, il ne le voit pas, il le sent seulement. L'Homme, peut-il sentir le temps s'écouler ? Non comme le sentir dans le sens qu'il le sent s'égrener, nous emporter, par exemple, nous sommes assis, nous marchons, nous discutons, nous travaillons, nous n'y pensons pas au temps, mais entre-temps, le temps s'écoule, mais le temps n'est pas tout cela, il doit être senti aussi dans son «essence». Le temps est, il est notre histoire, il est notre existence. Et par ce qu'il est, et ce qu'il renferme de surprises, de bonnes ou mauvaises nouvelles, il est non seulement témoin des infimes instants que l'on a passé, mais aussi le Temps, au «sens» de notre existence. Pouvons-nous comprendre le «sens» de notre existence, et donc du «Temps» ? Ou plus encore, le «Temps du Temps», même le Temps a une «Âme», une «Essence», et de la même façon notre «Histoire a une âme»», et s'il en est ainsi, on peut comprendre «l'Histoire de notre Histoire», dans le sens de dépasser ce que Hegel et nombre de philosophes, dénomment la «philosophie de l'Histoire». Notre temps n'est pas le temps des Anciens, il s'est passé beaucoup d'histoires dans l'Histoire. L'humanité a beaucoup avancé dans le Temps. Aujourd'hui, avec le recul, on peut survoler cet écoulement du temps qui a commencé depuis des millénaires, voire des millions d'années qui ne sont qu'un Instant ou quelques instants que la mémoire aujourd'hui remémore en l'homme par la pensée, en un seul instant.

Ceci étant, continuons notre introspection du passé de l'humanité. Le Moyen-Âge qui a été particulièrement difficile dans la formation de l'humanité a été non moins nécessaire. Ce temps a été un peu un stade intermédiaire entre le monde antique et le monde d'aujourd'hui. Une époque souvent ravagée par la famine, les maladies, les épidémies à grande échelle, décimant hameaux, villages et villes. La «Mort noire», entre 1300 et 1400, décima un tiers de l'Europe, transformant des territoires entiers en mouroirs. Elle s'étendit aux autres parties du monde. Des historiens occidentaux avancent qu'elle a été ramenée par les Croisés, à l'époque, venant du Proche-Orient ou d'Afrique du Nord. Mais, qui peut, à l'époque, le certifier ? Et même si c'était vrai, «Pourquoi y sont-ils allés les Croisés ?» Pour les Croisades ? Dès lors, cela est difficile à dire, il ne faut pas avoir peur des mots et de leur «sens dialectique». Et si c'est une «rétribution de l'Esprit» ? Voilà ce qu'a coûté à l'Europe plus de huit croisades recensées sur les terres d'Islam. Que les peuples d'Islam n'ont pas demandé à venir. Et si tout se paye sur terre ? Ce qu'on croit le chaos, du moins pour l'humain, n'est en réalité qu'un «ordre de l'Esprit» tant pour les Croisés que pour les peuples musulmans. Et toute sanction n'est que le fait de la Providence ?

L'Histoire de l'homme recèle une infinité de cas où la Providence se substitue à l'Homme quand celui-ci ne peut réparer le préjudice fait par l'homme à l'homme. Et là c'est un «principe relevant de l'essentialité de l'existence», qui signifie que les Croisés devaient y aller et que la «maladie noire» entrait comme «nécessité» et «devait éclater pour mettre un arrêt à ces raids chrétiens en terre d'islam». Et surtout c'est chèrement payé quand on pense ce qu'elle a décimé en vies humaines. Le problème n'est pas qu'il y a eu un tribut à payer ou qu'il eut eu des croisades, c'est pourquoi il y a eu les croisades ? Et là, on peut avancer toutes sortes d'explications, comme l'appel d'Urbain II ou autres crises démographique, économique, politique à l'époque, il demeure cependant que le Temps-providence a pour ainsi ordonné ces événements – donc ces croisades ont été une Nécessité de l'Histoire –, comme ce qui a prévalu, ensuite en Europe, pour mettre fin aux croisades. Hegel dira qu'il y a un Esprit dans l'Histoire. L'auteur de ces lignes dit encore, complète l'affirmation de Hegel, «il faut déchiffrer, comprendre le message de cet Esprit du Temps de l'Histoire».

L'homme n'est pas seulement un «témoin de l'Esprit» dans le Temps de l'Histoire, mais aussi un «acteur de l'Esprit» qui peut comprendre le message de la Providence.

Ceci étant, continuons notre introspection sur le Moyen-Âge. Les conditions d'existence des peuples, que ce soit en Europe, en Afrique, ou dans les autres contrées du monde, étaient très dures. Les hommes et peuples n'avaient presque pas le statut d'êtres humains, ils étaient confinés dans des Etats-royaumes, pour la plupart, dans la condition de serfs. Un statut proche de l'esclavage. Les domaines des seigneurs étaient vendus avec leurs paysans-serfs qui vivaient dans le dénuement et la soumission complète. Le monde était brut et ignorant, et les centres de lumières rares. L'Eglise faisait tout pour maintenir la régression et évidemment les privilèges des prélats. Le monde médiéval était pratiquement le même partout en Europe et hors d'Europe. Malgré les religions, c'était un stade nécessaire que devait traverser l'humanité. Et ce qu'il y a d'incroyable, c'est que le temps des seigneurs et des rois perdurent aujourd'hui, en plein XXIe siècle, les peuples sont soumis et gardent encore cet esprit moyenâgeux. Ceci prouve que rien n'est acquis pour l'humanité, que le monde est en perpétuelle évolution.

2. D'où l'Europe a tenu sa puissance ?

Vint le temps de la Renaissance, et après le Siècle des Lumières, l'Europe revient de nouveau à ses expéditions d'antan, mais cette fois-ci elle vise des continents entiers. L'Amérique du Sud et du Nord, l'Afrique, l'Australie et l'Asie. La pression démographique et les avancées scientifiques lui donneront les moyens d'imposer sa puissance sur tous les peuples du monde. Une minuscule Europe, mosaïque de nations et de langues, se transforme en «Centre de décision» qui aura à régir les destinées du monde, pendant quatre siècles. Rien dans le monde ne se fera sans l'Europe. Une «destinée», une «histoire», une «nécessité», c'est en fait tout cela pour l'Europe, sans lequel elle ne serait pas allée dominer le monde. Cela a existé pour les empires passés. L'empire romain, l'empire byzantin, l'empire arabe, et d'autres empires dans l'histoire de l'antiquité. Il n'y a rien d'extraordinaire dans ces phénomènes, il arrive toujours à un temps de l'Histoire qu'un peuple, une grande nation, un peuple-continent domine et surplombe les autres peuples.

Si on regarde la géographie de l'Europe par rapport aux autres régions du monde, on s'apercevrait qu'une équidistance géographique lie les continents asiatiques, américains et africains à ce centre mondial. Une géographie qui vient renforcer la place de l'Europe dans le monde. Mais tout processus a une fin, d'autant plus que le monde colonisé ne pouvait être assujetti à l'infini. Sinon le sens de l'humain n'aurait pas de sens. Un animal peut être domestiqué mais pas un homme. Il arrive toujours un concours de circonstances qui viendrait délivrer l'homme de ses chaînes.

Précisément, deux pays naissent au XIXe siècle, et deviennent deux grandes puissances. Ces deux sont en fait l'Allemagne et le Japon. Arrivées en retard au partage du monde, elles cherchent, en tant que nouvelles puissances qui comptent sur l'échiquier géopolitique mondial, à négocier leurs parts qui leur reviennent sur les territoires d'Afrique et d'Asie.

Et ce qui est incroyable, c'est que ce qui a été construit par l'Europe pendant quatre siècles sera détruit en trois décennies par ces mêmes puissances qui entrent en guerre avec celles qui les ont devancées. Deux guerres mondiales qui ont été, à l'instar de la «Mort noire» au XIIIe et XIVe siècle, un «tribut à payer par les grandes puissances mondiales».

Si on veut comprendre l'Histoire de l'humanité, l'Homme ne doit pas se voiler la face. Le problème n'est pas de dénigrer les pays européens, mais de comprendre la dynamique qui a fait avancer l'humanité. Et rien n'est fortuit, tout relève d'un «Plan qui transcende l'homme». Ce n'est même de la Religion, c'est la RELI-GION, l'Homme est «relié à une Essence» dont il ne sait rien.

En outre, on peut transposer la situation des Européens de l'époque aux Chinois ou aux Arabes, si ceux-ci s'étaient trouvés en Europe, ils auraient certainement menés les mêmes politiques coloniales. Le problème n'est pas l'Europe ou le tribut qui a été payé par l'Europe et les autres puissances, c'est pourquoi la colonisation et ensuite les guerres mondiales pour mettre fin à la colonisation. Et c'est cela qui est essentiel à comprendre. Sans cela on se perd sur des conjectures terrestres, mais sans appréhender l'«essence de l'Histoire».

Il y a donc «des buts assignés à ou pour l'Histoire qui déterminent les conjonctures, dussent-elles être révoltante pour faire avancer l'Histoire». En d'autres termes, l'Homme est agissant, mais il y a «toujours une autre Force plus agissante qui le transcende et change ses actions en d'autres actions». Cette pensée peut être appréhendée par l'intelligence de l'homme, sauf si cet homme refuse cette pensée parce qu'elle lui paraît trop abstraite, peu claire. Et ce qui est dit ici à l'échelle des peuples peut être dit à l'échelle de l'homme, qui est une partie de cette humanité. Tout homme peut, par une introspective, «mesurer son vécu» et voir souvent, dans les grands événements heureux ou malheureux qu'il traverse, et qui ont changé le cours de sa vie, qu'ils lui étaient destinés à lui seul, qu'ils relèvent réellement d'un processus ordonné, intelligent, nécessaire et propre à son vécu. L'homme peut penser ces événements à un hasard, mais un hasard «contingent»propre à son histoire.

Ce mode de penser l'Histoire humaine est à prendre ou à laisser. Et s'il est proposé par l'auteur, c'est qu'il permet à l'homme de mieux saisir l'herméneutique de son existence. Trois principes d'explication fondent cette approche de penser l'humanité. Le «principe premier» que l'auteur s'énonce : «L'Homme ne fait pas seul l'Histoire». S'il la faisait seul l'Histoire, comme il peut le penser, et le croire, que l'Homme explique le plus élémentaire de son existant. «D'où il tient, d'où il tire sa pensée ?» Il n'est existant que parce qu'il pense. Si on lui retire sa pensée, l'homme n'existe pas. C'est «par la Pensée qu'il existe, qu'il compte pour l'Histoire».

Descartes, dans sa Deuxième Méditation, n'a-t-il pas proclamé : «Je suis, j'existe [...] si je cessais de penser, que le cesserais en même temps d'être ou d'exister. Je n'admets maintenant rien qui ne soit nécessairement vrai : je ne suis donc, précisément parlant, qu'une chose qui pense, c'est-à-dire un esprit, un entendement ou une raison, qui sont des termes dont la signification m'était auparavant inconnue. Or je suis une chose vraie, et vraiment existante ; mais quelle chose ? Je l'ai dit : une chose qui pense.

Et quoi davantage ? J'exciterai encore mon imagination, pour chercher si je ne suis point quelque chose de plus. Je ne suis point cet assemblage de membres, que l'on appelle le corps humain ; je ne suis point un air délié et pénétrant, répandu dans tous ces membres ; je ne suis point un vent, un souffle, une vapeur, ni rien de tout ce que je puis feindre et imaginer, puisque j'ai supposé que tout cela n'était rien, et que, sans changer cette supposition, je trouve que je ne laisse pas d'être certain que je suis quelque chose. [...] Mais qu'est-ce donc que je suis ? Une chose qui pense. Qu'est-ce qu'une chose qui pense ? C'est-à-dire une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent.»

Ceci est révélateur sur le sens phénoménal de la pensée de l'être humain qu'exprime Descartes, il y a plus de trois siècles. On peut même étendre cette question sur la pensée à ma personne et à toute personne qui pense, c'est-à-dire à tous les humains. Est-ce que c'est moi qui suis en train de développer cette analyse ? En suis-je certain ? Suis-je en train de la penser ? Cela est certain que je pense. Et si ce n'est pas qui pense mes idées mais les idées qui pensent en moi ? C'est une possibilité, je n'ai pas l'assurance totale que c'est moi qui pense mes idées. Et si je suis la chose de la pensée, mon cerveau n'étant que l'interface entre la chose humaine que je suis, y compris mon cerveau qui joue le rôle de véhicule pour la pensée, et mon cerveau à travers la pensée qui l'habite dont je ne sais comment, me dit que je suis humain, qui communique à moi et pense en moi. Et cette situation est la situation de tout homme qui pense, «s'il est conscient qu'il pense et peut ainsi penser».

De plus, on peut même ajouter sur sa présence terrestre : «En quoi l'homme est-il utile à la Terre ? En quoi l'homme est-il nécessaire à l'Histoire du monde ? A l'Univers ? Le monde, l'univers peut-il exister sans l'homme ? Est-il irremplaçable ?» Si l'«Intelligence suprême» voudrait remplacer toutes les espèces vivant sur la Terre ? Qui l'arrêterait ? Puisque l'Homme ne se sait pas sinon qu'il est constitué des éléments de la Terre et qu'il retourne à la terre. Un cataclysme sur la terre (collusion de la terre avec un astéroïde géant, augmentation de température sup. à 80°C par changement de l'orbite terrestre autour du soleil, épidémie mondiale qui emporterait toute l'humanité, etc.) ferait disparaître certainement l'espèce humaine de la Terre. C'est cette situation phénoménologique de l'humain qui nous interpelle.

Le deuxième principe que l'auteur donne, et que nous constatons souvent, parce qu'il nous entoure ou que nous y sommes dedans, «c'est la misère, la régression, mais nécessaire parce qu'elle trace le chemin du progrès continuel de l'humanité qui ne s'arrête jamais». Sans ces constantes au cours des siècles, l'humanité n'aurait jamais pu se constituer, ni même exister. Précisément, ce sont eux qui font que l'humanité est «humanité», et en constant devenir. Car l'humanité n'a pas choisi d'être ou à être, elle fait avec ce «être Qui lui est donné pour être». Aujourd'hui encore, le mal humain est incompréhensible, mais que nous voulions ou non, ce mal humain nous accompagne parce que c'est lui qui fait en grande partie notre histoire.

Le Troisième principe sera développé dans le paragraphe suivant. Ainsi, partant de ces principes fondateurs, l'Homme peut tirer «quelque sens de l'Histoire, du temps humain qui s'écoule dans ce Temps éternel». Peut-être comprendra-il mieux ce qu'il en est de lui, ce qu'il sera de son existence ? Les crises économiques, les guerres, le développement, la croissance démographique, la pauvreté, la misère, et on ne peut en douter, ont un sens dans l'Histoire que déroule le Temps.

3. Richesse et pauvreté se sont substituées à l'ordre ancien

Deux Guerres mondiales ont été donc nécessaires pour féconder un nouvel Etat du monde. Le Temps de l'Histoire va s'accélérer comme il ne l'a jamais été par le passé. Quelques décennies seulement changeront l'Histoire de l'humanité pour qui les quatre siècles depuis le siècle des Lumières, ou les 3000 ans depuis le commencement du monde antique, ne seront que des vestiges qui n'ont rien à voir avec l'âge atomique. Plus de 100 nations d'Afrique et d'Asie naîtront, à partir de la fin des années 1940.

L'Afrique et l'Asie libérées de la domination occidentale. L'essor de la science a fait un bond prodigieux – jamais autant de découvertes scientifiques, de techniques ne virent le jour que durant cette période de l'Histoire. La «libération de l'Occident de la guerre grâce à la crainte d'une apocalypse nucléaire». L'homme se lance à la conquête spatiale. Ce qui était inimaginable devient possibilité avec les temps nouveaux. Marcher sur la Lune, atteindre la planète Mars changent complètement la vision de l'homme sur l'univers. Quant aux pays décolonisés, toute guerre menée par une grande puissance contre ces pays coûtera très cher financièrement et en homme. Les guerres au Vietnam, en Afghanistan, en Irak... montrent qu'une petite armée de nationalistes engagés mettent en échec les armées les plus puissantes du monde. Les armements et la sophistication des stratégies du faible par rapport au fort créent de nouvelles formes de combat. Le terrorisme et la guerre «asymétrique» demeurent une arme presque imparables, ils rendent inopérants l'usage d'armements lourds par les grandes puissances.

Cependant, malgré ces avancées tout azimut, l'euphorie de l'humanité ne va durer que le temps de la reconstruction de l'Europe et l'édification des nouveaux Etats issus de la décolonisation. Le nouveau visage de l'humanité dû à l'essor de la «consommation de masse», le développement prodigieux des moyens de communications, les avancées de la médecine et de l'hygiène dont l'emploi est systématisé dans les pays riches et pays pauvres, concourent à une formidable poussée démographique dans le monde.

Un monde sans guerre entre les grandes puissances, malgré la Guerre froide et les conflits régionaux qui ne menacent pas la paix mondiale, conjugué au formidable essor économique, attisent précisément cette «croissance démographique que n'a jamais connu de mémoire l'humanité». Une croissance qui ira de pair avec l'essoufflement des grandes économies occidentales et les crises économiques qui commencent à apparaître dès les années 1970. Des «insatisfactions sont ressenties, dès ces années, par les peuples tant du Nord que du Sud». Les années 1980 et 1990 verront le chômage filer fortement dans le monde, remettant en cause l'Etat-Providence. Le doute s'installe désormais dans les consciences sur l'avenir du monde.

Malgré les accords internationaux sur le commerce mondial, dans le cadre du G.A.T.T. devenu l'OMC depuis janvier 1995, les puissances industrielles sont entrées en concurrence les unes contre les autres. Chaque pays s'affaire à préserver son équilibre économique d'autant plus que la population mondiale n'a cessé d'augmenter. De 2,07 milliards d'êtres humains en 1930, elle est passée à 3 milliards en 1960, en 30 ans seulement. Alors qu'il a fallu 130 ans pour arriver à ce chiffre, le premier milliard sur terre étant bouclé en 1800. Le quatrième milliard est atteint en 1975, en quinze ans seulement, l'écart de temps est divisé par deux. Le cinquième milliard en 1987, en 12 ans seulement. Le sixième milliard en 1999. Le septième milliard en 2011. L'écart n'ayant pas changé, on peut pronostiquer qu'en 2023, la population mondiale bouclerait les 8 milliards d'êtres humains. Le 11novembre 2014 à 20 heures, la population mondiale a atteint, 7, 257 440 milliards d'êtres humains, soit 250 millions d'êtres humains de plus par rapport à 2011, en l'espace de trois ans seulement.

Ces chiffres astronomiques montrent que «le monde humain vit désormais à l'étroit».

La chute du Mur de Berlin, en 1989, et la fin de l'URSS en décembre 1991 montrent que les systèmes socialistes qui ont rempli leur rôle dans l'histoire ont atteint leurs limites. Tous les pays socialistes (Russie, PECO intégré à l'Union européenne, et socialisme de marché pour la Chine) sont tous mis à l'enseigne du «libéralisme économique» seul système susceptible de répondre à l'équilibre démographique et économique mondial.

Les résultats sont figurants entre 1980 à 2010. Si l'Occident compte des fortunes colossales, les nouveaux pays d'Afrique et d'Asie comptent aussi leurs fortunes, et ce en moins de trois décennies. Au point qu'on se demande comment ces récents colonisés et dominés ont pu amasser de telles fortunes, qui plus est de pays communistes nouvellement converti au capitalisme.

La Chine, par exemple, compte 358 milliardaires en dollars et se classe, en 2014, deuxième derrière les États-Unis qui en comptent 481. La Russie en compte un nombre important. L'Afrique compte 3000 fortunes, de plus de 30 millions de dollars. Les fortunes africaines entre millionnaires et milliardaires détiennent 400 milliards de dollars. Quant aux milliardaires cheikhs arabes, africains et latino-américains, combien sont-ils dans le classement mondial ?

Richesse ostentatoire rime avec le dénuement et la misère dans le monde. 809 milliards d'êtres humains subsistent avec moins de 1 dollar par jour, quant aux moins de 1,25 dollars par jour, on recense 1,289 milliard. Et enfin les plus riches des pauvres, ils sont 2,471 milliards d'êtres humains à subsister avec moins de 2 dollars par jour. Pour la seule Chine, on recense 97,4 millions de chinois vivent avec moins de 1 dollar, 173 millions avec moins de 1,25 dollar et 394,6 milliards avec moins de 2 dollars (données 2008, Banque mondiale).

En Asie du Sud (Inde, Bangladesh, Pakistan), la situation est encore plus catastrophique. En tout dans le monde, un nombre hallucinant, 4,5 milliards d'êtres humains sur plus de 7,2 milliards que comptent aujourd'hui l'humanité vivent au-dessous du seuil de pauvreté.

On peut s'interroger à juste raison si «cette situation de l'humanité est normale ?» Ces humains très pauvres ont-ils demandé cet état de dénuement et de misère ? Ou ces nouveaux riches à devenir de riches milliardaires ? La question peut se transposer aussi aux époques passées. Les peuples d'Afrique et d'Asie ont-ils demandé à être colonisés ? Où des noirs à devenir esclaves et transportés aux États-Unis pour servir de main-d'œuvre aux cultures cotonnières ?

L'humanité dans sa globalité a vu des siècles de souffrances et, on a vu ce qu'il est advenu ensuite. Jusqu'aux deux guerres mondiales qui ont changé la face du monde. Aussi, peut-on dire si personne ne choisit sa destinée ne signifie pas que l'humanité et les êtres qui la composent ne doivent pas évoluer. Si tout restait en l'état, par exemple, rois et seigneurs du Moyen-Âge n'auraient pas été balayés pars l'histoire, le monde serait ce qu'il était, un monde médiéval à l'infini serait sans sens pour l'existence humaine. De même si les peuples d'Afrique et d'Asie seraient restés dominés par l'Europe, quel sens aurait été l'existence des peuples d'Afrique et d'Asie ? Aucun.

De même, si les peuples d'Europe, d'Afrique, des deux Amériques et d'Asie restaient structurés dans leurs êtres conditionnés par la nouvelle doctrine en vogue, la «mondialisation» et vivants avec 1 dollar, 1,25 dollar, 2 dollars, ou 10, 20, 30, 40 dollar par jour, et cette masse humaine n'est même pas assurée de son emploi (du moins pour ceux qui ont un emploi), «alors qu'une minorité de milliardaires de tous les continents, possède une grande partie de la richesse du monde», l'existence serait aussi sans sens. Donc l'humanité est en devenir, y compris cette «mondialisation», qui n'est qu'un édifice doctrinal, entré par la porte de l'Histoire, mais lui aussi en transition. Comme le furent le communisme, le socialisme et aujourd'hui le néo-libéralisme sous le visage de la mondialisation. Aucune situation politique, géopolitique, géoéconomique n'est pérenne, ne peut exister à l'infini. Tout système politique mondial a un rôle dans l'histoire du développement de l'humanité. Mais il ne saurait être «perpétuel». Le monde est toujours en transition, toujours en devenir. C'est le sens même de l'«essence du monde». Ce qui en fait un «troisième principe fondateur» du mode de penser.

S'il n'y avait pas une évolution de l'humanité dans le temps, l'existence ne serait que grisaille et décadence, entraînant progressivement la disparition du sens de l'humain. L'humain ne serait qu'une chose sans véritable pensée. Un tel monde à l'état stationnaire serait impossible. Tout le sens de l'humain se situe dans sa créativité, c'est d'elle que sort la raison sur le pourquoi vivre, c'est elle qui cimente l'existence de l'humain.

4. Une nouvelle «colonisation planétaire appelée mondialisation par le pouvoir de l'argent»

Le temps des idéologies est passé. Marx, Engels, Lénine, Mao-tsé-Toung ne sont plus que des souvenirs que la mémoire universelle vénère parce qu'ils ont été des hommes à penser, à chercher à améliorer la condition humaine. Ils sont sortis de l'Histoire, ils sont des «produits de l'Histoire».

Mais qu'en est-il de l'humanité aujourd'hui ? Le monde s'est divisé en blocs qui, de plus en plus, se ressemblent. Tous unis par de formidables «réseaux financiers». La répartition des richesses est telle que de nouveau l'exploitation de l'homme par l'homme est revenue en force, où, sous la fausse couverture de l'idéologie de la libre-entreprise, du libre-échange, de la démocratie, du libéralisme économique, des doctrines politiques, on fait croire tant au Nord que au Sud, que la souveraineté des nations appartient aux peuples. Alors que le monde est désormais quadrillé en réseaux, en Bourses mondiales interconnectées, où les détenteurs de capitaux dans le monde brassent des milliers de milliards de dollars, mais ne sont plus seulement en Occident. Ils sont aussi en Asie, en Afrique, en Amérique latine, et tous solidaires entre eux, puisque leurs avoirs sont en Occident. Et ces avoirs cachés offshore et in shore, sont en train d'enserrer, d'étouffer l'humanité. Et elle opère en toute impunité.

Des idéologies qui faisaient contrepoids et qui ont toutes disparu, que restent-ils ? Sinon des conflits géopolitiques entre les puissances de l'argent ? Où les peuples désormais conditionnés par les formidables moyens de masse de communications et de diffusion de culture (presse, publicité, radio, télévision, cinéma), mais aussi des institutions à des fins politiques, «deviennent de simples spectateurs aux souffrances des autres peuples», alors que cette souffrance des peuples est en train de s'étendre de plus en plus à tous les peuples. Le monde entier devient mécanique, de plus en plus inhumain. Les réactions politiques des masses, cristallisées selon des formules préfabriquées par le matraquage de la propagande néolibérale audio-visuelle annihilent tout sentiment de solidarité entre les peuples. Cependant, on ne peut dire que le système financier international, même excessif et déréglé, est venu du néant, il est un produit de l'histoire, et appelé à se parfaire.

Dès lors pourrait-on s'interroger, «le monde pourrait-il changer et dépasser ce conditionnement des peuples ? Les peuples prendraient-ils conscience de leur conditionnement ?» D'autant plus que les peuples tant d'Occident que d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine sont embarqués dans le même vaisseau de la «mondialisation» qui fait la part belle à une minorité de richissimes et leur clientèle, d'abord les gouvernements (qui sont pour ainsi dire nommés par le pouvoir de l'argent) et ceux qui les servent directement, la masse dirigeante, alors que «la grande masse qui reste de l'humanité est transformée en simple marchandise». En n'oubliant pas que 4,5 milliards d'êtres humains vivent de moins de 2 dollars par jour.

Et c'est cela le plus grave, le monde entier depuis la fin de la colonisation est-il retombé de nouveau dans «une nouvelle colonisation planétaire, appelée «mondialisation»».

C'est cela ce que l'humanité est en train de vivre aujourd'hui. Depuis la libération de l'Afrique et l'Asie, se surtout la montée de l'Asie, en particulier la Chine et l'Inde, les richesses du monde sont en train de diminuer en Occident. Et cela pose problème au pouvoir de l'argent en Occident. Une bonne partie des richesses passe désormais vers les nouveaux pays, aujourd'hui appelés «émergents». Et si ces pays émergent, cela se fait au détriment de la richesse des pays du Nord.

S'il existait un équilibre jusqu'aux années 1970, en Occident, cet équilibre est rompu par la «nouvelle voilure économique» qu'ont pris les pays du reste du monde. D'ailleurs voilure auquel ont participé massivement le pouvoir de l'argent du Nord, croyant qu'en délocalisant une grande partie de leur industrie dans les nouveaux pays industriels et en gardant la main sur le «pouvoir de l'argent», il ne risquait rien puisque les délocalisations leur permettaient de se créer des débouchés pour leur industrie et leur commerce grâce à une main d'œuvre peu coûteuse et que cela rentabiliserait les transferts industriels. Oubliant que ces pays peuvent les rattraper voire même les dépasser. Et c'est ce qui s'est produit à la fin du XXe et début du XXIe siècle.

Ce qui explique d'ailleurs la crise de 2008 et la manipulation dans la crise immobilière qui a servi à la fois de «substitut de la perte de compétitivité industrielle des pays du Nord» et de «colmatage d'une brèche ouverte par la politique désastreuse du pouvoir de l'argent en Occident» et des guerres pour le pétrole.

Aujourd'hui encore, tous les plans et programmes en Occident, par le biais de cette perte de compétitivité internationale, sert à «colmater la brèche» par des politiques monétaires au taux d'intérêt zéro et au recours massif à la création monétaire. Evidemment, cela donne un souffle d'oxygène à l'économie occidentale, mais l'essentiel n'est pas résolu. La mer économique, financière et monétaire reste de plus en plus houleuse.

Le plus grave, si en Chine et dans les pays du reste du monde, les peuples semblent accepter leur destin, puisqu'ils en retirent plus ou moins une certaine satisfaction à titre de création d'emplois d'autant plus que ces peuples ont longtemps vécu dans la misère, la situation en Occident est beaucoup plus complexe. Ne perdant pas de vue qu'une grande partie des profits s'est dirigé hors-Occident, le pouvoir de l'argent en Occident s'en prend aux couches sociales des pays pauvres du système. Il pratique des politiques monétaires d'austérité de plus en plus dure. Par exemple, pour l'Europe, il a commencé par la périphérie, en appauvrissant les peuples de Grèce, d'Espagne, du Portugal, d'Italie, d'Irlande. Il diminue les salaires, les retraites, les dépenses sociales, etc. Et le même processus joue sous des dehors de hausse d'emplois, en Amérique, que ne dopent que les politiques monétaires américaines fortement expansives depuis 2008 à 2014, soit 7 années.

Et concentriquement, il se dirige vers le centre. Et c'est la raison pour laquelle rien n'est clair dans ces nouvelles donnes économiques historique pour l'humanité. Et la situation n'est toujours pas réglée aujourd'hui avec l'irruption de la pandémie.

Une question se pose. Jusqu'à quand les quatre banques centrales du monde (États-Unis, Union monétaire, Japon et Grande-Bretagne) et sa clientèle, à travers le monde, pourront-ils diriger le monde ? Jamais le pouvoir de l'argent dans le monde n'a pris autant de puissance qu'il ne l'a aujourd'hui ? Et jamais il n'a été exposé comme il l'est aujourd'hui ?

Rappelons seulement qu'Hitler et Mussolini n'ont accédé au pouvoir que parce que le «pouvoir de l'argent» dans le monde l'avait décidé. A cette époque, il fallait faire barrage au communisme en Europe. Moins de deux de mois après son investiture au poste de chancelier, le 30 janvier 1933, Hitler s'est débarrassé de tous les appareils syndicaux, chrétiens, libéraux, et surtout du parti communiste allemand le plus puissant d'Europe. Et nous avons vu la terreur et les destructions qui ont suivi en suite dans le monde.

5. Un mode de penser qui «cherche à penser le monde comment il est»

Comme on l'a dit, il y a toujours des causes contingentes dans l'évolution du monde. Et si Hitler a pris si facilement le pouvoir, c'est que le changement du monde était déjà en puissance. Ce qui n'était pas du tout pensé par le pouvoir de l'Argent, à l'époque, occupé dans sa lutte contre le communisme, alors que cette lutte allait dégénérer en guerre mondiale, qui changera complètement le cours de l'humanité. Et que la crise de 1929 aussi a été providentielle puisqu'elle a brisé la république de Weimar, seul rempart qui pouvait s'opposer au pouvoir totalitaire hitlérien.

Et ce sont deux faits auxquels le pouvoir de l'argent n'a rien vu sinon son intérêt immédiat comme cela d'ailleurs a été avec les délocalisations massives vers les petits pays asiatiques, puis vers les grands pays d'Asie (Chine, Inde) et Amérique du Sud. Ce qui montre que le pouvoir de l'argent croit présider au destin du monde, mais, en réalité, il est «lui-même instrumentalisé par une main invisible».

Aussi peut-on dire l'humanité n'est pas par elle-même, mais est par une «Intelligence suprême» à laquelle le «pouvoir de l'argent orienté à son insu» joue dans un certain sens le rôle de moteur dans les avancées de l'humanité. Ce qui ne signifie pas pour autant que les peuples sont abandonnés. Pour cause, les partis socialistes en Allemagne ne sont-ils pas revenus après la guerre ? Notamment le SPD. Les peuples colonisés n'ont-ils pas regagné leur liberté ? Sauf qu'aujourd'hui, le monde fait face à de nouvelles mutations, et on peut même dire que les changements sont en train de s'accélérer.

A voir ce qui se passe en Ukraine, en Iran, en Irak, en Syrie, en Somalie, au Soudan, en Lybie, au Yémen, en Afrique noire, en Europe avec les mouvements politiques et sociaux. Tous ces conflits ont lien avec la crise politique et économique mondiale qui a commencé avec les chocs pétroliers des années 1970. Et depuis a vu la mutation de la Chine et de l'ex-URSS, la Russie, deux grands pays nucléaires pivots dans l'organisation des BRICS qui, avec leur périphérie sur les trois continents, et une population de plus 5 milliards d'êtres humains, cherchent à changer l'ordre du monde.

Et c'est à cette pression que le pouvoir de l'argent occidental, paradoxalement allié au pouvoir de l'argent hors-Occident, met toutes ces forces pour s'opposer à cette reconfiguration du monde en cours sans penser que ce pouvoir de l'argent sera de nouveau «orienté à son insu» non pour viser ses objectifs mais pour viser ce à quoi l'humanité doit aboutir.

Tel est le mode de penser le monde qui vise aussi à poser de nouvelles pierres, un nouvel espace de réflexion, pour compléter l'œuvre des grands philosophes, économistes et penseurs que furent Kant, Hegel, Marx, Engels, Lénine et d'autres, la liste est longue. Ce mode de penser cherche à ouvrir une brèche à la philosophie, à l'économie moderne qui ne se ressource plus de la vraie philosophie et économie. Et ces dernières ont commencé à se structurer depuis que l'homme a commencé à penser la Nature. Et que la Nature lui rend bien, puisqu'elle aussi a pensé la pensée de l'homme, à voir seulement ce que la Nature a réalisé par la pensée créative de l'homme sur terre.

Il reste donc beaucoup à réaliser d'autant plus que les défis d'aujourd'hui et à venir sont encore plus complexes pour l'homme qu'hier. Via un pouvoir de l'argent devenu presque momifié par son omnipotence, la finance mondiale cherche transformer la masse humaine qui produit en «marchandises achetables et vendables» et l'autre masse qui ne peut produire (chômeur, malades, handicapés) en masse assistée à minima. Où même les religions «instrumentalisées par le pouvoir de l'argent» sont déviées de leur sens.

Par ce mode de penser, l'auteur cherche à donner une vision que le monde n'est pas livré à lui-même, que le monde vit aujourd'hui un stade de l'histoire,appelé à évoluer. Tout nouveau stade qui arrive porte en lui un progrès pour l'humanité.

*Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale, relations internationales et Prospective.