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Immigration clandestine Rush inédit des harraga sur l'Espagne

par Houari Barti

Beaucoup de chiffres, parfois contradictoires, ont circulé ces derniers jours, notamment sur les réseaux sociaux, sur le nombre de harraga algériens ayant réussi, le week-end dernier, à rejoindre les côtes espagnoles. Si l'on se réfère à un décompte établi sur la base de déclarations d'officiels espagnols, le nombre exact de haragga enregistré, ce week-end est de 539. Un chiffre qui reste, toutefois, partiel, auquel les médias espagnols ajoutent, citant des «estimations diverses», quelque 300 autres harraga, qui ont débarqué à Almería, car dans cette province - la plus proche de l'Algérie - la sous-délégation du gouvernement, précise-t-on, n'a fourni aucune donnée. Un ajustement qui ramènerait le nombre total de migrants présumés algériens ayant débarqué le week-end dernier à plus de 800. Jamais autant d'Algériens n'étaient arrivés en Espagne par mer en si peu de temps. Des sources policières citées par le journal espagnol ‘El Confidencial' avancent une thèse pour expliquer ce rush inédit. «Ce qui s'est passé semble être une opération coordonnée depuis l'Algérie par les mafias de l'immigration clandestine pour tenter de submerger d'abord la marine et la gendarmerie algériennes et, plus tard, les forces de sécurité espagnoles afin que certains ‘sans-papiers' ne soient pas appréhendés à leur arrivée,» affirment ces mêmes sources.

Et de préciser : «S'il est confirmé, comme nous le soupçonnons, qu'il s'agissait d'une opération coordonnée, nous assisterons à un saut qualitatif» dans l'immigration en provenance d'Algérie, a déclaré la même source policière.

Allègement de certaines dispositions visant à régulariser les migrants

La vague de migration clandestine à partir de l'Algérie a coïncidé avec l'adoption, cette semaine, par les autorités espagnoles chargées de l'immigration de nouvelles mesures, spéciales Covid-19, sous forme d'instructions adressées aux bureaux des étrangers dans toute l'Espagne visant à faciliter l'installation, le regroupement familial et les renouvellements des titres de séjour pour les migrants en situation irrégulière. En effet, lundi dernier, la direction générale des migrations a envoyé trois ordres détaillés avec des instructions aux bureaux des Affaires étrangères de toute l'Espagne afin de faciliter les trois principaux outils dont disposent les étrangers pour légaliser leur situation : l'enracinement social, le regroupement familial et le renouvellement des permis. Tout cela dans le contexte de la pandémie et du nouveau revenu minimum qui ne peut être perçu par les personnes résidant en Espagne en situation irrégulière. «Dans cet objectif de garantir que personne ne soit laissé pour compte», dit l'un des ordres, «il y a bien-sûr aussi les citoyens étrangers qui résident en Espagne».

Plus de 5 millions de migrants vivent légalement en Espagne. Avec le blocage économique causé par la Covid-19, une application stricte des règles actuelles - comme c'était le cas auparavant- aurait laissé des centaines de milliers de personnes en dehors du système, car elles n'auraient pas pu remplir les conditions de renouvellement de leur permis. Par ailleurs et d'après les statistiques communiquées par les services espagnols de lutte contre l'immigration clandestine, et sans comptabiliser les migrants algériens recensés lors du rush du week-end dernier, les harraga algériens représentent 55 % (2.703 immigrants) des 4.916 personnes qui sont arrivées en Espagne, en traversant la Méditerranée. Les immigrants clandestins algériens sont, aujourd'hui, beaucoup plus nombreux que les Marocains (15%) qui jusqu'à début 2019 étaient la première nationalité de départ et d'origine de l'immigration clandestine en Espagne.

Ce changement de tendance a une explication rationnelle selon l'Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, appelée communément ‘Frontex'. Une explication qui a trait aux aides financières considérables reçues par le Royaume Cherifien, chaque année, de la part de l'Union européenne et de la part de l'Espagne pour jouer le rôle de «Gendarme» de l'Europe en poste avancé sur le continent africain. «Les données confirment que l'argent fait son effet. Et l'effet principal est l'engagement pris par Rabat», déclare Frontex. Ainsi, et pas plus tard que le 19 juillet dernier, le Conseil des ministres espagnol a approuvé un crédit de 30 millions d'euros, sur le budget du ministère de l'Intérieur, «afin de contribuer au financement du déploiement des autorités marocaines dans leurs activités de lutte contre l'immigration clandestine...» a affirmé le gouvernement de Pedro Sanchez en autorisant ces dépenses. Un crédit qui s'ajoute aux 26 millions d'euros que l'Espagne, par le biais de fonds européens, a également donné au Maroc afin que son ministère de l'Intérieur puisse améliorer et moderniser le parc de véhicules avec lequel il contrôle ses frontières, argent qui était destiné à l'achat de 384 voitures. À la fin de 2018, 140 millions d'euros ont été approuvés pour soutenir la gestion des frontières.