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2019, une «année blanche»: Les patrons veulent un moratoire fiscal

par Houari Barti

Rétablir la confiance entre les industriels et les institutions de l'Etat, libérer l'économie et revoir les mécanismes de subventions et de suivi, avoir un contexte réglementaire stable afin de garantir un climat des affaires basé sur la confiance…, sont autant d'actions préconisées par le président de la Confédération des industriels et patrons algériens (CIPA), Abdelwahab Ziani.

Mais le plus urgent aujourd'hui, selon Abdelwahab Ziani, qui s'exprimait, hier, lors de l'émission de la radio nationale, «L'Invité de la rédaction» de la Chaîne 3, est la tenue, dans les plus brefs délais, d'une tripartite réunissant le gouvernement, le patronat et les syndicats, afin de discuter du «modèle économique», qui pourrait être mis sur pied pour une économie forte et durable. «Il est très important que cette tripartite se tienne dans les plus brefs délais afin de mettre en place une stratégie s'appuyant sur la valorisation des ressources nationales et du potentiel humain compétent et ce, pour sortir de la crise économique», a souligné M. Ziani. Il a insisté, dans le même cadre, sur l'impératif de créer «le modèle économique algérien» en s'appuyant sur des compétences algériennes. «Pour réaliser ce modèle économique algérien, il faudra tout d'abord faire confiance aux entreprises algériennes, à leur tête les start-up qui peuvent réduire de 50% la facture des importations qui coûtent annuellement des milliards de dollars à l'Algérie», a relevé le responsable de la CIPA. M. Ziani a souligné, également, la nécessité de faire confiance aux entreprises algériennes sous-traitantes qui activent dans le domaine du bâtiment et des travaux publics (BTPH), appelant les autorités à «les faire bénéficier de marchés dans ce domaine». Aussi, a-t-il encore plaidé, «il devient vital de libérer l'économie, notamment le secteur industriel, et de revoir les mécanismes de subventions. Et d'expliquer : «Il faudrait revoir les mécanismes de subventions et travailler en amont, parce qu'aujourd'hui, la richesse de l'Algérie, c'est la terre, c'est le Sud. On peut faire énormément de choses. On reste toujours importateurs de beaucoup de produits de l'étranger alors qu'on peut tout faire dans notre pays». Pour illustrer ses propos, M. Ziani affirme qu'actuellement, «on subventionne le transport des produits du Nord vers le Sud et on ne subventionne pas du Sud vers le Nord». L'intervenant donne l'exemple des grains de maïs «qui viennent du Canada et qui sont subventionnés jusqu'au Sud, mais le grain de maïs qui est produit dans le Sud algérien n'est pas subventionné lorsqu'il est destiné au Nord, alors que c'est ici qu'on le consomme», a-t-il regretté. Avant d'affirmer : «C'est une concurrence déloyale». Et d'ajouter : «Je cite ici uniquement la filière céréalière. Aujourd'hui, si on arrête de subventionner le pain blanc qu'on est en train de jeter dans les poubelles, on doit subventionner le blé dur qui est produit chez nous et qui est meilleur pour la santé». Celui qui veut consommer du pain blanc, a-t-il soutenu, il le payera à son prix. Car, a-t-il dit, «le blé dur produit chez nous peut satisfaire notre pays». Le président de la Confédération des industriels et patrons algériens a expliqué, par ailleurs, que pour parvenir à une économie forte, les autorités doivent soutenir davantage les PME-PMI vu leur forte valeur ajoutée dans le processus de l'intégration nationale, et accompagner les porteurs de projets créateurs de richesse et d'emplois. S'agissant de la réglementation qui régit le secteur économique, M. Ziani a considéré qu'il faudra mettre en place des lois stables afin de garantir un climat d'affaires attractif pour l'investissement. «La stabilité économique, cela fait longtemps qu'on en parle. Arrêtons de bafouer la loi. Il faut travailler en urgence pour stabiliser toutes les lois, au moins à court terme, un minimum de cinq années où les lois doivent rester stables. Et cette stabilité permettra aux industriels de croire en leurs marchés. C'est important aujourd'hui de travailler sereinement et donner confiance aux producteurs, notamment à travers cette stabilité». Ces lois, a-t-il poursuivi, devraient être accompagnées impérativement par des textes d'application afin d'encourager les opérateurs à être plus performants. L'intervenant a appelé à «consolider les textes de loi dans les filières importantes à l'instar de celle des céréales pour donner un punch à l'économie nationale», ajoutant que ceci va encourager les investisseurs à faire le pas. «Actuellement, dans certaines filières, à l'instar des filières agricoles, il n'existe pas de textes d'application de certaines lois», a-t-il déploré tout en ajoutant que ceci constitue une véritable entrave pour les opérateurs. M. Ziani a indiqué, en outre, que les entreprises algériennes ont connu en 2019 «une année blanche» tout en ayant une redevance fiscale à honorer. Pour faire face à ce problème, a-t-il ajouté, il faudra en premier lieu sauvegarder les entreprises existantes et les faire bénéficier d'un «moratoire» (dans le domaine fiscal) afin qu'elles puissent remonter la pente et participer activement à la construction d'une économie forte et durable indépendante des hydrocarbures, a-t-il conclu.