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Tribunal criminel d'appel: De 8 à 12 ans de prison pour trafic de drogue à Béchar

par M. Nadir

Le tribunal criminel d'appel d'Oran a examiné, hier, une affaire dans laquelle deux Marocains et huit Algériens avaient été condamnés à 20 ans de réclusion criminelle pour des faits de trafic de drogue.

Selon le dossier d'accusation, les faits de cette affaire remontent à avril 2009, quand les services de sécurité de Béchar ont été alertés sur une opération d'importation de kif marocain, prévue pour la nuit du mercredi 8 au jeudi 9 avril. Les services en question mettent en place, au lieu-dit ‘Oued J'did', situé à la frontière algéro-marocaine, une embuscade qui leur permet, après une confrontation armée, d'arrêter deux Marocains et de saisir 24 kg de résine de cannabis. Un troisième narcotrafiquant réussit à prendre la fuite et à rejoindre le territoire chérifien. L'enquête menée par la gendarmerie aboutit à l'arrestation d'une dizaine d'Algériens, tous résidant dans la wilaya de Béchar. Les deux Marocains seront inculpés d'exportation de produits stupéfiants alors que les prévenus algériens seront poursuivis pour importation et commercialisation de drogue. Tous seront condamnés à 20 ans de réclusion criminelle, d'où un pourvoi en cassation appel introduit par les avocats de la défense.

Au cours de l'audience d'hier, seuls H. Abdelaziz et A. Mohamed, les ressortissants marocains pris en flagrant délit, reconnaitront et les faits qui leurs étaient reprochés en soulignant ne pas connaître leurs coaccusés. Tous les autres inculpés nieront avoir trempé dans ce trafic, certains dénonçant la torture et pression psychologique exercée sur eux par les services de sécurité, pour leur extorquer des aveux. Dans un bref réquisitoire, la représentante du ministère public affirmera qu'il s'agit là d'une bande organisée, spécialisée dans l'importation et l'exportation (pour le cas des Marocains) de produits stupéfiants. Elle requerra la peine maximale, soit la réclusion à perpétuité, prévue par la loi 14-08, relative à la prévention et à la répression de l'usage et du trafic illicites de stupéfiants et de substances psychotropes. A l'exception de l'avocat des ressortissants marocains qui a demandé les circonstances atténuantes, les autres défenseurs ont plaidé l'acquittement pour absence de preuves tangibles, et dénoncé avec plus ou moins de virulence les violences exercées sur leurs clients lors des interrogatoires : «Les aveux ont extorqués par les enquêteurs pour pouvoir bâtir un dossier d'importation de drogue, en bande organisée, parce qu'aucun Algérien n'a été pris en flagrant délit dans l'embuscade. Ce qui a offert l'occasion à certains représentants de la loi de régler des comptes personnels et d'incriminer des innocents», dénoncera une avocate, en ajoutant, que le fait que des membres de trois familles bécharies se retrouvent au box des accusés n'est pas fortuit.

Après délibérations, le tribunal criminel d'appel estimera seuls les deux Marocains et deux Algériens (A. Ali et M. Noureddine) coupables et les condamnera à des peines allant de 8 à 12 ans. Pour le reste, elle prononcera l'acquittement de l'ensemble des autres accusés pour absence de preuves concrètes les reliant au trafic de drogue.