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20ème tripartite Gouvernement-UGTA-Patronat public et privé: Le temps des réconciliations

par Notre Envoyée Spéciale A Annaba Ghania Oukazi

Les travaux de la 20ème tripartite semblent avoir permis d'aplanir les divergences qui émaillaient, depuis des mois, les relations entre, d'une part le gouvernement et le FCE et d'autre part, le ministre de l'Industrie et des Mines et le secrétaire général de l'UGTA.

«Il nous faut construire un consensus autour de la croissance» plaide le secrétaire général de l'UGTA, à partir de Annaba. Sur un ton ferme et tranchant, il lance «si nous n'avons pas les IDE (investissements directs étrangers), les IDI (investissements directs internes) sont freinés par une volonté non pas destructrice mais une habitude bureaucratique.» Abdelmadjid Sidi Saïd en appelle au Premier ministre pour débloquer l'investissement qui selon lui, subit une lourde bureaucratie «économique.» Il lui dit «s'il n'y a pas d'investissements nationaux, si on ne les accompagne pas, si on leur garde les dos d'ânes, sans blesser personne, ce n'est ni ma culture ni celle de l'UGTA, nous n'en sortirons pas indemnes de cette crise.» Il conseille alors «nous devons nous atteler à libérer l'investissement et on exige de l'investisseur le respect de trois conditions : la création d'emplois, le paiement de ses cotisations et enfin de ses impôts, ça doit se faire dans la transparence, sinon on ferme les vannes !» Le patron de la Centrale syndicale est persuadé que «l'investisseur est obligé de faire le parcours du combattant, il est dégoûté, bien sûr, il nous insulte.» Il pense qu'il y a «trop de commissions et d'intervenants» et interroge «quelle est sa faute de se retrouver devant toutes ces troupes pour qu'il soit traité, à la fin d'incapable ?!» Il est d'accord pour que «celui qui a eu une concession de foncier et qui n'a pas investi, on la lui enlève, si on arrive à nous entendre sur cette question, on aura réussi, on doit faire disparaître les toxicités parmi nous.» Le SG de l'UGTA fait savoir que «quand des investisseurs nous demandent de les aider, on nous accuse de prendre une ‘tchipa' (pot de vin), qu'on le dise ! S'il me crée 50 emplois, je l'aide sans réfléchir !»

Le Premier ministre intervient pour évoquer «la nécessité du partenariat public-privé», en faveur duquel il consacre, dit-il, toute l'année 2017.

«On vous remercie pour le Forum africain»

Sellal estime que «nous en avons les moyens, nous avons un grand projet au ministère de l'Energie de 4.000 mégawats, le partenariat est bien recherché pour le réaliser.» Il rappelle que lors du dernier conseil du gouvernement, il a donné «des instructions claires au secteur de la Santé pour que la PCH (Pharmacie centrale) doit acheter des médicaments produits localement.» Sellal est persuadé que «nous avons des capacités énormes et de la valeur ajoutée importante en matière d'industrie pharmaceutique.»

Le Premier ministre appelle les investisseurs algériens à explorer les marchés africains. Ici, il marquera une halte et lancera à l'adresse du patron du FCE, Ali Haddad, un «on vous remercie pour le Forum africain.» Ce clin d'œil amical et rassurant de Sellal laisse entrevoir un dégel dans sa relation avec le patron du FCE et ce, après que de grandes supputations l'aient donnée fortement détériorée, depuis bien sûr, la tenue du Forum Algérie-Afrique des travaux desquels le Premier ministre s'était retiré, brusquement, avec tout son gouvernement sans se retourner. Sellal assure même Haddad que le gouvernement prendra en charge «toutes les doléances du FCE. Il enchaînera sur l'Afrique et affirmera qu' «on ne peut exporter que vers les pays africains, l'Afrique est le seul marché que nous avons parce qu'on ne peut concurrencer les Européens et les Américains chez eux.»

Il fait savoir qu'«on peut, aussi exporter notre industrie militaire, réalisée dans le cadre du partenariat public-privé.» Il recommande aux investisseurs «il faut aller vers la conquête des marchés africains, le privé peut y jouer un rôle important.»

Il revient sur les importations pour promettre qu' «on peut les diminuer mais sans toucher à la consommation, l'Algérien a de nouveaux besoins, on ne peut lui interdire d'acheter par exemple un véhicule, on en rouvrira le marché mais doucement.» En chiffres «nous avons importé, en 2 ans, 456.000 véhicules, en 2013, on a ramené 600.000 véhicules, aujourd'hui, on en aura 45.682, on n'a pas bouleversé le marché !»

Sellal est pour la restructuration du secteur public marchand

Le Premier ministre déplore l'absence d'une culture industrielle chez l'investisseur algérien. Pourtant «Mercedes travaille bien à Tiaret, les emplois ont été créés, c'est fini kahwa ou garou khir me soltan fi daro.» Il assure qu' «on diminuera, encore, l'importation, mais ça ne veut pas dire qu'on va l'interdire.» Il interroge «je ne vois pas pourquoi on importe 500 millions de dollars de matériaux de construction, 600 autres d'électroménagers, des gâteaux secs, 18 millions de dollars de chewing-gum ?!»

Il fait savoir que «l'industrie automobile, naissante chez nous, peut permettre de créer toute une famille de sous-traitants, d'autant que nous avons 68.000 entreprises créées avec l'aide de l'ANSEJ.» Il veut recadrer l'investissement «non pas par une planification centralisée mais sur la base des besoins du pays». Il affirme que pour ce qui est du phosphate «nous sommes concurrencés par des pays voisins qui bloquent au plan international.» Mais sa relance à Tebessa nous oblige à créer d'autres groupes d'industries.» Un autre clin d'œil mais celui-ci au SG de l'UGTA qui demande une nouvelle restructuration du secteur public marchand. (Voir ‘Le Quotidien d'Oran' lundi 28 février 2017, page 2).

Au président de l'UNEP qui demande «des mesures multidimensionnelles pour relancer l'entreprise publique, Sellal répond «il faut, définitivement, comprendre que vous êtes une entreprise privée à capitaux publics, vous êtes des gestionnaires, il faut que vous appreniez à vous débrouiller sur cette base, on ne peut continuer avec cette cadence, je souhaiterai faire avec le patronat un séminaire sur le partenariat public-privé, parce qu'on n'a pas bougé ! Il faut changer de mentalité !» Le Premier ministre affirme que «nous sommes dans un virage, on fait tout pour maîtriser les facteurs macroéconomiques pour ne pas aller à l'endettement extérieur, la dette qui existe est insignifiante, elle est privée et non publique.»

Réglementer le marché locatif

Il déclare, par ailleurs, que «nous allons revoir les textes régissant la promotion immobilière et réglementer le marché locatif, on va en parler, très prochainement, avec les ministres concernés.» Dans son intervention, un responsable d'une organisation patronale lui rétorque «on ne peut régler des problèmes économiques avec ces slogans politiques.» Pour l'intervenant «le monopole privé est plus dangereux que le monopole public.» Il rappelle, en même temps, que «le Conseil de la concurrence est mort alors qu'il doit réguler et contrôler les disciplines.» Sellal lui répond «le Conseil existe toujours, il surveille et intervient quand il le faut, il impose qu'en matière de concurrence, le produit commercialisé localement ne doit pas accaparer plus de 40% du marché.» Il dira, plus loin que «la Badr n'a pas le monopole du financement de l'Agriculture, toutes les banques peuvent le faire.»

Le Premier ministre interpellera le collège des experts qui l'a accompagné et qui sont ses conseillers mais qu'ils qualifient de «contradicteurs.» Ils lui apportent d'emblée la contradiction, en notant que «les réserves de change seront en 2019 de 85 milliards de dollars, mais si on mène des réformes et qu'on gère bien la balance des paiements, elles seront de 100 milliards». Ils reprochent au gouvernement de n'avoir pas établi de corrélation entre l'économie et la création de l'emploi. «Le taux de chômage est resté toujours entre 10 et 11%, il faudra mener une réflexion sur le contenu en emploi dans le nouveau modèle de croissance, il faut de nouvelles politiques économiques et une réforme du marché de l'emploi.» Sellal rebondit «il y a quelques années, il était extrêmement élevé, il est à 10,5% actuellement, il y a des problèmes de productivité, plusieurs employés pour un même travail.»

«Je salue mon ami Sidi Saïd»

Le ministre de l'Industrie et des Mines présentera une allocution d'une intelligence raffinée. C'est avec des chiffres à l'appui qu'il répondra aux attaques et accusations implicites que lui a lancées Sidi Saïd. «Je tiens à saluer deux vieux compagnons des tripartites précédentes, mon ami Sidi Saïd et Mustapha Mekkidèche, je salue mes amis de l'UGTA pour leur persévérance à entretenir un dialogue social calme, apaisé et responsable.» Abdesselam Bouchouareb ne manquera pas de rendre hommage au Premier ministre «pour son choix pertinent de Annaba.» Pour le ministre «Annaba, c'est un symbole pour l'Industrie nationale, toute une histoire.» C'est, dit-il «aussi le symbole d'une renaissance d'un bastion de la sidérurgie nationale, d'une région, d'un pays et de la volonté politique du président de la république, de redonner à l'Algérie un destin industriel, à la hauteur de la grandeur de notre pays.»

Il dira, en substance, que «la réorganisation du secteur public marchand ne se limite pas à sa reconfiguration en groupes industriels ou en grandes entreprises, mais fait partie des réformes majeures, inscrites dans le programme du président de la république (…).» Une précision par laquelle il répondra, bien sûr, au SG de l'UGTA qui réclame une nouvelle restructuration du secteur public marchand. Il fait savoir, entre autres, que le projet d'organisation du marché d'occasion de l'automobile est finalisé. Il dit aussi avoir soumis au gouvernement un avant-projet sur le partenariat public-privé. Bouchouareb prendra le soin de décortiquer la promotion de l'investissement par son secteur et ses services. «C'est ce qui me permet de dire à mon ami Madjid (Sidi Saïd ndlr) que l'investissement est véritablement défonctionnalisé.» Le ministre mettra en avant pour toutes ses précisions «la grande amitié qui me lie, depuis de longues années à mon ami Sidi Saïd.» Annaba aura été ainsi «coquette» jusqu'à réconcilier des partenaires qui n'en ont pas fini avec les tripartites…