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Le baccalauréat 2016 terminé: Place aux autres baccalauréats et à l'avenir de l'Education

par Hakem Bachir*

Jamais un baccalauréat, dans le monde, n'aura mobilisé autant d'intervenants : ministères de l'Education, de l'Intérieur, de la Poste et des Technologies de l'information et de la Communication et celui de la Défense.

Oui le baccalauréat 2016, malgré toutes les promesses faites et les précautions prises par Mme la ministre de l'Education Nouria Benghebrit, a été marqué par plusieurs tâches noires, à commencer par une tricherie massive traduite par des fuites technologiques incontrôlables, défiant toute la sécurité du pays. Une annulation des épreuves a été publiée, avant le début des examens, une suspension détectable d'abord, des réseaux sociaux, suspectés d'être responsables, avec une naïveté et une ignorance incroyables des circuits de communication, finalisée par l'arrêt total de l'Internet, pendant la durée des épreuves. Le ministère de l'Education, suite à la panique et à la phobie des fuites, a choisi la solution la plus radicale : celle de précipiter les épreuves de rechange et celle de couper, systématiquement, l'Internet et les réseaux sociaux, pendant la durée de l'examen spécial pour matières fuitées. La fuite de cette année, à travers les réseaux sociaux, nous aura démontré que celle-ci ne date pas, uniquement, de cette année mais qu'elle a toujours existé, concernant certains individus. Aujourd'hui, grâce aux réseaux sociaux, ce phénomène s'est propagé à toute la société.

Maintenant, plions le scénario du baccalauréat 2016, et pensons à l'avenir de l'Education, en Algérie et à celui du baccalauréat 2017, ainsi qu'aux autres examens. Aujourd'hui, la fuite et la tricherie ne sont pas des phénomènes surprenants pour notre pays, qui vit, tous les jours, à tous les niveaux, ces situations dans la société. Certains parents, sans scrupules, ont eux-mêmes participé à des tricheries, les années précédentes, lors de cet examen ou lors de devoirs et compositions, en achetant du matériel technologique sophistiqué à leurs enfants et utilisent, depuis des années, les cours particuliers et la corruption, pour faire admettre leurs enfants, de classe en classe. Donc, si l'on pense qu'en refondant le baccalauréat on mettrait fin au phénomène, c'est se mentir et continuer la fuite en avant. Combattre la tricherie commence par la famille qui est la première responsable de l'éducation de ses enfants.

Pour les moyens technologiques, c'est vrai qu'ils sont indispensables, aujourd'hui, pour la société, mais leur introduction, à l'intérieur des établissements, doit être strictement interdite et exiger que tout élève ne peut utiliser que ceux autorisés par les établissements et bien entendu, contrôler. Les parents doivent s'intéresser et contrôler les moyens utilisés par leurs enfants. Pour éradiquer ou limiter la fraude, il est nécessaire d'associer les parents.

La deuxième étape est celle de redonner l'autorité pédagogique à l'établissement et aux enseignants. Pour cela, des décisions systématiques pour l'exclusion, le changement d'établissement ou le redoublement, pour tout élève pris en flagrant délit ou tentation de triche, doivent être mises en application, dès les premiers pas de l'élève dans l'établissement scolaire, afin de mettre fin à ce phénomène devenu normal.

Le baccalauréat demande à être réformé non pas à cause des fraudes mais pour des raisons pédagogiques et scientifiques. Sa réforme ne doit être appliquée qu'en 2019, et en première année secondaire et le premier bac de la réforme, se fera en 2022. Et ce, afin de réaliser une vraie réforme et ne pas faire dans la précipitation. Le nombre de spécialités pour le baccalauréat doit être revu à la hausse, pour suivre l'évolution technologique mondiale et les besoins de notre pays.

Jusqu'à ce jour, nous n'avons pas voulu ou pu détecter notre élite en herbe ; pour cela, il faudrait instaurer trois livrets scolaires, pour chaque élève, représentant les 3 cycles : Primaire, Moyen et Secondaire et doivent suivre tout son parcours scolaire, pour statuer de façon plus objective, sur son niveau et son orientation.

Oui, il est temps de créer autant d'écoles de spécialité que de spécialités du baccalauréat ; ce sont ces écoles qui seront le réservoir de l'élite algérienne. Elles devront être créées, dès la fin du cycle moyen, dans toutes les spécialités où seront réunis les plus méritants, pour stopper leur déperdition dans le Secondaire. Des écoles regroupant les meilleurs pour l'Enseignement général, d'autres pour l'Enseignement technologique et d'autres pour le professionnel. C'est dans ces écoles que sera formée l'élite de notre pays.

Pour l'Enseignement secondaire, la revue des programmes et des spécialités doit être étudiée. Oui nous avons besoin de trois baccalauréat : l'un général, le second technique et le troisième professionnel. Les coefficients de spécialité doivent être revus à la hausse pour empêcher des élèves, n'ayant pas obtenu la moyenne dans ces matières, de pouvoir compenser facilement, dans les matières n'entrant pas dans les spécialités.

Le baccalauréat en deux étapes est devenu une urgence. Il est plus logique de faire un premier examen, en deuxième année secondaire, regroupant des matières que l'élève étudie, depuis le primaire et qu'il maîtrise, telles que la langue arabe, les sciences islamiques ou la première langue. Le deuxième examen se déroulera, au maximum, en trois jours et regroupera, surtout les matières de spécialités et celles que le candidat n'aura pas passées, en deuxième année secondaire. L'enseignement technique et professionnel doit être ré-instauré, pour les besoins du pays ainsi que pour leurs différentes spécialités.

Nous pouvons importer toutes les réformes du monde aucune ne réussira sur le stéréotype algérien ; seule une vraie réflexion des spécialistes et des enseignants du terrain pourra nous renseigner sur les réformes de l'Education à appliquer.

La fuite en avant du ministère de l'Education, depuis des années, important des réformes, généralement, ayant échoué ailleurs et dictées par le FMI, la Banque mondiale et cautionnées par certains syndicats, a sacrifié plusieurs générations et retardé l'évolution du pays de plusieurs décennies. Quand doit-on réagir contre cette situation ou devrons-nous continuer à obéir aux ordres de cette mondialisation qui est au service des multinationales ? La question reste posée aux responsables nationalistes.

*Pr de Mathématiques au Lycée ‘colonel Lotfi' d'Oran