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Le baccalauréat pour qui et pourquoi

par Hakem Bachir*

Après ce qui s'est passé en cette année 2016 lors du baccalauréat, beaucoup de questions se sont posées parmi lesquelles celle-ci :

« Faut-il suivre les modèles de baccalauréat internationaux? Ou faut-il abandonner cet examen définitivement, la seule garantie d'égalités de chances de réussites? Ou bien faut-il le laisser et le réformer ? »

Mais chaque année, les résultats, le déroulement et les résultats sont remis en cause ainsi que sa crédibilité aussi. Donc si on ne doit pas le supprimer, car c'est l'un des principes de la démocratisation de l'éducation qui garantit l'égalité de chances de réussite entre les Algériens, cependant son système d'examination et de déroulement doit être revu car il est dépassé, lourd et coûteux aussi bien pour l'élève, les parents que pour l'Etat.

Pourquoi il ne doit pas être supprimé, car dans la plupart des pays du monde il faut un diplôme de fin d'études secondaires pour accéder à l'université et c'est aussi un diplôme international. Nous pouvons énumérer certains systèmes comme le suédois ; en effet ce pays délivre un certificat de fin d'études secondaires et c'est à l'université d'orienter les élèves vers les filières qui leur apporteront le maximum de réussite, ce qui comme vous pouvez vous en douter impossible à appliquer chez nous car le nombre d'étudiants et de conditions sont différentes.

En Espagne, le système est le même que celui appliqué en France mais les lycéens, en plus du « Bachillerato » équivalent au bac, doivent passer un concours d'entrée à l'université pour être acceptés dans les filières de leur choix ; ce concours qui compte pour 40 % comprend plusieurs épreuves dont certaines sont optionnelles et prend en compte les deux dernières années du lycée pour 60%.

D'autres pays européens ont optés pour le système comptabilisant contrôle continu et examen final comme en Italie par exemple ; les notes continues de l'année comptent pour 20% et l'examen final comprend trois épreuves écrites et une épreuve orale, et pour réussir l'examen, il faut avoir 60 points sur 100; en Allemagne, seules certaines matières font l'objet d'un examen final dont la note est prise à hauteur de 30 % pour obtenir le diplôme. Des systèmes équivalents sont employés dans les pays tels que le Danemark, la Suisse, la Norvège, ou les Pays-Bas.

Donc chaque pays et chaque région du monde suivant sa société, ses moyens logistiques, on utilise un examen final équivalent au baccalauréat mais aménagé par rapport au nôtre, trop lourd et coûteux, mais non comptabilisé de la même façon et ne donnant pas toujours droit directement à l'université. Donc notre examen doit rester, mais réformé et aménagé.

Pour cela, le pays a un besoin urgent de grandes écoles capables de former les grands de demain comme le fut l'ENA à un certain moment. Mais ces écoles peuvent recruter les élites de demain comme le font actuellement les grandes écoles des cadets de la révolution qui regroupent d'excellents élèves choisis dès le collège et qui doivent être généralisées dans le civil pour les meilleurs collégiens et pour l'avenir du pays dans tous les domaines militaire, scientifique, technologique, linguistique ou littéraire.

Si l'on analyse les résultats du BEM en Algérie, nous constatons que le système de passage du collège au secondaire est marqué par un grand écart entre les notes obtenues lors du BEM et ceux de l'année scolaire qui peut être de plus de dix points de moyennes car nous avons pu voir ces contradictions des moyennes, par exemples de 04 au BEM et de 16 lors de l'année scolaire, et plus de 90% des moyennes obtenues à l'examen sont largement inférieures à celle de l'année. Un manque de transparence pour le passage à l'enseignement secondaire ainsi que l'orientation de ces élèves nous poussent à réfléchir sur un modèle qui nous permettra d'avoir des élèves aptes à faire des études supérieures et secondaires. Nous vu cette année que sur 297 000 élèves ayant obtenus le BEM, 157 542 ont obtenus plus 16/20 comme moyenne, ce qui est énorme comme nombre de candidats.

Maintenant, c'est que, une fois ces élèves admis à l'enseignement secondaire, leurs excellents résultats tombent à l'eau et les raisons sont multiples et souvent c'est à cause des conditions où ils sont placés, dans des classes surchargées au milieu d'élèves dont la majorité sont tout juste moyens ou bien ayant obtenu leur droit à être dans l'enseignement secondaire sans BEM mais par juste compensation par la note continue annuelle.

Donc il est grand temps de penser à cette déperdition des excellents élèves dans l'enseignement secondaire général. L'une des solutions c'est la création de grandes écoles où ces élèves seront placés entre eux pour améliorer leur niveau et leur permettre d'évoluer pour soulager aussi bien l'enseignement secondaire que l'université pour former les futures élites algériennes de demain.

Nous avons besoins de grandes écoles de spécialités de mathématiques, ou de physiques, de biologie, d'économie, de littérature, de langue, de technologie, d'agriculture, d'administration… qui formeront les grands futurs professeurs, ou ingénieurs, docteurs, chercheurs de demain.

Les excellents résultats des élèves du collège lors du BEM doivent être filtrés pour leur ouvrir les portes aux grandes écoles et non aux lycées.

Ces élèves continueront leur études supérieures dans ces mêmes écoles et n'auront pas besoin de baccalauréat mais d'un diplôme de ces écoles qui pourront être reconnues mondialement car leurs programmes d'enseignement seront très relevés et seuls les meilleurs éléments pourront rester s'ils suivent le rythme d'enseignement sinon ils seront reversés vers l'enseignement secondaire qui ouvrira les portes à l'enseignement universitaire pour suivre un cursus normal.

Le baccalauréat doit rester pour les autres candidats l'une des garanties d'entrée à certaines filières universitaires ou à certaines grandes écoles qui donneront une seconde chance aux meilleurs bacheliers d'y accéder via un concours de spécialités.

Pourquoi le baccalauréat doit rester : car on vit dans une société ou rien n'est transparent et c'est le seul moyen de garantir l'égalité de chances entre les candidats car même le contrôle continu ne peut assurer l'égalité de chances entre les candidats et cela a été noté lorsqu'on avait comptabilisé la fiche de synthèse ou lors des épreuves sportives.

Chez nous, seuls des examens fermés garantissant l'anonymat peuvent nous assurer la transparence et l'égalité de chances des candidats.

Maintenant nous avons pu observer qu'un examen national de cette envergure, qui concerne chaque année près de 900 000 candidats, seule clé d'entrée à l'université, doit être réformé dans sa forme et sa conception.

Aucun modèle des systèmes étrangers n'est et ne peut être la solution à notre examen car toutes les données sociales diffèrent et seuls des Algériens du terrain et d'expérience peuvent trouver le modèle le plus adéquat à notre baccalauréat.



Lecture et réflexion des résultats du BEM 2016



EXAMEN -  BEM

Nombre de candidats - 551.381

Taux de reussite - 54,42 %

Nombre de candidats ayant réussi - 297.000

Nombre de candidats ayant échoué - 254.381

Nombre de candidats ayant une moyenne entre 16 et 18 - 157.542 soit 53 %

Taux de réussite des filles - 61,55 %



A la lecture de ce tableau, nous pouvons dire que le taux de réussite, au BEM 2016, n'est pas trop différent de celui de l'année dernière, mais très loin de celui du BEM 2012 qui était de plus de 72 %. Comme chaque année, le taux de réussite des filles dépasse de loin celui des garçons et là une étude spéciale devrait être faite pour déterminer les raisons et voir quels cursus et opportunités celles-ci ont-elles, pour connaître si une égalité de chances leur a été donné.

L'autre remarque très importante pour notre refondation de l'Enseignement doit nous amener à réfléchir sur le nombre important des candidats ayant réussi avec une moyenne entre 16 et 18 et qui est de 157.542 par rapport aux 297.000 candidats ayant réussi, afin de leur assurer la meilleure orientation possible et leur permettre d'améliorer leur niveau, dans les meilleures conditions.

Car nous assistons, en 1re Année secondaire, à une énorme déperdition dans ces moyennes obtenues. Nous pouvons, alors, dès cette année, penser comme les grandes nations et pourquoi pas mieux qu'elles, car elles n'ont pas de leçon à nous donner à la création d'écoles spécialisées en Mathématiques, Technologie, Economie, Agriculture, Littérature, linguistique et toutes autres spécialités, pour permettre un maximum d'absorption des élites algériennes qui se perdent dans l'Enseignement secondaire.

La première détection des élèves doués doit se faire très tôt, dès la fin du cycle moyen et nous devons y consacrer tous les moyens. La médiocrité ne doit plus avoir de place et si Madame la ministre a vraiment envie, comme elle le prétend, de sauver l'Education pour la mettre au diapason des pays les plus développés, la création de ces écoles est nécessaire et ne demande pas de grands moyens ; elle déterminera notre élite qui étudiera des programmes spéciaux et poursuivra son cursus universitaire dans des écoles spéciales d'ingéniorat ou de doctorat qui créeront des cadres intègres capables de relever le défi. Nous pouvons affirmer que chaque année, le nombre de candidats ayant une moyenne entre 16 et 18 dépasse les 50 % et que 90 % d'entre eux, dès leur première année dans le secondaire se retrouvent avec des notes juste moyennes, surtout en Mathématiques et Physique.

Il est temps, d'abord, de faire sortir ces élèves du lot des candidats ayant réussi au BEM, de les prendre, réellement en charge, d'abord dans leur orientation qu'on doit filtrer vers les grandes écoles suscitées précédemment avant de les orienter vers des spécialités créées dans les lycées pour ceux qui n'y ont pas été orientés. Ces branches peuvent être Mathématiques ou Technique mathématiques ou purement scientifique, économique, littéraire, linguistique ou technique, suivant leurs vœux et leurs résultats scolaires. Car il est temps de limiter la déperdition de niveau dans le Secondaire et pouvoir sauver ces plus de 50 % d'élèves qui ont réussi au BEM avec des notes très élevées.

Pour ceux qui ont réussi avec des notes de moins de 16/20, ils ne doivent pas être orientés, directement, dans ces branches où le niveau serait plus élevé. Ils devront faire leurs preuves, pendant une année, pour être orientés, en deuxième année secondaire, vers ces branches.

Le cycle secondaire peut être allongé d'une année pour permettre de meilleures formation et orientation. De même qu'une réforme du baccalauréat, en diversifiant les spécialités, très limitées chez nous, qu'elles soient scientifiques ou technologiques.

Pour ceux qui n'ont pas réussi au BEM, ils ne peuvent pas avoir accès à l'Enseignement secondaire, comme ceux, d'ailleurs, qui n'ont pas réussi au BAC, à l'université. Un cycle court devrait leur être proposer comme celui de technicien, dans toutes les spécialités et suivant les besoins urgents du pays.

Seule une réflexion sur l'orientation et le devenir de plus de 254.000 candidats qui n'ont, généralement, pas leur place dans le secondaire et qui sont responsables de troubles et de violence, à l'intérieur des établissements, car étant victimes de leur orientation du fait que 80 % d'entre eux, compenseront la note du BEM pour se retrouver dans les lycées, avec presque aucun niveau. La démocratisation de l'Enseignement et de l'Education en Algérie, doit être placée dans son vrai sens.

La démocratisation de l'Education, en Algérie, doit signifier : scolariser 100 % des Algériens, leur donner tous les moyens financiers et pédagogiques pour étudier dans de bonnes conditions, leur assurer une égalité de chances de réussite. Celle-ci n'a jamais voulu dire : faire réussir 100 % des élèves du Primaire, au Baccalauréat général, quels que soient leurs niveaux, et ce, afin de leur assurer, non pas une scolarité comme il se doit, mais leur permettre une réussite continue, pendant tout leur cursus scolaire, sans tenir compte de leur réelle capacité intellectuelle.

Le rôle de l'Etat doit s'arrêter dès qu'il aura assuré une égalité de chances de réussite et de scolarité, à tous les Algériens. La réussite de tout élève est personnelle et elle lui revient de droit, s'il en est capable.

*Pr. de Mathématiques, au lycée ‘Colonel Lotfi' d'Oran