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Le «oui» l'emporte en Egypte, l'abstention a été très forte : L'opposition égyptienne entre désobéissance et législatives

par Salem Ferdi

Le «oui» l'emporte en Egypte mais avec un taux de participation très faible de 32%. Les islamistes crient victoire. L'opposition va devoir choisir entre la désobéissance civile ou s'engager dans la bataille des législatives qui doivent avoir lieu dans deux mois.

Les islamistes ont annoncé, sans attendre les résultats officiels, que le projet de Constitution a été avalisé par 64% des votants au référendum contre 36% de «non» qui s'est déroulé sur deux samedis successifs. L'opposition, rassemblée autour du Front du Salut national (FSN), a dénoncé «la fraude et des violations des règles électorales» et entend «faire appel». La bataille de la Constitution est formellement terminée dans le cas, très probable, où le résultat sera validé officiellement aujourd'hui et demain. Cela ne met pas fin au bras de fer politique qui se déroule depuis des semaines et qui a entraîné une polarisation conflictuelle entre les islamistes et une coalition de forces politiques regroupant des libéraux, la gauche et des associatifs. La victoire des islamistes, qui n'ont pas obtenu les 80% mais dépassent le cap de 60%, se fait sur la base d'un taux de participation très bas, de 32%.

Le niveau d'abstention est donc très élevé, ce qui suscite des questions sur le degré d'adhésion des Egyptiens à l'égard aussi bien de la Constitution que des forces politiques en lice. La Constitution, dans le cas où l'appel de l'opposition soit rejeté, devrait entrer en vigueur durant la semaine.  

UNE VICTOIRE A RELATIVISER

Théoriquement, la prochaine échéance politique pour l'Egypte sera l'élection d'un nouveau parlement pour remplacer celui qui avait été dissous en juin dernier par la justice. Une décision qui a créé une animosité grandissante entre les juges et les islamistes au pouvoir. Effet de cette crise entre le pouvoir et les juges, le vice-président de la République Mahmoud Mekki, magistrat lui-même, a annoncé sa démission. Il a déclaré avoir «réalisé depuis un moment que la nature du travail politique ne convenait pas à (sa) formation professionnelle de juge». Une information sur la démission du gouverneur de la Banque centrale donnée par la Télévision publique a été démentie. Les islamistes, qui ont joué sur l'impératif d'un retour à la stabilité, considèrent que l'adoption de la nouvelle Constitution va mettre fin à la transition agitée que traverse l'Egypte depuis la chute de Moubarak et dont l'impact économique est très important. Le climat politique délétère a entraîné l'ajournement d'une demande de prêt de 4,8 milliards de dollars auprès du Fonds monétaire international (FMI). Mohamed Morsi a également gelé des hausses de taxes, le temps de laisser passer le référendum. Le «pays est au bord de la faillite», a affirmé Mohamed El-Baradei. Un constat à double tranchant puisque les islamistes en font un argument en faveur d'un «oui» de stabilisation. Il reste qu'avec une abstention qui atteint 68%, la victoire arithmétique du «oui» est à relativiser.

Il est vrai que ce taux d'abstention concerne aussi l'opposition qui n'a pas boycotté mais a appelé à voter «non». Elle ne peut se prévaloir de ce taux d'abstention élevé qui doit être davantage lu comme une insatisfaction de la majorité des Egyptiens à l'égard des élites politiques en compétition depuis la chute de Moubarak.

QUE FERA L'OPPOSITION ?

C'est la question qui se pose au-delà de la protestation de «principe» contre la fraude. Il y a bien sûr la procédure de recours que le Front du Salut national entend exercer en raison de «la fraude et des violations» des règles électorales, selon la formule du nassérien de gauche, Hamdeen Sabbahi. Tout comme Amr Hamzawy qui a demandé à la commission «d'enquêter sur les irrégularités avant d'annoncer les résultats officiels… Notre combat est pacifique, nous voulons faire tomber une Constitution invalide en arguant des irrégularités et du faible taux de participation», a-t-il poursuivi. De manière surprenante et fort inhabituelle, le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle a déclaré que les «nouvelles d'Egypte m'inquiètent beaucoup». «La nouvelle Constitution ne peut être acceptée que si les modalités de son adoption sont irréprochables. C'est pour cela que les accusations de fraude doivent être examinées rapidement, fermement et de manière transparente», a-t-il ajouté. En réalité, même au sein de l'opposition et au-delà des accusations de «principe», la victoire du «oui» était attendue.

La sortie du ministre allemand est surtout une prise de position politique, probablement dictée par une défiance à l'égard des «barbus en trois pièces», selon la formule d'un persifleur algérien. Ce qui comptera en définitive, c'est le choix des forces d'opposition. Certains souhaiteraient «neutraliser» la Constitution en allant vers un boycott des législatives. Mais c'est une option risquée, le vide laissé par l'opposition sera automatiquement rempli par d'autres.

Le «courant populaire» de Hamdeen Sabbahi, qui a fait un très bon résultat à la présidentielle, veut poursuivre la mobilisation menée contre le projet de Constitution dans la bataille des législatives qui doivent avoir lieu dans deux mois. Il semble bien que les forces d'opposition ne parlent pas encore d'une seule voix sur les lendemains du référendum.