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Le régime présidentiel fut un malheur pour l'Algérie

par Kamel Khelifa*

De tous les régimes politiques en présence, le pire est certainement celui qui prévaut présentement en Algérie, dans la mesure où le peuple a été dépouillé de toute souveraineté politique, fût-elle symbolique, au profit de la multitude de petits pouvoirs, constituant le système faiseur et dé-faiseur de rois, de princes, etc. Alors où se situe véritablement le pouvoir ? Il est partout et nulle part, avec certes la part belle faite au Président monarque, en termes de symbole et d'incarnation du pouvoir, d'attributions et de prérogatives, mais loin, de toute congruence politique entre la réalité du pouvoir et la phraséologie constitutionnelle...

De là la nécessité, de mettre fin tout d'abord à ce système pourri, avant de parler d'élection présidentielle, en respect du contenu d'une pseudo constitution qui n'a eu aucune considération pour le souverain, en l'espèce son excellence le PEUPLE. Il faut, me semble-t-il, songer à revoir prioritairement et impérativement la constitution actuelle, conçue pour consacrer le règne d'un président-monarque, aux pouvoirs sans limite, en y rajoutant d'autres leviers indispensables, dont les contrepouvoirs politiques et les pouvoirs de médiation ne sont pas des moindres...

Comme on peut le constater, pas plus l'homme politique au fait du pouvoir que l'Algérien lambda n'échappe au système dispensateur de sorts fabuleux pour certains et de tragiques destins pour d'autres... Dans un tel système, imposé aux Algériens dans l'euphorie de l'indépendance, à travers des tours de passepasse soigneusement préparés par les clans qui gravitèrent pendant des années autour du pouvoir, le Président a la haute main sur le système politique, sans contrepouvoir réel, ni pouvoir de contrôle de son action ; pour faire court, disons que le président-Rais n'est autre qu'un monarque à la tête d'une république... Cf. L'article de l'auteur intitulé, l'''Algérie est-elle une République véritable ?'', In Le Soir d'Algérie, du 15/04/2014.

Les dirigeants algériens ne pouvaient pas concevoir le pouvoir autrement que comme une monarchie absolue ; Boumediene poussera la monarchie sans couronne jusqu'à l'autoritarisme absolu, marquée par des gestes criminels sur des opposants, des actes sacrilèges (séquestration d'hommes et même profanation de sépultures) furent commis froidement et en toute conscience. C'est une forme de dictature aveugle, caractérisée, selon les pratiques relevées par Machiavel par l'inspiration de : la crainte ; la violence ; la cruauté ; les mensonges ; les meurtres ; la duplicité ; la diffamation des gens hostiles, etc., au nom de la ‘'raison d'Etat''.

Les types de pouvoirs politiques en présence

Le Fédéralisme

Au plan politique, il existe par exemple le fédéralisme à régime parlementaire. Dans ce modèle, le pouvoir exécutif et législatif se neutralise sans privilège pour l'un de renverser l'autre, sauf en cas de crise susceptible de bloquer les institutions. Dans une telle hypothèse, devient alors nécessaire l'intervention d'un souverain dans les monarchies constitutionnelles (Belgique, Pays bas, Scandinavie, Japon, etc.) ou d'un Président élu, à titre représentatif par le parlement, comme c'est le cas en: Inde, Suisse, Italie, Liban, etc.

Il y a des Algériens, qui sont partisans du fédéralisme, pourquoi les priver de débattre d'un tel choix ? Cet aspect se discute dans le cadre d'un projet de société, exclu de la pensée politique algérienne, par crainte de séparatisme des régions, alors que le régionalisme est une institution pérenne en Algérie depuis 1962...

Le régime présidentiel

L'Algérie manque singulièrement d'espace de médiation et d'arbitrage, comme il fut un temps avec la Djemââ (communauté), par conséquent le pays a beaucoup plus besoin d'un président, représentant de la nation et arbitre politique entre tous les Algériens, au lieu d'un président gestionnaire. En la matière, il nous faut admettre les carences du régime présidentiel conçu pour qu'il n'y ait pas un président pour relever l'autre...

Le premier modèle de régime présidentiel est illustré par celui des Etats Unis d'Amérique, avec des séparations des pouvoirs exécutifs, législatifs, judiciaires, tous soumis au suffrage universel, pour éviter ascendant et pouvoir d'influence ou de pression les uns envers les autres, à moins de recourir au consensus en cas de blocage. La tâche noire dans la démocratie US est sans doute constituée par des pouvoirs non constitutionnels, liés au pouvoir de l'argent avec lequel tout un pays fut altéré... L'espace ne permet pas ici de développer ce point d'importance.

D'autres régimes présidentiels existent également, à l'exemple du modèle français, plutôt de type monarchie républicaine, hérité du reste par les gouvernants algériens, mais hélas sans les contrepouvoirs pouvant par exemple interpeller le président algérien. Cependant, en France l'exécutif est quand même étroitement surveillé par l'opposition, représentée dans le parlement (Assemblée nationale et Sénat), dans des proportions décidées par le vote du peuple français. Toutefois, la critique faite au système français actuel a trait à l'absence de scrutin proportionnel, susceptible de permettre à des partis ou mouvements minoritaires d'être représentés au Parlement, en proportion des bulletins de vote déposés dans les urnes.

Quelle constitution pour l'Algérie?

Question difficile, en effet, car le vide politique (sans Etat véritable en dehors d'un pouvoir oligarchique) est tel qu'il faut nécessairement le combler par le développement d'une vision d'avenir, elle aussi absente, balayée par le pouvoir des clans, des copains et des coquins. Pour que le pays entre pour la première fois de son histoire dans une ère démocratique, avec des élections libres, il faut revenir aux fondamentaux, à travers la tenue d'une assemblée constituante. Pour ce faire, il est nécessaire pour l'Algérie de passer par une période de transition de 6 à 12 mois, après avoir au préalable procédé à la désignation d'un Président intérimaire, à la tête de ce que j'ai appelé ‘'Collège de Salut National'', dans une précédente contribution. Ce collège serait accompagné d'un Gouvernement provisoire, constitué de compétences, pour liquider les affaires courantes durant la période de transition et de faire un état des lieux, à l'effet de parer aux chausse-trappes empoisonnées, léguées par le régime de Bouteflika.

Parallèlement, Il y a lieu de revoir le Code électoral, les conditions de fonctionnement des commissions de contrôle des élections, etc., en vue de la surveillance des fraudes qui ont émaillé toutes les élections depuis l'indépendance à ce jour ; à l'exception des élections communales de 1990 et législatives de 92, qui furent propres et honnêtes, car le peuple en assurait lui-même le contrôle...

Quel régime politique pour l'Algérie ?

Deux régimes politiques dominent aujourd'hui la vie des sociétés dans le monde : le régime parlementaire et le régime présidentiel. A ce sujet, il appartient au peuple de se prononcer par référendum, dans le cadre d'un projet de société. Mais ce qui paraît évident, le régime présidentiel, dans lequel le président centralise tous les pouvoirs, a vécu ; vaincu aujourd'hui par la rue qui a réussi pacifiquement à faire abdiquer le Césarion algérien Bouteflika en six semaines...

Le caractère démocratique du régime politique est défini dans la Constitution. La démocratie, c'est lorsque le peuple exerce sa volonté en toute souveraineté. Ainsi, il est à espérer que la génération du printemps 2019 n'accepte plus de Président omniprésents et sans contrepoids aucun.

Les textes promulgués en 89/90, élaborés en Algérie par Chadli Bendjedid et son secrétaire général d'alors Mouloud Hamrouche, en 1986, dans le but de protéger le citoyen contre le pouvoir, furent vidés de leur essence en 2001, car Bouteflika ne l'entendait de cette oreille. Ce travail fabuleux fut détricoté par cet homme et son clan, obnubilés seulement par le souci d'assurer la protection du président, de sa famille et de ses sbires contre le citoyen.

Dans ces conditions, il était difficile de fonder un État démocratique avec des individus ayant dévoyé tous les principes moraux, comme l'honneur et la dignité du peuple et du pays... C'est dire la priorité pour la communauté algérienne de devenir une nation véritable, œuvrant à forger dans les consciences et dans les textes une destinée historique commune, pétrie de nos propres mains ; son futur gouvernement doit être capable de gérer le pays avec un encadrement administratif du territoire et non un quadrillage bureaucratique, accompagné d'un encerclement policier des populations, sous le prétexte sécuritaire ; décidé par un pouvoir qui a fini par étouffer et l'État et le citoyen.

En régime démocratique, la première des Libertés est la sécurité des citoyens. Et comme il ne peut y avoir de sécurité sans justice, conforme à l'idée que s'en fait le citoyen, il faudra rendre son humanité à la justice des hommes. Dans ce pays, il revient au wali (représentant le gouvernement) d'annuler une décision d'un maire (réputé être élu du peuple), alors qu'il devrait revenir à la Justice d'annuler telle ou telle décision, lorsque celle-ci n'est pas conforme à la loi où à l'intérêt général ; le combat de la population d'Ain Salah contre le forage et l'exploitation du gaz de schiste participe de ce mépris des revendications légitimes des populations par l'administration...

Une administration uniforme avec des méthodes de gestion monolithique et des fonctionnaires «formatés» à Alger, au point que le «moule» fêlé importé de la capitale est en train de faire des ravages dans l'Algérie profonde : un exemple pour illustrer ce massacre méthodique en matière d'urbanisme, fortement marqué par ces constructions cubiques de mauvais goût où parpaing gris et briques rouges se disputent le vulgaire de Maghnia à El Kala jusqu'à Tamanrasset, en passant par le M'zab ; un bâclage en règle se faisant (contre le gré des citoyens) au détriment de l'ancien style du patrimoine, fait de maisons avec des matériaux locaux, des couleurs originales et des coupoles pittoresques dans le Sud, soit avec des toits en tuile tout le long du littoral ou à terrasse dans les casbah d'Alger, de Constantine...

Personne n'intervient pour dire halte au massacre de notre urbanisme, notre cadre de vie; on fait avec comme s'il s'agissait d'un mauvais sort tétanisant devant lequel tout un peuple doit abdiquer, de la même manière qu'il doit s'incliner devant le premier gringalet intronisé, par des clans tapis à l'ombre du système...

C'est la raison pour laquelle le président choisi par le peuple, selon le régime politique adopté (parlementaire ou présidentiel), doit avoir des pouvoirs limités, se bornant à jouer le rôle d'arbitre politique et de veiller à la sauvegarde des intérêts supérieurs de la nation. A ce titre, il peut s'opposer par son pouvoir de contrôle à la conformité des Lois, lorsque celles-ci sont contraires aux intérêts du pays. Dans ce cas, le président devient lui-même un autre contrepouvoir pour le salut de ce pays.

Du pouvoir judiciaire

Pourquoi les magistrats échappent-ils au contrôle démocratique? Comment doit-on protéger le juge ? Qui doit demander des comptes au juge ? Autant de questions que se posent les citoyens, auxquelles il faudra nécessairement répondre. Tout d'abord, avant d'aller plus loin dans notre questionnement, il faut que la justice soit souveraine dans l'exercice de sa mission, en consacrant sa liberté pleine et entière dans un corpus juris établi. Cela suppose aussi que le premier magistrat du pays, soit également le premier justiciable, du fait qu'il doit être l'émanation et le garant de la valeur de l'exemple.

Comment un mauvais père de famille pourrait parler à ses enfants de morale quand lui-même n'en respecte pas les règles? Si le peuple arrive à appréhender cette équation, à la faire graver dans la constitution, tout le reste coulera de source. En effet, dans le modèle politique que nous proposons, la démocratie doit s'appliquer de la base au sommet. Seule, la démocratie participative permet l'application d'un tel principe, car l'«initiative » appartient aux citoyens ; c'est le modèle prévalant en Suisse.

Le véto populaire est également souhaité. C'est un niveau de conscience culturel et politique à atteindre et à acquérir... A cet égard, les 25 millions de manifestants algériens, à travers tout le pays, ont démontré qu'ils sont susceptibles d'atteindre ce niveau... En fait, la rue nous a montré qu'en l'absence du gouvernement, dans ses mauvais rôles, le peuple peut prendre des initiatives citoyennes exemplaires, y compris de débarrasser les ordures qu'il a générées lors des manifestations...

Du Droit et de la Loi

Dans l'Etat de droit, chaque entité (individu, société, État, administration, pouvoir, etc.,) est tenue par le respect du droit. Le droit est soumis à la loi qui en constitue la source. La loi du latin (legis) est constituée de toutes les règles juridiques. Elles sont proposées par le gouvernement (projet de loi) ou par l'assemblée (proposition de loi), qui en promulgue, selon le système politique (présidentiel, parlementaire, etc.) le contenu en direction de tout le corps politique et social. Comme chacun sait, lorsque la Loi manque de ressorts, elle ne profite à personne, sauf peut être à des fonctionnaires indélicats de ‘'surfer'' sur le flou des textes pour donner libre cours à leur interprétation de ceux-ci... N'a-t-on pas vu de simples circulaires (non publiables), neutraliser des Ordonnances ou des décrets.

Dans certains États dignes de ce nom, comme par exemple la France, pays le mieux connu des Algériens, la présentation d'un projet de loi devant le parlement doit être accompagné d'une étude d'impact, pour expliquer aux représentants du peuple la nécessité de cette loi. En Algérie, des apprentis sorciers ont été jusqu'à décider de changer le week-end end universel, en avançant de deux jours le repos hebdomadaire, avec pour effet de couper notre pays du reste du monde pendant 4 jours, sans consulter personne et sans la moindre explication... ; la facture payée par la collectivité nationale est tout simplement incalculable...

De la République

Si l'Algérie est loin de l'idée de La République de Platon, parfaitement interprété et approfondi par le célèbre philosophe musulman Farabi, il paraît certain à l'ère où nous sommes que la République entre les mains d'un homme ou d'un régime a vécu, pour avoir mené le pays vers la monarchie, avec le baisemain en moins. Les libertés d'expression, de se gouverner, enfin de se «libérer» du mépris et de l'oppression subis par les peuples ne se donnent pas, elles s'arrachent comme nous l'enseigne aujourd'hui la révolution en cours, enclenchée depuis le 22 février... La IIème République aussi doit s'arracher en lui consacrant toute l'énergie d'un peuple qui a besoin de reprendre son destin en main ! Pour ce faire, il faut mettre de côté les chicayettes (revendications) sociales, les protestations identitaires et autres actions de grèves pour tout et pour rien. Ce n'est pas le moment !

D'autres pays ont connu la dictature: en Amérique latine, plus tard dans l'Europe de l'est ; les printemps arabes étaient porteurs d'espoir pour les peuples de toute une contrée de 300 millions d'âmes ayant vécu sous l'empire de la terreur. Mais l'histoire fut déviée de son cours, par la volonté de la géopolitique occidentale qui profita de la fragilité des révolutions naissantes, pour réaliser les desseins d'Israël dans la région, dont les Plans Yonan et Ralph Peters ont fait couler le sang arabe à volonté, comme dans un rituel sataniste... Cf. ma contribution In le Soir d'Algérie du 12 mars 2018, intitulée‘' des printemps arabes aux guerres par procuration''

En Algérie, entre 1989 et 92, de nombreuses lois ont été bien pensées, laborieusement élaborées et promulguées dans un corpus de Codes. Malheureusement, toutes les Lois et textes ultérieurs sont venus altérer l'esprit et le contenu du travail entrepris au lendemain d'Octobre 88. De là, l'auteur réitère la nécessité d'une Assemblée constituante et d'un nouveau conseil consultatif, condition sine qua none pour recadrer l'action politique. Il faut que le peuple rejette la feuille de route de Bensalah ainsi que les élections présidentielles.

A la faveur de l'Art 7, le peuple a la pleine souveraineté de proclamer la IIème république, avant de convoquer à termes de nouvelles élections propres et transparentes. Ainsi, permettra-t-il au Hirak de faire émerger de ces rangs un personnel politique neuf. Si le peuple accepte la feuille de route, dictée par la constitution de Bouteflika, encadrée par la troïka constituée des trois (3) B (Bensalah, Bédoui, Belaiz) le piège va se refermer sur l'élan révolutionnaire, pour au moins trois raisons :

- Prendre en considération cette feuille de route, c'est considérer la constitution taillée à la mesure de la mégalomanie d'un système clanique, perpétuant le régime présidentiel de caractère monarchique ;

- l'échéance électorales, fixée dans un délai de 90 jours, ne profitera qu'à l'alliance présidentielle ayant accompagné le Césarion algérien, Bouteflika, pendant son long règne et les pseudos partis d'opposition qui faisaient de la figuration, à deux exceptions près ; et ce n'est pas par hasard que ce sont ces mêmes forces qui appellent au respect de la constitution actuelle et du calendrier électorale ;

- Les autres forces potentielles, comme celles issues du Hirak, n'auront jamais le temps matériels de lancer dans la course, en 90 jours, des candidats à la présidentielle, sachant le temps nécessaire à l'obtention d'un consensus autour de leurs candidatures ; l'élaboration d'un programme politique, économique, social, culturel, etc., suppose également du temps pour l'expliquer à travers un pays qui fait quatre fois la superficie de la France, etc.

C'est dire que la feuille de route de l'ancien régime est un piège dans lequel risque de tomber le Hirak, s'il accepte de marcher dans cette machination...

De la Démocratie

La Démocratie du grec demos (peuple) et kratein (cratie), se traduisant en pouvoir, est l'exercice du gouvernement par le peuple. Dans le sens intégral, c'est l'exercice du pouvoir par tous les citoyens, constitué en gouvernement, dépositaire de la souveraineté. Ce système est fondé sur le suffrage universel par lequel le peuple se prononce, sans la moindre contrainte, sur la politique à mener par les représentants qu'il aura choisi.

La démocratie, est selon le slogan d'Abraham Lincoln (1809-1809), 16ème Président des Etats Unis, «le gouvernement du peuple, par le Peuple et pour le peuple. Cette formule fut reprise de façon mimétique par le gouvernement algérien, à l'orée de l'indépendance, mais de façon contractée, donnant le slogan: «par le Peuple et pour le Peuple et placé sur les frontons des édifices publics...

La démocratie doit être d'abord fondée sur le dialogue, avant de parvenir à un consensus entre gens de la Cité. C'est en se réappropriant la parole politique confisquée, laissée jusque-là à l'initiative de dirigeants autoproclamés (Boumediene) ou imposés par l'étranger (Bouteflika) que le peuple peut imposer le consensus populaire. Il importe que les citoyens occupent la sphère politique pour se donner toute latitude d'échanger entre eux. Ils peuvent s'informer mutuellement, faire des bilans de l'action politique et ses retombées sur la vie des populations, en diffusant des opinions en direction des décideurs, notamment par le truchement des outils modernes de communication; on entre là dans l'ère de la e-gouvernance.

Les méthodes de gestion de la démocratie

Les méthodes de gestion politique d'un pays reposent sur les caractères suivants (démocratique, autoritariste, paternaliste, anarchiste) que l'on va passer en revue très sommairement:

- démocratique ; cela est possible, lorsque le peuple arrive à maturité, c'est-à-dire qu'il est en pleine cohérence, en situation d'homogénéité, et qu'il a constamment à l'esprit le destin commun. En politique, la démocratie est un état de maturité de l'individu et un stade de développement de la société;

- paternaliste ; le peuple est soit jeune, auquel cas, il y a lieu de l'assumer en phase de croissance ; soit infantilisé, autrement dit rendu puéril par un système oppressif. Il a constamment besoin d'un tuteur, ce qui le condamne à une dépendance durable, de nature à l'empêcher d'évoluer par ses propres moyens. C'est ce qu'Etienne De la Boétie, appelle la soumission volontaire des peuples. A terme, ce peuple est condamné à subir ses gouvernants. Ceci est le cas du peuple algérien qui à été longtemps considéré comme du ghachi (une foule), sans devenir politique aucun. Gageons que cette fois-ci la Révolution ne lui échappera pas des mains, comme en 1962 et en 1992.

- autoritaire ; la présence de chef à la tête du peuple, (à ne pas confondre avec l'omniprésence de celui-ci), doit se limiter à l'orientation, l'animation, le contrôle. Rappelons que l'autorité n'est pas le pouvoir ni l'autoritarisme. L'autorité repose sur la notion de force morale alors que le pouvoir implique à son exercice l'agrégation de la notion de puissance matérielle. On parle d'autorités ecclésiastiques; l'autorité parentale, l'autorité scientifique ou sanitaire.

S'agissant du pouvoir, on parlera par exemple des pouvoirs publics qui peuvent, en vertu de la loi, requérir les forces de l'ordre mises entre les mains de l'Etat; dans les dictatures la «force publique» est accaparée par le gouvernement qui en fera sa «force politique», contre tout le corps social. Ce qui a prévalu en Algérie durant une cinquantaine d'années...

-Consultatif ou participatif ; c'est un niveau culturel à atteindre. La force de ce peuple réside dans l'écoute active, l'un de l'autre, pour obtenir un niveau d'échange : de vues ; d'informations ; d'expérience ; d'avis ; de conseils... Dans ce type de régime, la démocratisation est permanente, mais on ne doit pas la cantonner à l'élection car en parallèle les contrepouvoirs et les pouvoirs de médiations doivent fonctionner. Toute commission électorale nommée par le pouvoir en place ne peut être hautement indépendante. Ces commissions, comme du reste les jurys populaires, doivent échapper à toute désignation de la part du Prince, raison pour laquelle elles doivent disposer de statuts particulier garantissant leur liberté d'action. C'est ce qui se passe en Suisse et dans les pays démocratiques.

La démocratie (pouvoir du dernier mot, selon un historien français) n'est pas seulement une expérience politique, c'est également et surtout une entreprise sociale; expérience et entreprise renouvelables dans le temps et dans l'espace, à travers un dialogue permanent et en perpétuel état d'amélioration, sans être pour autant un modèle copié-collé sur un autre pays. Nul n'ignore que chaque peuple est marqué par des caractères distinctifs: géographie, histoire, sociologie, religion, culture, identité, etc. Donc, la démocratie n'est pas transposable et elle n'est pas exportable, comme l'Occident veut le faire croire à son opinion publique, pour justifier les interventions et autres invasions de pays : Irak, Afghanistan, Libye, Yémen, Somalie, etc.

De l'état démocratique et du bon gouvernement

Il existe une multitude de définitions et pour faire court, nous avons opté pour cette formule : «le gouvernement dispose d'un pouvoir qui préside aux destinées d'un État durant son mandat». Quant à l'Etat, il s'imposa après le passage par la bande, le groupe familial, la chefferie (la Djemââ dans nos sociétés), etc. ; l'État naitra dans la plupart des pays avec la codification, puis avec l'introduction de la notion du droit. D'où l'idée d'État de droit, constitué généralement de contre-pouvoirs susceptibles d'assurer l'alternance politique.

Contrairement à ce qu'en pense le commun des mortels, le Président d'un pays, n'est pas un être supérieur á ses compatriotes. Ce n'est pas non plus leur chef hiérarchique. Il n'a pas à exercer sur le peuple qui l'a élu une quelconque autorité, à moins que celle-ci ne se situe dans la sphère morale, à travers des cercles vertueux créés spontanément autour d'un personnage charismatique qui prendra un ascendant historique sur son peuple, comme ce fut le cas de : Mahatma Gandhi, Nelson Mandela, Charles de Gaule, Gamel Abel Nasser, Habib Bourguiba, Amilcar Cabral, etc.

Le chef de l'Etat est désigné comme le premier magistrat du pays, parce qu'il est le garant de la sécurité nationale (défense du territoire, des citoyens et de leurs biens...) ; raison pour laquelle il est investi également de la fonction de chef suprême des armées. Au regard de tous ces titres, il est garant de la paix comme il peut être le premier soldat en cas de guerre ; il est responsable du bon fonctionnement de la justice et de sa neutralité ; du maintien de l'ordre ; outre qu'il est le gardien de la conscience nationale, des principes d'impartialité de l'État et des valeurs de la République, etc.

Comme le Président occupe une charge, il assume donc une responsabilité dont il devra rendre compte à l'issue de son mandat; mandat qui n'était pas renouvelable dans la Rome antique mais qui est quand même bien réglementé de nos jours, à travers la Constitution, pour peu que l'élu ne s'éternise pas au pouvoir...

Depuis toujours le concept politique n'a pas changé et par conséquent on ne doit pas le confondre avec le concept judiciaire, car dans le sens politique le premier magistrat d'un État, d'une commune, etc., n'est pas un Juge. Dans l'acception politique, le premier magistrat ne peut pas être juge et partie, étant donné qu'il est lui-même justiciable (au même titre que ses semblables), par rapport constitutionnellement au mandat qu'il reçoit du peuple et à la responsabilité subséquente.

Le mot responsable s'applique à celui qui prend la direction d'une gestion. Dès lors que le président, d'une institution quelconque (République, Mairie, etc.) accepte une charge, cette situation le rend comptable de son action politique et privée. Certaines constitutions prévoient que l'homme d'État bénéficie de l'immunité durant son mandat électif, mais au delà il pourrait faire l'objet de poursuites judiciaires pour des affaires dont il se serait rendu coupable ; notions évacuées dans la constitution algérienne... Si l'État démocratique, incarné par le gouvernement du moment, ne remplit pas son rôle, notamment de satisfaire les besoins du citoyen, l'alternance politique fera en sorte que l'électeur choisisse un autre gouvernement, mais ceci est vrai uniquement en situation de démocratie véritable. Or, il existe de par le monde seulement deux bonnes douzaines de pays où cette alternance démocratique existe vraiment. En Algérie, tôt ou tard la IIème république sera proclamée et la démocratie sera complètement à notre portée !

*Auteur, essayiste, expert et consultant international