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UN NOUVEAU «PRINTEMPS SOCIAL» EN MARCHE

par M. Saadoune

Au lendemain des émeutes de janvier 2011 et à la suite de la révolution en Tunisie, les syndicats autonomes et même les travailleurs non syndiqués ont multiplié les revendications salariales. Le gouvernement, soucieux d'éviter la propagation virale venue d'Orient, a été souvent très réceptif et a accepté de lâcher du lest. Pour les fonctionnaires, ce mouvement du «retenez-moi où je me mets en grève…» a permis un rattrapage en matière salariale qui n'aurait pas été concédé aussi facilement sans le contexte politique créé par l'essor de la contestation politique dans le monde arabe.

Cette montée revendicative a largement marqué l'année 2011 avec une multiplication des grèves et parfois des émeutes avec pour préoccupation centrale le logement ou le travail. Ou les deux à la fois. Les acteurs, disparates et loin d'être réunis dans un cadre organique, du mouvement social ont saisi clairement que le pouvoir cherchait avant tout à éviter un prolongement politique aux contestations sociales. D'où sa tendance à céder devant des exigences sociales dont la légitimité n'est d'ailleurs pas contestable. Le jeu implicite se fondait sur l'obtention de concessions sociales, en contrepartie, les acteurs du mouvement social s'abstiennent de s'aventurer sur le terrain politique. De nombreuses catégories de personnels ont ainsi obtenu gain de cause provoquant une émulation qui est allée crescendo… C'est ce que certains ont surnommé un «printemps social en Algérie» pour le différencier du printemps tunisien, même si les tumultes chez les voisins ont conforté la saison des revendications.

Le gouvernement a porté un coup d'arrêt aux concessions avec le mouvement de grève, dont les demandes ont été jugées excessives même aux yeux de ceux qui critiquent la politique salariale du gouvernement, des personnels navigants commerciaux d'Air Algérie. Le gouvernement a choisi de débarquer le PDG d'Air Algérie et de le remplacer plutôt que de laisser passer des promesses de hausse salariale si élevée qu'elle aurait provoqué immanquablement des exigences similaires chez les autres catégories de personnels d'Air Algérie. Il faut dire aussi que cette fermeté du gouvernement à ne pas aller au-dessus d'un seuil de 20 à 25% de hausse est intervenue alors qu'il était déjà assuré que les appels à faire «dégager» le régime par la rue n'avaient pas d'écho.

Aujourd'hui, on assiste à une sorte de remake du «retenez-moi ou je fais de la politique» dans un contexte de crainte d'un fort taux d'abstention au scrutin du 10 mai prochain. Ainsi, les annonces de grèves, «parfois illimitées», pour les prochains jours et semaines se calent parfaitement dans cette tendance à saisir les opportunités politiques pour faire avancer les revendications sociales. Avec humour, ceux qui lancent ces mouvements - des enseignants aux commerçants en passant par d'autres catégories sociales - sont pleinement décidés à profiter de l'échéance électorale et se mettent déjà en campagne sur un mode politique subliminal. On ne fait pas de politique mais comme on est dans un contexte politique, les choses pourraient le devenir. Mais au fond, qu'est-ce que la politique si ce n'est un processus de revendications et de négociations dont l'objet est l'affectation des ressources. Le «printemps social» dont l'envol semblait s'être arrêté avec la grève, peu soutenue par l'opinion, des stewards et hôtesses de l'air, pourrait connaître un nouveau souffle.