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Grève des transporteurs: Le ministère prêt à étudier «les réserves» sur le code de la route

par M. Aziza

Le mouvement de grève des transporteurs privés de voyageurs et de marchandises se poursuit, affectant certaines wilayas du pays et pénalisant des citoyens, confrontés à de grandes difficultés de déplacement. Au cœur de cette contestation figurent le nouveau code de la route, jugé trop répressif par les transporteurs, ainsi que l'augmentation des prix des carburants.

Si une éventuelle révision à la hausse des tarifs du transport devait être annoncée ce mardi, les responsables du secteur et plusieurs personnalités politiques rappellent avec insistance que le nouveau code de la route n'est pas encore entré en vigueur.

C'est ce qu'a réaffirmé, hier, Mme Hassiba Kouasmia, sous-directrice de la circulation routière au ministère de l'Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, lors de son intervention sur la Chaîne I de la Radio nationale. Elle a précisé que le projet de loi portant code de la route est toujours en cours d'examen et le ministère de l'Intérieur se dit disposé à étudier l'ensemble des observations et des réserves formulées. Elle a ajouté que la version actuelle du texte est en débat au Conseil de la Nation, après son adoption par l'Assemblée populaire nationale.

Intervenant pour dissiper les inquiétudes, Mme Kouasmia a expliqué que le projet de loi constitue une réponse nécessaire à la hausse alarmante des accidents de la route en Algérie, lesquels ont fait, au cours des dix derniers mois de l'année 2025, plus de 31.000 blessés et plus de 3.000 morts.

Réagissant à la polémique suscitée sur les réseaux sociaux autour de certaines dispositions du projet, elle a indiqué que le texte comprend 190 articles répartis en plusieurs chapitres, portant notamment sur les règles de circulation, les conditions d'obtention du permis de conduire, la conduite professionnelle, les conditions administratives et techniques des véhicules, ainsi que les procédures de constatation et les dispositions répressives.

Elle a tenu à souligner que le nouveau code de la route ne se limite pas aux sanctions, rappelant que la dissuasion n'est pas une fin en soi, mais un moyen de corriger les comportements dangereux. Les infractions y sont classées en quatre degrés, allant de la simple contravention au délit puis au crime, selon la gravité, avec des sanctions pouvant aller jusqu'à des amendes financières, notamment dans les cas ayant entraîné des blessures ou des décès, en particulier en situation de conduite sous l'emprise de l'alcool ou de stupéfiants.

Mme Kouasmia a également précisé que le nouveau texte ne cible pas exclusivement les transporteurs ou les usagers de la route, mais élargit la responsabilité juridique à l'ensemble des intervenants dans les accidents de la route, conformément aux orientations du président de la République. Cela concerne notamment les organismes chargés de la réalisation et de l'entretien des routes, ainsi que les auto-écoles impliquées dans la délivrance illégale de permis de conduire, susceptibles de poursuites civiles et pénales.

Le projet n'interdit pas l'usage du GPS

La rumeur faisant état d'une interdiction totale du GPS (Global Positioning System) a alimenté une vive controverse sur les réseaux sociaux. Mme Kouasmia a démenti cette information, affirmant que le projet de loi n'interdit nullement l'usage du GPS, considéré comme un outil d'orientation conforme à l'esprit de la sécurité routière.

En revanche, l'utilisation du téléphone portable et des dispositifs audiovisuels au volant est classée parmi les infractions de quatrième degré, en raison du danger qu'elle représente en matière de perte de concentration.

Etat des routes : une responsabilité des collectivités locales et des travaux publics

Parmi les griefs soulevés figure également l'état dégradé de certaines routes. Sur ce point, l'invitée de la Radio nationale a rappelé que le projet de loi fait porter la responsabilité de l'entretien et de la viabilité des routes à l'Etat aux collectivités locales et aux secteurs concernés, notamment celui des travaux publics. L'article 46 prévoit que les travaux doivent être réalisés conformément à un cahier des charges et à des normes techniques garantissant la sécurité des citoyens. Le texte insiste aussi sur la nécessité de mettre à jour la signalisation routière, d'améliorer l'éclairage public et de supprimer les ralentisseurs non conformes aux normes.

«Le service public est une ligne rouge»

Des organisations syndicales et plusieurs personnalités politiques continuent d'appeler au retour immédiat du service public de transport, soulignant que sa continuité constitue une ligne rouge et une priorité absolue. Tout en reconnaissant le droit légitime des transporteurs à revendiquer de meilleures conditions, le député Azzedine Zahouf a insisté, à travers sa page Facebook, sur la nécessité de préserver l'intérêt des citoyens et de garantir un service minimum. Il salue l'ouverture du dialogue par les pouvoirs publics, rappelle que le nouveau code de la route n'est pas encore entré en vigueur et appelle à des concertations élargies pour aboutir à des réformes globales et consensuelles.

Le député a plaidé pour la planification de mesures de terrain pour corriger les dysfonctionnements. Toutefois, précise-t- il, « ces initiatives doivent faire l'objet d'un suivi rigoureux afin qu'elles ne se limitent pas à une simple stratégie de gestion de crise ».