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L'Afrique, ou la guerre de l'eau ou la paix par l'eau : le plan visionnaire pour 2063
par El Habib Ben Amara Alors
que la population africaine va plus que doubler d'ici 2070, passant de 1,5 à
3,2 milliards d'habitants, une question existentielle se pose : l'eau, cette ressource
vitale, sera-t-elle le carburant de la renaissance africaine ou le détonateur
de conflits incontrôlables ? Face à ce défi, l'Union africaine a dévoilé un
plan ambitieux, «l'Africa Water Vision 2063 and
Policy». Loin d'être un simple document technique, c'est un appel aux armes,
une feuille de route pour transformer l'eau en moteur de prospérité,
d'intégration et de paix sur l'ensemble du continent.
Lors du 39e Sommet de l'Union africaine à Addis-Abeba, qui a lancé cette vision, une voix s'est distinguée par sa constance et son poids diplomatique : celle de l'Algérie. Présente au plus haut niveau, elle a non seulement apporté son soutien à cette feuille de route pour la sécurité hydrique, mais elle a également imposé une initiative majeure sur la mémoire et la justice, confirmant son rôle de pilier de la stabilité et de l'unité du continent. Le constat alarmant : un rétrécissement de l'horizon L'Afrique est à la croisée des chemins. Ses aspirations à l'industrialisation, à la sécurité alimentaire et à l'intégration régionale, portées par l'Agenda 2063, se heurtent à une réalité hydro-climatique implacable. Les chiffres sont vertigineux et les tensions, palpables. 90 % des eaux de surface du continent sont transfrontalières, reliant 75 % de la population. Pourtant, moins de 30 % des bassins fluviaux disposent de cadres de coopération efficaces. Le changement climatique agit comme un multiplicateur de risques, avec des sécheresses plus sévères et des inondations plus dévastatrices. « Le coût de l'inaction sera catastrophique », préviennent les auteurs du rapport. Pour nourrir une population en explosion, les prélèvements d'eau pour l'agriculture devront presque tripler d'ici 2070, tandis que ceux pour l'énergie devront être multipliés par cinq. Huit visions pour un «printemps bleu» La réponse de l'Union africaine, portée par le Conseil des Ministres Africains de l'Eau (AMCOW), est structurée autour de huit énoncés de vision, aussi ambitieux que pragmatiques. Ils définissent l'avenir souhaité : « Une Afrique en sécurité hydrique et résiliente, avec un assainissement sûr pour tous. » 1. L'humain d'abord : Garantir un accès universel à l'eau potable et à l'assainissement. 2. L'eau, moteur économique : Assurer une disponibilité durable de l'eau pour des économies transformées. 3. L'économie bleue : Exploiter durablement le potentiel immense des océans et des fleuves. 4. Gouvernance exemplaire : Mettre en place des systèmes de gouvernance transparents et inclusifs. 5. Bassins de paix : Reconnaître les bassins versants partagés comme des atouts communs pour la paix. 6. Résilience climatique : Protéger les populations et les économies contre les catastrophes liées à l'eau. 7. Innovation et compétences : Développer le capital humain et la maîtrise des technologies numériques. 8. Données et investissements : Créer des systèmes d'information intégrés pour éclairer les décisions. Un plan d'action sur quatre piliers : le temps de l'action Pour concrétiser ces visions, le document propose un cadre d'action articulé autour de quatre piliers : Économie et Société, Diplomatie/Paix/Sécurité, Durabilité et Résilience, et enfin Innovation et Information. Le leadership algérien : une voix souveraine au service de l'Afrique C'est dans ce cadre que la délégation algérienne a marqué de son empreinte les travaux du sommet. Représentée par son Premier ministre, M. SifiGhrieb, en tant que représentant du Président Abdelmadjid Tebboune, l'Algérie a réaffirmé avec force sa doctrine diplomatique : promouvoir des «solutions africaines aux problèmes africains». Une intervention saluée pour sa lucidité face aux «complexités géopolitiques et pressions sécuritaires croissantes» qui menacent le continent. Mais l'Algérie n'a pas seulement commenté l'ordre du jour ; elle l'a enrichi de manière spectaculaire. Portée par la vision du Président Tebboune, elle a mené une bataille diplomatique de longue haleine qui a abouti à un succès retentissant : l'adoption par l'Union africaine de la «Déclaration d'Alger sur les crimes coloniaux en Afrique». Cette déclaration, issue d'une conférence tenue à Alger fin 2025, consacre le 30 novembre comme «Journée africaine du souvenir» en hommage aux martyrs et aux victimes de la traite transatlantique, de la colonisation et de l'apartheid. Plus encore, elle marque la reconnaissance officielle de la colonisation comme «crime contre l'humanité», une avancée qualifiée d'»historique» par le président de la Commission de l'UA. Un leadership doublé d'une offre concrète. Dans un geste d'une portée juridique et mémorielle inestimable, le Président Tebboune a déclaré que l'Algérie était prête à mettre «l'ensemble des documents, preuves matérielles et témoignages historiques fiables» sur les crimes coloniaux français à la disposition des instances juridiques africaines. Une preuve éclatante de sa constance et de sa volonté de transformer la mémoire en outil de justice pour tout le continent. Un chemin semé d'étapes jusqu'en 2063 La mise en œuvre de cette vision colossale est pensée par phases, synchronisées avec les jalons de l'Agenda 2063 : - 2026-2033 : L'intégration régionale par l'investissement. - 2033-2043 : La transformation systémique. Généralisation des économies circulaires de l'eau. - 2043-2063 : La durabilité consolidée. Atteinte de l'accès universel et institutionnalisation d'une gouvernance intergénérationnelle. L'eau, test décisif de la Renaissance africaine L'Africa Water Vision 2063 est plus qu'un document politique. C'est un test décisif pour l'avenir du continent. Et comme l'a démontré le 39e Sommet, l'Algérie est, et restera, un acteur incontournable de cette transformation. En alliant sa vision stratégique sur la sécurité hydrique à sa lutte historique pour la justice mémorielle, elle prouve qu'elle conçoit le développement de manière globale : pas de prospérité durable sans stabilité, et pas de stabilité sans reconnaissance de la vérité et de la dignité de tous les Africains. L'appel est lancé, le plan est sur la table, et l'Algérie figure en première ligne de ceux qui sont prêts à agir. |
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