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MÉMOIRES D'ANCIENS

par Belkacem Ahcene-Djaballah

Livres

L'Algérie des plans et des hommes. 1963-1980. Les premiers pas... Souvenirs de 1963 à 1980, autour d'un projet de développement de l'Algérie. Essai de Mahmoud Ourabah. Editions El Qobia, Alger, 2025, 158 pages, ???? dinars.



Au point de départ, il y a une « équipe du plan », composée de personnes venues d'horizons très divers, reflétant assez bien la diversité des terroirs et des couches sociales (on ne parlait pas de classes sociales) du pays, et sans expérience professionnelle. Mais, toutes animées, au sortir de la colonisation, d'une forte volonté de valoriser les ressources propres du pays. L'équipe allait créer et développer durant près de deux décennies (1963-1980), une ambiance de travail, une « culture de boîte », une solidarité d'armes qui, en définitive, n'était pas, à dire vrai, du goût de tout le monde... celui des « politiques » et des mordus des « priorités », tout particulièrement. Toute une grande, très grande aventure. Une « embellie » ? Oui, pour beaucoup. Non, pour certains.

Au départ, le « Développement » du pays tel qu'il fut défini dès les premiers pas visait la construction d'une économie capable, dans la durée, de satisfaire la majorité de la population.

C'est toute une étape de la vie du pays, tout juste sorti de la « nuit coloniale » que nous relate l'auteur, s'étant trouvé côtoyant l'équipe dirigeante de l'époque. Une équipe dirigeante qui, politiquement, au vu des parcours et des niveaux, n'a pas facilité le travail de la jeune équipe... soutenue, parfois, par des experts étrangers... de renom ou... non. C'est ce que nous raconte l'auteur, à travers un récit assez académique, souvent critique, mais parsemé d'anecdotes rendant ainsi assez vivante la compréhension d'une économie en voie de planification et une aventure qui finit... en queue de poisson ( ?). Comme si vous y étiez !

L'auteur ne s'est pas contenté de raconter le passé et l'échec (programmé ?) de la stratégie de planification socio-économique. Il propose, et c'est heureux, après le regard sur le point de départ, un épilogue et une postface à la lumière de la problématique actuelle du développement de l'Algérie, avec notamment un nouveau défi : la « mondialisation »... un « cadre nouveau qui entoure désormais toute politique nationale de développement ». Tout en signalant que le SGD (Stratégie globale de développement) de 1966 en avait déjà tenu compte : « S'inscrire dans les grands courants de la science et de la technologie universelle ».

L'Auteur : Économiste spécialisé en économie du développement, ancien Sg du Secrétariat d'Etat au Plan (1963-1979), ancien fonctionnaire du Bit (Genève, 1985-1997)et à l'Oit, auteur de deux ouvrages (Enal, 1981 et 1982) sur l'économie algérienne, de plusieurs études et articles et d'une chronique familiale (El Qobia, 2024).

Table des matières : Préface/Prologue/10 chapitres/Épilogue/ Postface/Notes pour professionnels (3 notes)/Références bibliographiques

Extraits : « Un comportement qui, sans être spécifique à l'algérien, est malheureusement trop répandu chez nos « politiques ». Par faute d'idées ou de programmes alternatifs, ils se complaisent dans le dénigrement du passé de leur pays, agrémenté d'affabulations et souvent de calomnies » (Prologue, p 13), « Nous étions à la veille de l'indépendance, bien moins de 5.000 étudiants algériens éparpillés à travers le monde entier » (p19), « Beaucoup de jeunes Algériens imaginent difficilement aujourd'hui, l'état de dénuement de la grande majorité de leurs aînés, qu'illustrent par exemple les statistiques de 1963, où un poste important à l'importation était constitué de ballots de friperie » (p 35), « Au lendemain de l'indépendance, la population algérienne était encore analphabète à 85 voire 90%, et où le « maraboutisme » dans le sens de l'obscurantisme était la culture du plus grand nombre » (p 37), « Le Premier Plan Quadriennal 1970-1973 allait être signé, sous la forme d'une ordonnance, en grande pompe dans la grande salle d'apparat du Palais du Peuple » (p 66), « Que l'Algérie officielle a été bien ingrate avec les serviteurs sincères et honnêtes de l'Etat ! Et ceux que l'Histoire, décidément peu tendre avec l'Algérie, a placé à des positions où ils devaient le défendre, protéger celui-là parmi les plus fidèles et loyaux serviteurs du Service public, ne l'ont pas fait ou ont laissé faire » (p 78), « Dans la réalité, les économies même réputées parmi les plus « libérales » fonctionnent, en fait, avec de puissants instruments publics d'intervention économique, de puissants régulateurs » (p 144).

Avis - Il y a, certes, un brin de nostalgie dans cet essai... mais beaucoup de vérités. Un ouvrage que nos (jeunes) gestionnaires devraient lire et méditer, ne serait-ce que pour ne pas commettre les mêmes erreurs, si tant est qu'elles aient existé.

Citations : « Les planificateurs s'impatientent toujours, pour avoir les données les plus actuelles pour pouvoir « prévoir le présent » (reconstitution de l'année en cours), tandis que les statisticiens étaient choqués des « cadrages comptables » effectués par le planificateur » (p 51), « Il faut bien exercer l'esprit critique et se méfier des trois types de mensonges : « le mensonge tout court, le mensonge satanique et le mensonge statistique » (Le ministre chargé du Plan, K.Ahmed, cité, p 51), « Trop souvent le style grandiloquent était assimilé à « discours politique » (p 101), « A quoi bon bouger à partir du moment en effet où tout doit venir du chef pour le meilleur ou le pire ?... Tout attendre d'un « en haut » dont par ailleurs on surestime toujours la capacité d'agir et la liberté de manœuvre réelle » (p108), « Aucune théorie économique ne donne la recette ou la solution « clés en mains » pour accéder à coup sûr au développement » (p 130), « La lutte contre la pauvreté passe par plus de liberté, pour pouvoir responsabiliser les principaux intéressés. C'est une condition indispensable de succès des programmes d'actions ciblant l'éradication de la misère » (p 139), « Les politiques de l'emploi ne peuvent se concevoir désormais qu'au niveau international, dans la durée. Elles devraient au moins être au centre de la politique économique des États, au même titre que la surveillance des fondamentaux financiers » (p 142).

L'Algérie. Sortir de la crise

Essai de Abdellatif Benachenhou. Edité à compte d'auteur ( ???), Alger 2015, 1 100 dinars, 313 pages (Fiche de lecture déjà publiée en juillet 2020. Extraits pour rappel. Fiche complète in www.almanach-dz.com/economie/bibliotheque dalmanach).

En 2001 et 2003, il avait publié deux ouvrages aux titres évocateurs: «L'Algérie, un pays qui gagne» et «Algérie, la modernisation maîtrisée». Après avoir quitté le fauteuil ministériel et le cercle présidentiel, un peu plus de dix années après, il édite cet ouvrage au titre bien moins optimiste. Déprimant même. Puisqu'il nous parle de la crise dans laquelle le pays se trouve soudainement empêtré.

C'est assez apocalyptique comme introduction, d'autant qu'elle est courte et bourrée de données, en rafales de mitraillette (...)

Heureusement, il y a la question qui peut sauver. Que faire ? Bien que les solutions ne paraissent pas faciles à se dessiner en raison du petit nombre des partisans de la réforme.

Si la première partie expose la situation actuelle (Trop de rente, pas assez d'impôts et de cotisations, protection sociale excessive et injuste, couple peu vertueux de l'épargne et de l'investissement, déclin du patrimoine public, précarité de l'emploi et inégalité des revenus, vraie fausse ouverture de l'économie, modernisation sociale inachevée... bref, un statu quo intenable avec sa crise du modèle de croissance, une dérive budgétaire, une fragilité croissante du pouvoir d'achat international et une accumulation patrimoniale et technologique très fragile), la seconde partie s'intéresse aux possibles solutions pour « sortir de la crise » (...)

L'Auteur : Professeur agrégé de sciences économiques, diplômé de sciences politiques de Paris, ancien doyen de la faculté des sciences économiques de l'Université d'Alger, secrétaire général de l'Association des économistes du Tiers monde, un certain temps président de la Commission économique du Fln... il fut, par la suite, ministre des Finances et Conseiller économique (années 2000) du président A. Bouteflika (...)

Avis - Ouvrage très documenté et instructif.(...). Grand public, s'abstenir...

Citations : « Sonatrach est ainsi prise en sandwich entre l'Etat, qui prélève taxes et dividendes, et les ménages qui vivent beaucoup à ses crochets » (p 17), (...), « La pauvreté et le dénuement hérités de la colonisation imposaient à tout dirigeant politique de l'Algérie indépendante de mettre en œuvre des programmes de protection sociale. Mais celle-ci, historiquement incontournable, a dérivé vers le populisme » (p 50), « Nationaliste ouvert en matière culturelle, bonapartiste ombrageux en politique, militant du patriotisme économique, il (A. Bouteflika) a eu une position très ambivalente en matière de politique économique » (p 306), (...)