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Le mur d'Oran

par Abed Cherifi

«Là où je suis, je me sens non seulement perturbé, mais pis encore, je me sens à la fois agité, bouleversé, brouillé, chahuté, commotionné, dérangé, déréglé, déséquilibré, désorganisé, ébranlé, embrouillé, détraqué, tourneboulé, gravement traumatisé et terriblement troublé», écrit un internaute ulcéré sur son mur aussi décrépit que l'est son trognon brisé.

C'est que le mur érigé pour cacher la magnifique baie d'Oran El Bahia continue de susciter incompréhension et étonnement. Le tollé général des Oranais est bien compréhensible. Mais pour le wali d'Oran, le mur érigé de Trouville jusqu'aux Andalouses est «provisoire» et sera remplacé par des caméras de surveillance. Voilà la bonne idée ! Pourquoi ne pas avoir pensé dès le début à installer des « yeux artificiels » le long du littoral, pour décourager zaâma les harraga ? Non mais, sérieusement, un mur en béton peut-il empêcher un jeune de prendre le large quand l'envie le prend à la gorge? Peut-on soigner le mal en administrant un placebo à un macchabée? Quand cessera-t-on de cacher le soleil avec un tamis et la mer avec un mur hideux ? Oran et sa corniche sont une merveille de la nature, personne n'a le droit d'attenter à leur prestige qui dépasse nos frontières. Pas même pour empêcher un jeune désespéré qui rêve d'un ailleurs qu'il croit meilleur? « On ne construira pas un autre mur de Berlin à Oran », a pris le soin de préciser le wali d'Oran. Encore heureux comme dirait l'autre !