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Rencontre virtuelle entre acteurs économiques algériens et allemands: Un «bilan» Covid-19 et des perspectives de «sortie de crise»

par M. Mehdi

«Les Algériens aident les Algériens», la première vidéo-conférence économique consacrée à la situation de crise Covid-19, a eu lieu, il y a quelques jours, via la plateforme numérique ‘Zoom Video Communications' de services de téléconférence. La «rencontre» a regroupé un panel composé d'une quinzaine «d'experts, entrepreneurs et chefs d'entreprises, algériens et allemands, de divers secteurs, pour un partage d'expérience, de réflexions et de propositions pour une meilleure sortie de crise».

La rencontre a été organisée par Hamid Ghilès Hamdi (chef d'entreprise BTPH et membre de la Chambre de commerce algéro-allemande – AHK), Djamel Khelifati (DG Kdconcept), et Idir Iharkouken (DG Alcomnet). Ont, également, pris part à ce débat virtuel de plus de deux heures, Nacira Haddad (Experte audit - FCE), Samia Lagha (Cadre dirigeant chez Pepsi Algérie), Sami Agli (Président du FCE), Louai Djaffar (Fondateur d'Emploitic), Chamseddine Bezzitouni (Président Jil FCE), Hakim Ait Ammar (Avocat d'affaires – Allemagne), Martin Schramm (Economiste - Allemagne), Islam Bazine (Chef d'entreprise - AHK), Zine Artebas (Consultant – Allemagne), Ahmed Miliani (Représentant d'une entreprise allemande spécialisée dans le solaire), Selmi Elyazid (Economiste - Allemagne).

La rencontre a démarré par la présentation des situations vécues depuis le début de la crise Covid-19 par les entreprises représentées dans ce débat, les réponses apportées par les autorités algériennes, en comparaison avec les mesures prises en Allemagne.

Pour Zine Artebas, un des «principaux problèmes» posés par la crise Covid-19 c'est d'avoir suscité la fermeture des frontières. Il estime à «environ 30%» l'impact financier de cette crise. Selon lui, en Allemagne, les aides «ont ciblé uniquement les entreprises qui étaient réellement en difficultés» en raison du confinement. Pour Martin Schramm, les expériences vécues par les entreprises allemandes «sont très différentes». Si globalement les entreprises n'ont «pas de problèmes économiques», elles ont vécu des «problèmes de relation avec leurs clients» en raison des problèmes de «l'arrêt des déplacements». Ajoutant, à titre d'exemple, qu'au port de Hambourg «la manutention a baissé de l'ordre de 20 à 30%» depuis le début de la crise sanitaire, estimant que globalement «l'économie allemande a baissé de 5 à 6%». Hakim Ait Ammar, dont le cabinet travaille à établir des relations d'affaires entre entreprises algériennes et allemandes, évoque trois aspects de la crise engendrée par le Covid-19. «Ce qui nous manque en Algérie, ce sont les choses de base. Nous avons des plateformes électroniques comme le registre de commerce (RC), mais qui ne sont pas valorisées», dit-il. Pour lui, il y a «un problème d'accès à l'information» (pour l'investisseur étranger), et que cette information «soit vérifiée».

En relation directe avec la crise, M. Ait Ammar évoque le «manque de définition» dans la législation algérienne, citant le «cas de force majeure» en cette période de crise sanitaire. Selon lui, «un effort réglementaire» aurait dû être mené en Algérie en ce sens.

Pour Selmi Elyazid, s'il n'y a pas de comparaison à faire avec l'Allemagne, «on peut, par contre, extrapoler, à travers de bons exemples, puisqu'ils ont pu aider aussi bien des PME que de très petites entreprises, et à travers cela de discerner et cibler les sociétés algériennes qui correspondraient à ce niveau là».

«Transférer les bonnes pratiques»

Pour Mme Nacira Haddad, malgré les difficultés «que, nous en tant qu'opérateurs, nous évoquons à propos de notre écosystème», l'Algérie a une «capacité de résilience» et du «potentiel pour aller de l'avant». «Ce que nous pouvons faire, sans nous comparer à une grande puissance économique qu'est l'Allemagne, c'est de regarder où ils excellent et voir les niches d'améliorations que nous pouvons apporter à notre écosystème économique, en transférant les bonnes pratiques». Mme Samia Lagha, cadre dirigeant chez Pepsi Algérie, évoque à son tour les «enseignements de la crise Covid-19». Une crise qui a «impacté notre business», et lui a en même temps permis de «mettre des plans» de «sécurité des travailleurs» mais aussi de «continuité de l'activité» de manière à «préserver les intérêts de l'entreprise». Au nom du FCE, Sami Agli dresse un bilan au-delà de la période de crise sanitaire. «Nous sortons à peine d'une année 2019 de crise politique, sociale et économique. En janvier 2020, l'économie avait un peu repris, la situation est devenue assez complexe avec cette crise sanitaire mondiale, aggravée avec la chute historique des prix du pétrole», affirme le président du FCE. M. Agli espère que «cette situation va nous interpeler pour revoir, de manière profonde, notre modèle économique» et «notre manière de travailler». La note positive que voit M. Agli dans cette crise, c'est «la digitalisation qui s'est imposée à nous, pour maintenir l'activité économique autrement».

«S'adapter»

La part du digital dans l'économie est revenue également dans les interventions de deux patrons d'entreprises du secteur numérique. Djamel Khelifati (Kdconcept), également patron d'une entreprise en France, a longuement évoqué la nécessité du recours au «télétravail». «On a cette chance de travailler dans le digital. Nos agences n'ont pas arrêté de travailler durant cette crise, grâce au télétravail », par contre, cette situation a eu comme effet négatif, «une baisse de l'ordre de 50%» du carnet de commandes des entreprises, explique-t-il. Pour Idir Iharkouken (Alcomnet), le digital est «le moyen qui permet aux entreprises algériennes de continuer à survivre, communiquer et exercer». «Si cette crise Covid-19 serait survenue il y a cinq années, je ne sais pas comment on aurait pu s'adapter», dit-il faisant encore allusion au manque d'infrastructures et d'outils IT, à l'époque (y compris de l'Internet mobile). Dans ce sens, M. Iharkouken appelle à «accélérer» des projets numériques tels que le paiement mobile (m-paiement).

L'emploi: «durement frappé»

Dans le BTPH, Hamid Ghilès Hamdi (membre AHK), dresse un bilan «catastrophique», en «l'absence d'aide» et de la «commande publique». Pour Louai Djaafar (Emploitic), «le secteur de l'emploi est durement frappé» depuis le début de la crise Covid-19. «C'est la première chose que font les entreprises en cas de crise. Arrêter de recruter, optimiser la masse salariale, et essayer de ne pas licencier», explique-t-il. Pour illustrer l'impact de la crise sanitaire sur l'emploi, en Algérie, M. Louai affirme que «sur le 2e trimestre 2020, nous avons perdu 50% d'activités».