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Lettre ouverte aux présidents Obama et Poutine, au Congrès américain et à la Douma russe pour une proposition de sortie de crise en Syrie

par Medjdoub Hamed*

Messieurs les présidents, Messieurs les congressistes américains, Messieurs les députés de la Douma russe, Cette lettre sera succincte. Et j'ose espérer qu'elle vous parviendra et que vous la lirez.

Aussi, je me permets de vous interpeller sur le sort de près de 11 millions de Syriens qui se trouvent parqués dans des camps, depuis des années, et pour certains bientôt cinq années. En mars 2016, ce peuple syrien éclaté, fuyant la guerre, aura bouclé cinq années de souffrance. Pourquoi cette guerre ? Pourquoi tous les conflits dus au ‘Printemps arabe' qui, pour la plupart, se sont, tous soldés, par une plus ou moins solution définitive.

On sait que le conflit syrien oppose deux factions. Le régime politique loyaliste et l'opposition. Et ces deux parties sont soutenues chacune par une puissance adverse à l'autre puissance. Et ces deux puissances sont, évidemment, les États-Unis et la Russie, qui s'opposent par peuples interposés. N'y a-t-il pas une humanité dans vos cœurs, une conscience des souffrances qu'endure ce peuple depuis 2011 ? Tous les observateurs sensés savent que personne ne vaincra dans ce conflit. Ni les États-Unis sur la Russie, ni la Russie sur les États-Unis. Ni le régime de Damas sur l'opposition ni l'opposition sur le régime loyaliste de Damas. Combien même la marche victorieuse, aujourd'hui, de l'armée loyaliste sur l'opposition pourrait aller à son terme, le régime de Damas ne sera jamais en paix, et la guerre continuera, toujours, en Syrie. Ce ne sera qu'une bataille remportée mais pas la guerre. Trop de morts, trop de souffrances de femmes, d'enfants, de vieillards, et il n'y aura pas d'issue sans la négociation.

Mais qui mène réellement la guerre ? Le régime de Damas ? L'opposition ? On sait très bien que le régime de Damas et l'opposition ne sont que des exécutants. Les puissances régionales aident une partie contre l'autre, selon leurs objectifs politiques, dans la région. Mais on sait, aussi, que ces puissances régionales, sans les deux grandes puissances militaires du monde que sont les États-Unis et la Russie, ne peuvent faire le poids dans le conflit syrien si ces deux grandes puissances décidaient d'accorder leurs politiques pour trouver une solution à la crise syrienne qui n'a que trop duré. D'autant plus qu'elle n'a plus de sens pour les deux grandes puissances. La Russie, en entrant dans le conflit le 30 septembre 2015, a sauvé le régime de Damas, ce qui est une bonne chose. On comprendrait ce qu'il aurait résulté si l'opposition avait vaincu et pris Damas. D'autre part, l'enjeu du problème nucléaire avec l'Iran étant réglé, en 2015, et depuis l'entrée du yuan chinois dans le panier de devises du FMI, le pétrole a perdu ou est en train de perdre le statut géostratégique qu'il représentait pour le dollar.

Dès lors, pourquoi continuer une guerre quand on sait d'avance que personne ne la remportera ? Pourquoi les États-Unis et la Russie ne s'élèvent-ils pas au rang de grandes puissances responsables devant le monde, devant l'humanité, devant Dieu ? Qu'ils prennent conscience que s'ils veulent faire cesser cette hécatombe, en Syrie, ils le peuvent et ont tous les moyens pour le faire. Acceptent-elles les grandes puissances, à travers leurs présidents respectifs, à travers les députés de leurs parlements respectifs de cautionner cette barbarie ? En étant elles-mêmes parties prenantes dans ce conflit. Sans parler des migrants syriens qui bravent la mer, au péril de leurs vies, dans des embarcations de fortune pour rejoindre l'Europe et pour les plus chanceux l'Amérique.

Ces migrants syriens sont rejetés et les Européens obligés de les accepter. S'ils les rejetaient, la question qui se pose c'est où ? Ils n'ont plus de patrie. Aussi, je fais appel aux sentiments d'humanité des hauts représentants des deux grandes nations du monde, et je leur propose un plan de sortie de crise pour le peuple syrien. Premier point. Les futures négociations qui seront menées à Genève, en février 2016 doivent mettre les droits des deux camps au-dessus de tout.

Deuxième point. Le Président Bachar Al-Assad est maintenu dans son poste actuel pour éviter le chaos. Le gouvernement de Damas constituera le gouvernement provisoire. L'acceptation de Bachar Al-Assad à son poste de président de la Syrie est une preuve de bonne volonté de l'opposition.

Troisième point. Toutes les forces régionales doivent coopérer sur injonction des États-Unis et de la Russie. Et on sait que l'Iran, le gouvernement de Damas, l'opposition syrienne, l'Arabie Saoudite et la Turquie sont, tous, dépendants des décisions prises par les deux grandes puissances. Quatrième point. Toutes les parties sont astreintes, sur injonction, de se mettre d'accord sur un minimum. Mettre fin à l'effusion de sang et donc s'entendre rapidement, pour un cessez-le-feu. Un cessez-le-feu dans les positions acquises des territoires pour les deux camps. Ouvrir des corridors pour l'acheminement d'aides humanitaires onusiennes aux populations assiégées, mesure qui sera un gage de bonne volonté du pouvoir de Damas. Et un arrêt de tout bombardement de la coalition américaine et russe sur la Syrie, excepté sur Daesh.

Le cessez-le-feu n'est que provisoire, puisque s'il n'y a pas un accord qui sortirait des négociations, la guerre pourrait reprendre. Mais les vrais maîtres de la décision seront, avant tout, la Russie et les Etats-Unis, et il revient à eux de peser sur les négociations, pour en finir avec la guerre, dans l'intérêt du peuple syrien.

Cinquième point. Les États-Unis et la Russie doivent obliger les deux parties, en conflit, de s'asseoir à la même table et négocier pour un régime politique de droit pour toutes les parties ethniques sunnite, alaouite ou autres. Réécrire une constitution, mettre fin à un État policier, prôner dans la constitution l'égalité de droit et de devoir pour tous. Et la garantie de ces accords ne reviendront ni à la Turquie, ni à l'Iran ni à l'Arabie Saoudite, mais à la supervision et la garantie des deux grandes puissances, qui sera paraphée par une résolution du Conseil de sécurité. Une mise sur pied d'une commission de l'ONU pour la supervision de l'application de l'accord final de paix, signé par les deux parties à Genève.

Sixième point. En cas de mésentente entre les parties, et si les parties syriennes, en présence, décidaient de créer deux États, cela revient au choix de la majorité, tout doit être pensé et permis aux participants. L'essentiel est de viser la paix, construire des structures d'un ou des États viables pour que le peuple syrien retourne dans sa patrie. D'autant plus, qu'aujourd'hui, ils sont ennemis et se font la guerre, demain ils seront obligés de trouver un compromis pour commercer, et même pour s'unir face aux difficultés économiques, dans le monde. L'Allemagne nazie qui a détruit l'Europe n'est-elle pas devenue le socle de l'Union monétaire européenne ? Le Japon nucléarisé, en 1945, n'est-il pas devenu l'allié indéfectible des États-Unis ?

Septième point. Si la paix se renoue en Syrie, le Daesh en Irak qui se nourrit de la guerre en Syrie disparaîtra par les forces internes qui se trouvent en son sein. Le Daesh ne représente pas le peuple irakien.

En espérant que cette lettre ouverte ouvre les consciences des hauts représentants des deux plus grandes nations militaires du monde, aux sentiments humains envers ce peuple syrien devenu un peuple martyr au sens propre du mot. Ces deux grandes puissances sont comptables par leur action devant Dieu.

Je remercie le Président Vladimir Poutine, le Président Barack Obama, les Congressistes américains, les députés de la Douma de la Russie.

 *Un citoyen qui appelle à la conscience et à la sagesse aux décideurs du monde