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Cancer du sein: le nombre de cas en augmentation

par A. M.

Les animateurs de l'association constantinoise Waha (Oasis) d'aide aux malades du cancer conçoivent que la poésie puisse être utilisée comme moyen thérapeutique pour combattre le mal. Et nommant cette maladie, les femmes qui sont atteintes du cancer du sein peuvent arriver à la domestiquer et domestiquer la peur qu'elle suscite, pensent-ils. «C'est une véritable prouesse quand il s'agit de dire une maladie dont la seule évocation du nom crée la terreur: le cancer», a estimé en effet l'écrivain et éditeur Lazhari Labter dans la préface à un recueil de poésie écrite par des femmes courage atteintes du cancer du sein et présenté par elles-mêmes en marge d'une journée scientifique sur le cancer du sein organisée par l'association dans la nouvelle ville Ali Mendjeli. Cette rencontre, qui a réuni des praticiens et des spécialistes de haut niveau, a été marquée aussi par la présentation de trois conférences-débats basées, pour la première fois au niveau local, sur de véritables travaux de recherche sur le cancer du sein à Constantine, ses coûts privés et ses incidences socio-psychologiques au sein des familles des malades et dans la société où ils évoluent.

Le ton a été donné par le docteur Nezzal Lahcène du service de la médecine préventive et d'épidémiologie du Chu de Constantine qui a réalisé une étude prospective sur le cancer du sein à Constantine en estimant les tailles de la population de la ville pour la période 2013 à 2018 quand celle-ci comptera 1105 476 individus, et en se basant notamment sur les résultats du registre du cancer de Sétif (ce registre n'a pas d'équivalent au niveau du secteur sanitaire de Constantine). «Pour la wilaya de Constantine, dira le conférencier, la projection pour l'année 2014 nous donne une incidence (fréquence) de 39,38 nouveaux cas de cancer pour 100.000 femmes âgées de plus de 15 ans. Ce qui va se traduire, cette année 2014 par exemple, par des chiffres compris entre 162 et 247 nouveaux cas de cancer du sein chez des femmes de moins de 45 ans qui représentent 57% des cancers du sein. Et chaque année, ce nombre augmentera de 7%».

«Mais au-delà des chiffres, a expliqué le Dr Nezzal, je voulais surtout démontrer que la prise en charge est défaillante par rapport à un nombre de malades de plus en plus croissant». Et de poser le problème de manque de compétences et de l'inexistence d'équipes de coordination, etc. pour prendre en charge le cancer d'une manière générale et la femme atteinte du cancer du sein d'une manière particulière, afin de faire face à cette véritable épidémie qui s'annonce. Et de conclure en lançant: «Jusqu'à quand attendra-t-on encore l'entrée en application du programme national de lutte contre le cancer ?» Le débat a encore révélé qu'en Algérie, il y a environ, chaque année, 11.000 nouveaux cas de femmes atteintes du cancer du sein. Et les moyens et la volonté volonté qui doivent converger pour stopper le phénomène «ne marchent pas à la même vitesse que la progression du mal. Et la pathologie l'emporte toujours sur la vitesse de réaction des pouvoirs publics et de la société en général. Il n'y a pas de stratégie de prévention, il n'y a pas de stratégie de dépistage, de prise en charge des personnes en fin de vie pour leur assurer une mort dans la dignité », a-t-on encore noté.

Ensuite, les deux conférenciers, le professeur Abdelkrim Benarab et le professeur Chérifa Bouatta, ont présenté tour à tour leurs les essais qu'ils ont élaborés sur le coût privé de la maladie du cancer et sur le vécu psychologique des femmes atteintes du cancer du sein, lesquels essais ont soulevé un débat passionné parmi l'assistance. Et leurs travaux vont être édités et publiés sous forme de brochures par l'associatikon Waha.