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Mongi Marzoug, ministre tunisien des TIC: «Il faut une coopération maghrébine pour développer des contenus numériques»

par Hafidh Abdelsalam

Lancer le domaine ?.maghreb' est une bonne idée à condition de pouvoir le commercialiser et le développer. L'enjeu fondamental est donc le contenu numérique. Un domaine où les pays maghrébins doivent coopérer afin de ne pas se contenter du statut de consommateurs passifs de contenus en provenance d'Europe et des Etats-Unis.

C'est l'une des pistes de coopération intermaghrébine identifiées par le ministre tunisien des TIC, Mongi Marzoug, rencontré en marge de la 16e session du Conseil des ministres arabes des Technologies de l'information et de la communication (TIC), qui s'est déroulée les 4 et 5 juin au Sheraton d'Oran.

Le Conseil des ministres arabes des TIC a montré une volonté commune pour connecter le monde arabe. Cette volonté existe-t-elle entre les pays du Maghreb et notamment l'Algérie et la Tunisie ?

Avec l'arrivée de la télévision numérique terrestre 5 (TNT), on aimerait bien travailler avec nos frères les Algériens. On aimerait travailler également sur les aspects de télécommunication, au niveau des infrastructures ou pour encourager les affaires entre la Tunisie et l'Algérie, sachant qu'il existe déjà une fibre optique entre les deux pays. Le volume de trafic actuellement est beaucoup plus orienté vers la voie terrestre et il est de faible niveau. Notre souhait est de développer deux aspects à savoir, les échanges par satellites, étant donné que le contenu entre la Tunisie et l'Algérie n'est pas très développé, et sécuriser nos réseaux mutuellement, puisque le contenu Internet à l'intérieur de la Tunisie n'est pas très performant. Les informations sur Internet, on va les chercher en Europe et aux Etats-Unis d'où cette nécessité de coopération entre les pays du Maghreb de développer des contenus numériques.

Des contacts sont déjà établis entre les ministres des Postes et TIC des deux pays pour parvenir à la concrétisation de projets dans le contenu numérique. Est-ce du concret ou c'est encore au stade de réflexion ?

Je connais très bien l'ancien ministre des Postes et Télécommunications algérien, M. Moussa Benhamadi. Je l'ai rencontré au sommet de Doha. Cette volonté entre les deux pays existe. Il faut, maintenant, concrétiser ce travail d'autant plus qu'il y a beaucoup de domaine dans lesquels on peut travailler. On peut partager nos expériences mutuelles sur la concurrence dans les domaines des TIC, mais aussi dans l'organisation des opérateurs de télécommunication ou les opérateurs de l'Internet, ainsi que l'organisation et le rôle des autorités de règlementation. J'ai discuté avec mon homologue algérien et il y a beaucoup d'échanges sur le plan de la règlementation et le code des télécoms en général. Il y a aussi l'aspect développement de la poste et ses activités financières en Algérie. Il y a pas mal de travail qui a été effectué dans ce sens. Les réseaux de la poste entre l'Algérie et la Tunisie ont permis de développer beaucoup d'activités même en relation avec les opérateurs de télécom. Il faut donc commencer par se connaître. Organiser des visites entre les directeurs des différentes activités pour identifier réellement les opportunités de coopération entre les deux pays.

Maintenant que les Etats arabes ont décidé de lancer le domaine ".arabe", qu'en est-il du domaine ".maghreb" ? A-t-il été abordé à la 16ème session des ministres arabes des TIC ?

Très bonne question. A vrai dire, le sujet n'a pas été abordé lors de ce rencontre, parce qu'il était beaucoup plus question du monde arabe. On n'a pas évoqué le domaine régional. C'est une bonne idée, mais le plus important, c'est de développer le contenu numérique. Une fois qu'on crée ce domaine ".maghreb", il faut bien le commercialiser et le développer. Il faut développer des sites Web et des services Internet dans les pays du Maghreb pour donner plus d'importance à ce domaine, mais aussi à l'activité TIC dans la région dans laquelle il est possible d'assurer une croissance rapide. Pour le ".arabe", je crois qu'il y a une forte volonté. Les Emirats arabes unis ont pris en charge le développement de la plate-forme pour gérer techniquement ce domaine. C'est une initiative qui va bientôt être lancée, et on aura dans quelques mois toute la règlementation pour l'exploitation de cette plate-forme.

Connecter le monde arabe exige aussi une sécurisation des réseaux et des systèmes d'information.

La sécurité des réseaux a été abordée lors de cette rencontre. Il est nécessaire de coordonner avec tous les pays arabes et même avec le monde entier pour protéger nos sites Web et, surtout, nos systèmes d'information notamment des entreprises et des institutions. En Tunisie, nous avons un organisme, l'Agence Nationale de la Sécurité Informatique (ANSI), créée en 2004, dont le travail est entièrement consacré à la protection et à l'audit de nos systèmes d'information. Je pense que la sécurité informatique est tout aussi importante que la sécurité d'un pays. C'est quelque chose qui tient à la souveraineté et que l'on doit maîtriser. Et, pour cela, il faut protéger et développer la technologie numérique d'un pays. Il y a pas mal de pays arabes qui ont assez avancé dans ce domaine. Nous sommes très ouverts pour toute coopération dans ces domaines avec les pays arabes et maghrébins, et particulièrement avec l'Algérie. En Tunisie, nous avons commencé à développer des sites Web et des systèmes d'information depuis les années 2000. On a maintenant des plates-formes open source qui permettent de protéger l'espace tunisien et de coordonner avec beaucoup de pays à l'international, en Europe et en Asie et ailleurs dans le monde. Nous avons bien travaillé sur ce plan.