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L'IMAGINATION EN ATTENTE DE DEMOCRATIE

par  M. Saadoune

Sur la question du Sahara Occidental, les officiels algériens s'en tiennent à la position de principe qu'il faut recourir à un référendum d'autodétermination. Pour des raisons connues, les responsables algériens ont constamment refusé que des «liens historiques» soient invoqués pour contourner l'autodétermination. Pour eux, la décolonisation du Sahara Occidental, même si elle se traduit par un rattachement au Maroc, doit passer par une nouvelle légitimité exprimée par l'exercice du droit à l'autodétermination. L'Algérie est passée par là même après une guerre de libération où le choix des Algériens était évident.

 Cette position est liée également à un épisode historique traumatisant. Les responsables marocains ont exigé, en pleine guerre de libération, du FLN une discussion sur les frontières. Le refus du FLN avait provoqué une crise très sérieuse qui a marqué de nombreux dirigeants algériens, dont Houari Boumediène. Telles sont les causes lourdes de la grande distance entre Alger et Rabat sur le Sahara Occidental. Et elles restent vivaces.

 De récents câbles divulgués par Wikileaks montrent une continuité dans la position des officiels algériens. Dans l'un d'eux, Bouteflika explique que l'Algérie ne peut accepter un «anschluss» et qu'elle n'a aucune objection à ce que le Sahara Occidental devienne marocain à l'issue d'un référendum d'autodétermination. Pourtant, dans l'un de ces câbles, le président Bouteflika discute de la question de l'autonomie. Il critique le plan marocain en soulignant qu'une autonomie devrait donner davantage aux Sahraouis que le droit de «collecter leurs propres ordures ménagères (…). Une vraie autonomie impliquerait une sérieuse discussion sur les aspects de puissance souveraine qu'aurait une région autonome». Selon le câble, le président Bouteflika a cité les cas de Porto Rico et de Monaco comme des modèles de «réelle autonomie sans indépendance».

 Ces réflexions - qui ne sont pas une position officielle - sur l'autonomie sont mises en exergue par l'ambassadeur Pearce. Dans le commentaire concluant le compte-rendu, il observe que le Président algérien n'a pas «défendu l'indépendance comme un objectif réaliste», mais qu'il « a parlé de l'autonomie en tant que telle, même si elle est basée sur un processus authentique d'autodétermination». L'ambassadeur, qui s'en félicite, ne semble pas prendre en compte l'importance de la formule «processus authentique d'autodétermination ». Il en a tiré la conclusion que l'Algérie envoyait des signaux d'une évolution possible dans le cas où elle percevrait un «effort sérieux». Le câble datant de juin 2009, on constate que la spéculation de l'ambassadeur ne s'est pas réalisée, Alger n'ayant peut-être pas trouvé cet «effort sérieux» dont il est question.

 En réalité, on perçoit parfaitement la difficulté de trouver une issue au conflit du Sahara Occidental qui soit satisfaisante par rapport au droit international. L'évocation d'une autonomie à la portoricaine est plus une réflexion qu'une inflexion. Les positions des Marocains et des Sahraouis sont toujours aux antipodes. Et on peut présumer que sans une réelle démocratisation dans les pays concernés, une percée paraît peu probable. L'effort d'imagination est clairement entravé de part et d'autre par l'absence de progrès démocratique. Et, pour l'heure, aussi bien à Rabat qu'à Alger, les processus «d'ouverture» démocratique paraissent plus des subterfuges que des réalités. L'imagination est en attente de démocratie !