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«L'affaire du Coran» qui fait oublier la Palestine

par Kamel Daoud

Des Algériens se sont fait arrêter par des policiers pour non-respect des préceptes de l'Islam. On l'a déjà dit: c'est du jamais vu dans un pays qui a proclamé la liberté de conscience dans sa Constitution. Mais tout le monde le sait : une Constitution du tiers-monde, de surcroît religieux, c'est fait pour élire un dictateur.

 Des milliers de kilomètres plus loin, une autre affaire dite «l'affaire Coran 11». Une église évangéliste a tenté l'autodafé du Coran le 11 septembre pour lutter contre «l'islamisation» des USA. Brusquement, on se retrouve donc tous plongé dans le même jeu de rôles qui fait mode depuis deux décennies: d'un côté, l'Occident qui s'occidentalise de plus en plus autour de lui-même et de ses peurs; de l'autre, des «musulmans» en colère cinématographique avec des pays phares à la pointe de la technologie de la fatwa: djihadistes de l'Indonésie, assassins talibans de l'Afghanistan, Iran de Ahmedinbouk.

 Les plus fins l'auront donc remarqué : autant l'Orient est une invention esthétique occidentale du siècle dernier, autant l'Occident est aujourd'hui une invention islamiste de propagande. Hors des cercles d'élites et des couloirs migratoires tenus ou contrôlés, l'Occident est déjà une géographie ennemie pour l'opinion du «Sud» otage des fascinations religieuses.

 Une église veut brûler le Coran et c'est tout l'Occident qui doit être brûlé au nom des djihadistes. Un djihadiste fait exploser sa bombe dans une métropole occidentale et c'est tous les gens du Sud qui sont musulmans et surtout islamistes.

 La cartographie du monde moderne est celle des croyances et plus celle des découvertes. Les jungles sont dans les images, les pagnes sont pour les idées et la négritude est une façon de prier, pas une peau. Au fond donc, il n'y a même plus rien à dire et tout à subir. Il faut peut-être attendre une grosse guerre de religions, ses massacres et ses martyrs pour en sortir une bonne fois pour toutes, dit une voix fataliste.    C'est ce que préconisent quelques philosophes: ne faisons pas un dialogue entre les modérés des deux géographies, mais faisons se parler les plus extrémistes. Ils ont l'alphabet du monde, le reste de l'humanité n'en possédant que les points de suspension. Deux jours après le 11/9, une solution est trouvée : on ne construira pas une mosquée près de Ground Zero et le Coran ne sera pas brûlé en Floride.

 L'avez-vous remarqué ? Le tintamarre du ciel a fait oublier la question de la terre en Palestine. Comme à chaque veille d'une tentative de négociation entre les Palestiniens et les Israéliens, on se retrouve avec une affaire entre les partisans de Dieu et les fanatiques d'Allah. On a fait de même avec les caricatures danoises: à la veille d'un forcing international sur la droite israélienne. Mais cela, personne ne le remarque : il n'y a pas plus manipulables et plus idiots que les gens d'Allah au nom d'Allah. Les «arabes» et les musulmans sont autant inflammables que leur pétrole. Les politiciens, les vendeurs, les caméramans de l'Occident, les médiatiques et les écrivains ratés le savent. Ce sont des peuples émotifs, des gens qui croient que Dieu est leur propriété, que l'Islam est une contraction systématique apportée au reste de l'humanité et qu'on peut convaincre un homme en le tuant et qu'il peut vous remercier après son décès par bombe ou par couteau.

 Est-ce vrai ? Pas tout à fait, mais c'est l'image que l'on fabrique de nous et que nous endossons comme des figurants de la «vie sauvage». Tant que «brûler» un Coran est, pour nous, un crime plus grand que de tuer une vie, on restera les «sauvages» des temps modernes et notre humanité restera à prouver aux yeux des électeurs américains et de l'opinion internationale. Nous serons «tous des terroristes» et on ne peut pas «donner un lot de terrain à des islamistes», surtout en Palestine, ni négocier avec eux, ni les écouter avec sérieux.