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Ministre, dites-vous ?

par El Yazid Dib

Il y a un début d'éclaircissement pour comprendre que la maladie du président a été mise à profit par certains ministres trop en vue, qui non seulement sèment l'illusion de faire du bon travail, mais s'arrogent insidieusement le droit constitutionnel de parler au nom du peuple. Avec une fausse conviction, une hypocrisie engloutie et une imposture verbale, ils jubilent à déclarer, n'ayant nul contrôle et sans rougir que « le peuple est content de telle ou telle réalisation» qu'il est «conscient des défis et des enjeux…» Ce peuple, pourtant n'a élu d'une façon ou d'une autre aucun ministre. Ils se disent, le servir, être à l'écoute de ses préoccupations, qu'il est au cœur de leurs soucis au même moment où le citoyen est toujours en butte à des embûches, des inégalités et à des différences de traitement. De ces ministres, de leur ego, de leur carence de confiance, il y en a de ceux qui, imbus de leur p'tite personne, vaniteux, arrivistes, prétentieux, parvenus, suffisants, vous font haïr l'Etat et vous poussent à l'exil, fut-il intra-muros.

Si le président était encore dans toute sa santé, il n'aurait jamais accepté de tels mauvais joueurs de rôles. Etre le ministre de quelqu'un de très fort, ne peut que traduire sa propre force. Etre le président que l'on veut fort d'un ministre moins fort, exprime un malheur de nomination. Malheureusement, les manœuvres de coulisses ou de laboratoires ne font pas que créer les gènes d'un ministre. Sûres et rassurées, elles vont jusqu'à moduler en fonction des besoins pressentis au portefeuille ministériel concerné ; l'ossature complaisante du futur et serviable candidat. Bouteflika, malgré tout comme dirait l'autre, mériterait mieux en termes de ministres.

Le fiel vous broie à vouloir chercher un quelconque brin de leur prouesse, une idée originale, efficace et à moindre coût. Rien, une gestion courante, apte à se faire par n'importe qui. En prononçant des discours, en organisant des journées, en inaugurant des festivités, ils croient qu'ainsi est fait le travail d'un ministre. Apparaître, se faire voir, se laisser entendre, reste un bon banal cahier des charges fonctionnel. Dans le principe ce n'est pas aux chaînes de télévision apprivoisées de créer une image pour un ministre qui n'en a pas. Hélas chez nous, l'exemple est visible. Les télévisons et les slogans d'actions vides font encore hélas des mythes et donnent un faux punch à ceux qui originellement en manquent.

Certains walis n'avaient de but que de se voir couronner d'une auréole ministérielle. Si quelques-uns avaient réussi à faire l'exception du seul fait qu'ils incarnaient parfaitement l'autorité tranquille et disposaient d'une personnalité adéquate, Abdelkader Ouali, Abdelwahab Nourri entre autres, d'autres par contre croyaient qu'une proximité ou un lieu de natalité pourrait leur procurer le droit d'accès à l'équipe gouvernementale et leur maintien. Pis les rendre célèbres !

Ils étaient des militants, les ministres d'antan. Ils sont des fonctionnaires. Ils étaient des décideurs, tel Yazid Zerhouni. Ils sont des demandeurs d'avis. Ils étaient les serviteurs d'un Etat, ils sont au service des leurs. Entre ministres d'hier et d'aujourd'hui, il y a toute une génération de cran, de gabarit et de stature. Ils ne prêtaient pas le flanc tous azimuts. Des hommes de baroud, de parole et de nif. Le risque dans la gestion de leur département n'était pas incarné dans la fâcherie d'un cercle, mais bien dans le remords ou le chagrin qu'entraînerait une faillite ou une sensation terrifiante de mission inaccomplie ou échouée. Ils étaient des modèles et non des modules.