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LA PERISSABILITE DES NATIONS

par M. Saadoune

La veille du dixième anniversaire de la guerre américaine sur l'Irak a été marquée, dans la violence, par des  attentats qui ont fait 56 morts et plus de deux cents blessés. Aux Etats-Unis et en Occident en général, pas de commémoration particulière de la «grande œuvre» de la civilisation, de cette «nuit américaine» censée avoir «libéré» les Irakiens de la dictature. Les médias occidentaux qui ont relayé sans vergogne et avec un enthousiasme de croisés les mensonges des spin doctors de Bush et de Blair ne s'arrêtent pas trop à ces détails. Il y a eu certes un gros mensonge mais, suggèrent-ils, sans en avoir l'air, l'Irak est en bien meilleur état aujourd'hui sans Saddam Hussein.

 C'est absolument certain pour les compagnies pétrolières. Elles ont fait main basse sur les ressources pétrolières du pays qui, selon les bonnes âmes de la propagande occidentale, n'étaient pas un objectif de guerre. Le croire, disaient-ils, n'est qu'une manifestation de la «théorie du complot» qui embourbe nos esprits. L'ancien président de la Reserve Bank américaine, Alain Greenspan, qui pourtant n'est pas connu pour fréquenter les adeptes des théories de la conspiration, a fini par être «contaminé». «Cela m'attriste qu'il soit politiquement importun de reconnaître ce que chacun sait : la guerre en Irak est largement une question de pétrole», a-t-il écrit. Avec un tel témoin - et la réalité pétrolière actuelle de l'Irak le confirme -, on ne doute pas que cela fut un des principaux objectifs.

 L'autre objectif de la guerre pour laquelle les officiels américains et anglais et leurs médias ont menti et manipulé est également mis sous le sceau du «complotisme» : la reconfiguration géographique et humaine des pays du Moyen-Orient de telle manière qu'ils ne constituent aucune «menace» pour Israël. Ce serait du délire ! Il est pourtant patent que l'Irak aujourd'hui avec le travail sur le sectarisme ethno-religieux est un pays quasi démembré. Au Nord, les Kurdes sont pratiquement en indépendance et décident seuls - n'est-ce pas essentiel ? - de l'octroi de permis pétroliers aux compagnies étrangères. L'annonce formelle d'une sortie de l'Irak n'est retardée que par la persistance de l'objection de la Turquie… et non par la résistance d'un pouvoir central évanescent. La guerre civile syrienne a encore fait accroître les tensions sectaires entre chiites et sunnites. L'Irak était «trop grand», la guerre américaine devait le ramener à une dimension plus «gérable». Et il le sera tant le poison sectaire est en train de devenir surdéterminant…

 MAIS POUR CE DIXIEME ANNIVERSAIRE D'UNE GUERRE AMERICAINE CONTRE L'IRAK (ET NON POUR L'IRAK), IL SERAIT TOTALEMENT ERRONE DE NE PARLER QUE DE CE QUE LES AMERICAINS ONT COMMIS. UN PREDATEUR… FAIT CE QUE SA NATURE LE POUSSE A FAIRE… LE PROBLEME EST DANS LA PROIE. CE QUE L'HISTOIRE DE L'IRAK DE CES QUATRE DERNIERES DECENNIES NOUS MONTRE EST QUE DES GOUVERNEMENTS DICTATORIAUX OU AUTORITAIRES, DES POUVOIRS QUI NE RENDENT PAS COMPTE DE LEURS ACTIONS A LEUR POPULATION ET QUI NE SONT PAS SANCTIONNES PAR ELLE, SONT LA PLUS GRANDE DES MENACES. ET DANS LE CAS DE SADDAM HUSSEIN, ON A ETE BIEN SERVI. POUR COMPLAIRE AUX OCCIDENTAUX ET AUX MONARCHIES DU GOLFE, IL A ENGAGE L'IRAK DANS UNE GUERRE RUINEUSE AVEC L'IRAN. PUIS DANS UNE AVENTURE KOWEÏTIENNE ABSURDE… LE PIRE EST BIEN LA, DANS CETTE DESTRUCTION INTERIEURE PAR UNE DICTATURE ABSURDE ET GRANDILOQUENTE. ON AURAIT TORT DE CROIRE QUE L'ENFER, C'EST LES AUTRES. IL EST LA, EN NOUS, DANS LE REJET DE LA NORME DEMOCRATIQUE ET DU DROIT. C'EST CELA QUI DONNE DES AILES AUX PREDATEURS QUI N'ATTENDENT QUE LES OPPORTUNITES POUR SE SAISIR DE LA PROIE. ET QUI FAIT LA PERISSABILITE DES NATIONS.