|
Il faut le
dire clairement, fermement et sans détour : le problème n'est pas le peuple
marocain. Le problème n'a jamais été le peuple marocain. Le rejet, la colère et
l'amertume exprimés, dans une large partie du monde arabe, ne visent pas les
Marocains, mais le Makhzen, c'est-à-dire l'appareil de pouvoir qui décide,
impose et engage le pays sans mandat populaire.
Le peuple marocain, comme les autres peuples arabes, n'a pas choisi la normalisation avec l'entité sioniste. Il ne l'a ni votée, ni débattue, ni approuvée. Cette décision a été prise au sommet, dans l'opacité la plus totale, selon une logique de régime, étrangère aux aspirations populaires et diamétralement opposée à la conscience collective arabo-musulmane. Confondre le peuple marocain avec le Makhzen est non seulement injuste, mais politiquement dangereux. Ce qui est rejeté, aujourd'hui, dans la rue arabe, ce n'est pas le Maroc profond, solidaire, populaire, attaché à la Palestine. Ce qui est rejeté, c'est le choix du Makhzen de pactiser avec l'occupant et sa politique expansionniste, de normaliser avec un État colonial engagé dans la destruction systématique du peuple palestinien. Ce choix ne représente ni l'histoire des peuples du Maghreb, ni leurs luttes communes, ni leur héritage anticolonial. Depuis 1948, la Palestine est le miroir moral des régimes arabes. Les peuples, eux, n'ont jamais trahi. Ce sont les régimes qui ont capitulé, un à un, au nom de la stabilité, de la survie politique ou des intérêts géostratégiques. Le Makhzen s'inscrit, aujourd'hui, dans cette lignée de pouvoirs qui gouvernent contre leurs peuples et prétendent ensuite parler en leur nom. La liesse observée à Alger, au Caire, à Tunis, à Nouakchott ou ailleurs après la défaite du Maroc, en finale de la CAN, n'était pas dirigée contre les Marocains. Elle ne l'a jamais été. Elle visait symboliquement le Makhzen et son alignement, pas les supporters marocains, pas la jeunesse marocaine, pas un peuple frère. Le football a servi de langage politique populaire, là où les peuples n'ont aucun autre espace pour exprimer leur rejet des choix imposés par les régimes. Il est d'ailleurs révélateur que, partout dans le monde arabe, la distinction entre peuples et régimes est parfaitement comprise. Les peuples arabes savent reconnaître leurs frères, même lorsque leurs gouvernements collaborent avec l'ennemi. Ils savent que les Marocains ordinaires manifestent pour la Palestine, boycottent les produits israéliens, dénoncent la normalisation et subissent, eux aussi, la répression lorsqu'ils élèvent la voix. Ce qui choque profondément, ce n'est pas l'existence du Maroc, ni son peuple, ni sa culture. Ce qui choque, c'est qu'un régime qui se présente comme défenseur d'El-Qods, président du Comité Al-Qods dans les forums officiels, puisse, dans le même temps, signer des accords militaires, sécuritaires et économiques avec l'État qui profane El-Qods et écrase Ghaza. Cette contradiction n'est pas celle du peuple marocain ; elle est celle du Makhzen. Lorsque des Algériens, ou d'autres peuples, ont soutenu Sadio Mané et le Sénégal, ils n'ont pas rejeté les Marocains. Ils ont adressé un message politique clair : nous refusons la normalisation, nous refusons la complicité, nous refusons que des régimes parlent en notre nom pendant que la Palestine brûle. C'était un acte de solidarité avec les peuples, y compris le peuple marocain, pris en otage par des décisions qu'il ne contrôle pas. La vérité est simple et doit être répétée : les peuples ne sont pas responsables des crimes politiques de leurs régimes. Le peuple marocain n'est pas complice du génocide à Ghaza. Le Makhzen, en revanche, porte la responsabilité politique de ses alliances, de ses accords et de ses choix. Le jour où le Makhzen rompra avec l'entité sioniste, ce ne sera pas une faveur faite aux peuples arabes, mais une réconciliation avec son propre peuple et avec l'histoire. En attendant, la solidarité des peuples arabes va au peuple marocain, pas à un régime qui a choisi l'alignement plutôt que la dignité, et la normalisation plutôt que la justice. |
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||