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Alertes météorologiques: Prévenir avant qu'il ne soit trop tard !

par Cherif Ali *

Les Bulletins météorologiques spéciaux (BMS) émis par l'Office national de la météorologie se multiplient ces dernières années, traduisant l'intensification des phénomènes climatiques extrêmes qui touchent notre pays.

Pluies diluviennes, chutes de neige exceptionnelles, vents violents et baisses brutales des températures s'imposent désormais comme une réalité récurrente. Pourtant, malgré ces alertes précoces, les mêmes scènes se répètent à chaque épisode : routes coupées, quartiers inondés, citoyens pris au dépourvu et dégâts matériels considérables.

Dès lors, une question centrale s'impose : à quoi servent les alertes météo si elles ne sont pas suivies d'actions concrètes sur le terrain ?

Car au-delà de l'information, l'enjeu majeur réside dans la capacité des institutions, en particulier des collectivités locales, à anticiper, à se préparer et à intervenir efficacement pour protéger les personnes et les biens.

Ces intempéries, n'ont pas été sans conséquences : inondations locales, routes coupées et risques accrus de glissements de terrain compliquent le quotidien des habitants.

Si certaines régions, comme la Capitale ou l'Est du pays sont concernés par ces risques d'inondations à l'orée de la saison automnale, tout le territoire est, en définitive, sensible à ce genre de catastrophes naturelles.

Des quartiers entiers, des parkings, des routes et des tunnels, se sont retrouvés sous les eaux très rapidement, causant d'importants dégâts.

Les autorités concernées avaient pointé du doigt la météo, expliquant que primo« la quantité d'eau tombée en trois heures [à Alger] équivalait à la quantité d'habitude enregistrée durant un mois complet »et secundo « les avaloirs, quelles que soient leurs capacités,n'avaient pas pu absorber les quantités de pluie tombées en un laps de temps réduit ».

Il y a quelques temps, un responsable du ministère des Ressources en Eau avait annoncé, il y a quelque temps, qu'un « Plan national de protection des villes contre les inondations » avait été établi, dans le cadre d'une stratégie allant jusqu'à 2030».

On a entendu aussi parler « d'une étude sur le phénomène des inondations en Algérie et les moyens de réduire leur impact », financée par l'Union européenne pour un coût de 1,2 million d'euros.

Simples effets d'annonce ou projets concrets, toujours est-il qu'au jour d'aujourd'hui, les inquiétudes demeurent et les Algériens se souviennent encore des précédents drames causés par les intempéries et leurs lots de victimes.

Aujourd'hui, force est de constater qu'en l'absence de toute stratégie d'intervention des communes à moyen et à long termes, les mêmes erreurs et les mêmes défaillances se reproduisent de manière cyclique, avec leur lot de drames humains et de dégâts matériels, à l'orée de chaque saison hivernale.

Dans l'absolu, que peuvent faire ces collectivités locales devant le « dérèglement climatique » qui touche l'ensemble des pays du bassin méditerranéen ?

Anticiper pour le moins, les événements, alerter les populations, secourir les sinistrés, les reloger même provisoirement, car, c'est leur rôle ! A leur décharge, il faut dire que les responsabiliser sur tout et rien, c'est quelque part aller vite en besogne au regard de la faiblesse des moyens mis à leur disposition !

Mais comme à chaque fois, la responsabilité est imputée à l'Office national de météorologie (ONM):

On lui reproche de ne pas cibler les localités exactes qui seront affectées par les intempéries, alors que son rôle se limite à donner des alertes à travers la diffusion des BMS (Bulletin météorologique spécial) en temps réel.

Raisonnablement, la météo ne peut faire face aux intempéries et aux inondations, d'autres facteurs interviennent justement dans cette situation : les collectivités locales n'accordent pas beaucoup d'importance au curage des avaloirs et des regards de la voirie. Ces travaux qui devraient être entrepris en été, auraient certainement permis d'éviter leur obstruction par les premières pluies automnales et le refoulement de ces eaux !

Quelle que soit l'importance des mesures préventives, il faut s'adapter pour faire face aux différents risques par la mise en œuvre de moyens humains et matériels appropriés.

Cette organisation nécessite un partage équilibré des compétences entre l'État et les collectivités territoriales :

1. Le président d'APC est responsable de l'organisation des secours de première urgence en déclenchant le plan Orsec.

Ce plan, qui s'appuie sur les informations contenues dans le dossier d'information communal sur les risques majeurs, définit les mesures immédiates de sauvegarde et de protection des personnes, l'organisation nécessaire à la diffusion de l'alerte et les consignes de sécurité et enfin la mise en œuvre des dispositions d'accompagnement et de soutien à la population.

Le laisser-aller, l'absence, parfois, de plans Orsec et les interventions conjoncturelles d'un personnel non formé pour la circonstance aggravent la situation, quand la catastrophe se produit.

Les opérations d'entretien préventif, quand elles ont lieu, ne doivent pas, en principe, s'inscrire dans un calendrier saisonnier, dans la mesure où les calamités sont imprévisibles, n'ont cessé de répéter tous les spécialistes de la question.

Il faut aussi reconnaître qu'en l'état, nos communes sont démunies devant ces périls : la plupart d'entre-elles ne disposent même pas d'un « système d'alerte et d'information de la population ».

A cela il faut ajouter le manque d'organisation des services de nettoyage et d'entretien ainsi que le laxisme de certains responsables locaux qui ne prennent pas les mesures d'anticipation qui s'imposent en cette basse saison et qui ne donnent même pas suite aux BMS spéciaux qui leur sont transmis !

2. Les pouvoirs publics ont le devoir, une fois l'évaluation des risques établie, d'organiser les moyens de secours nécessaires pour faire face aux crises, après avoir collecté toutes les informations concernant la consistance et l'état des moyens à mutualiser et à mobiliser à l'échelon national et aussi des ressources humaines à réquisitionner quand la catastrophe touche une ou plusieurs wilayas; un prérequis qui nécessite l'existence d'un fichier central informatisé. En matière d'intervention, la coordination interministérielle doit revêtir, obligatoirement, un caractère intersectoriel, ce qui n'est pas souvent le cas et les résultats s'en ressentent.

Said Sayoud, le ministre de l'Intérieur, des Collectivités Locales et des Transports, vient d'intégrer, très opportunément, dans la stratégie de son département, outre «l'amélioration des services publics » qui était pour lui une exigence, et qui est devenue aujourd'hui une réalité, la nécessité d'enclencher «un plan de réforme des collectivités locales » susceptible de les doter en nouveau mode d'organisation et de gestion, en mécanismes et outils, de manière à leur permettre de réaliser leurs objectifs.

Il faudrait penser à organiser des cycles de formations en matière de « gestion des risques» pour les présidents d'APC, les doter en moyens de réalisation et d'intervention (camions et engins de toutes sortes). Ces efforts doivent être absolument poursuivis, si l'on souhaite mettre au premier plan l'intelligence et l'innovation économiques, sortir de la dépendance des hydrocarbures et vivre de ce que nous pourrons produire.

Cela passe, nécessairement par l'engagement des responsables locaux, la dépénalisation de l'acte de gestion, mais également et surtout, par la « réforme des finances et de la fiscalité locales », celle-là même qui permettrait aux maires de valoriser leur patrimoine, profiter de leurs ressources et gisements fiscaux et partant, monter des projets et les financer sans recourir aux subventions de l'Etat.

De ce qui précède , la problématique des inondations doit être, à l'orée de cette basse saison, une priorité pour le gouvernement de Ghrieb Sifi, car dans notre pays au climat semi-aride, voire aride dans la majeure partie, leur survenance ne peut-être qu'un paradoxe, mais quand cela se produit, l'impact est dramatique, autant sur les personnes que sur les biens !

En définitive, la récurrence des inondations en Algérie ne peut être imputée au seul « déchaînement des éléments ».

Si le dérèglement climatique amplifie les phénomènes extrêmes, les faiblesses structurelles, le manque d'anticipation et la gestion conjoncturelle des crises aggravent leurs conséquences.

L'heure n'est plus aux constats ni aux effets d'annonce : il s'agit désormais d'ériger la gestion des risques majeurs en priorité nationale, en dotant les collectivités locales de moyens réels, en instaurant une culture de prévention et en renforçant la coordination intersectorielle.

Car, dans un pays où l'eau est rare mais où les pluies se transforment en drames, chaque retard dans l'action coûte cher, en vies humaines comme en patrimoine collectif.

Les alertes météorologiques ne sont ni de simples communiqués administratifs ni des formalités de routine : elles constituent un outil stratégique d'anticipation et de prévention, à condition qu'elles soient pleinement intégrées dans les dispositifs locaux et nationaux de gestion des risques.

Le dérèglement climatique est désormais une donnée structurelle avec laquelle il faut composer. Mais ce sont surtout l'insuffisance de la préparation, le déficit de coordination et l'absence de culture de prévention qui transforment des pluies annoncées en catastrophes évitables.

L'enjeu n'est donc plus de savoir quand la prochaine alerte sera émise, mais comment elle sera exploitée.

Transformer l'alerte en action, la prévision en décision et la vigilance en protection doit devenir un réflexe institutionnel à tous les niveaux.

Car dans un pays où la météo prévient, mais où les drames persistent, la véritable urgence n'est pas climatique elle est organisationnelle, territoriale et politique !

*Ancien Chef de Daira