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Livres
Samovarr, une conquête algérienne - Roman de Keltoum Staali. Casbah Editions, Alger 2025, 330 pages, 1 500 dinars «J'écris des livres pour prendre le pouvoir sur la vie. Pour rester maître à bord. Si le destin est mektoub, alors autant l'écrire moi-même. Je ne laisserai personne le dire à ma place... Même pas Dieu». Aussitôt dit, aussitôt fait. On a donc un livre chargé de récits de vie, vécus ou imaginés, mais tous (d)'écrits avec rigueur et vigueur, allant jusqu'au bout des « confessions »... et qui veut partager la « lumière » née de l'écriture, avec tous ceux dont « la bouche est cousue ». Que ces « confessions » soient sociales, familiales, personnelles ou politiques. Des récits et une écriture qui sont un métissage (à l'image de l'auteure, «Algérienne incomplète et Française impossible ») où se mêlent trois voix, celles de Sacha, Yasmina et Meryem ainsi que trois villes, Moscou, Alger, Marseille, mais aussi Timimoun, servant de refuge lors des moments politiques délicats. Des villes et des personnages aux destins imbriqués. On a donc, un peu de tout et de tout un peu : la lecture, l'écriture, la découverte de l'Algérie (qui, à défaut d'être sa maison est une matière littéraire et linguistique inépuisable), la vie à Marseille, l'exil, les langues française et arabe, la Darija, le livre, le papa, l'écriture poétique, le Sahara, l'Ail, l'Urss, Boumediene, le Volontariat, le Hirak, la Révolution agraire, le Pags, encore le Pags, le mouvement étudiant, Messadia, Abdou B., les vertus de l'ail, le couscous, Mouny Berrah, Zeroual, Hachemi Chérif... Et, toujours, un attachement jusqu'à l'obsession à l'Algérie, pays des origines et à la langue du peuple. Sans pour autant trop s'éloigner de la langue d'écriture superbement maîtrisée, le français. Comme aime à le dire l'auteure, son écriture tient du fonctionnement d'une «Machinerie». Une mécanique savamment élaborée, bien huilée, permettant au récit de se dérouler, et au lecteur d'apprécier un roman expérimental ( ?) jusqu'aux rouages de ses coulisses. L'Auteure : Professeure de lettres (en France). Née et grandi en France dans les années 60. Etudes de lettres modernes. Journaliste en Algérie à la fin des années 80 (Révolution africaine, Alger Républicain...). Retour en France au début des années 90. Plusieurs ouvrages : poésie, autobiographie, romans... Extraits : « Les profs de français aiment chez leurs élèves tout ce que les critiques détestent dans la littérature : les poncifs, les clichés, les expressions éculées, les métaphores faciles. Mais l'apprentissage de l'écriture passe sans doute par ce mimétisme, une façon de s'approprier la langue littéraire avant de s'en affranchir » (p 56), « Noircir l'écran, c'est bien. Remplir le blanc ça rassure. Ça donne l'illusion d'être un écrivain. Écrire des fragments sans queue ni tête pendant une quinzaine de minutes pour peut-être faire advenir quelque chose » (p 68), « Alger, c'est ça. Le raffinement côtoie sans cesse la laideur dans un compagnonnage têtu, parfois au bord de l'obscénité » (p 81), « Louisette a eu le cran de démissionner du Sénat à la suite de l'annonce de la candidature de Bouteflika qui a mis le feu aux poudres et jeté les Algériens dans la rue. Que reste-t-il des hommes en Algérie ? Elle répond avec un grand rire : les femmes ! » (p 87), « Exister en France, quand on est « issu(e) de l'immigration, quand on est « d'origine maghrébine », « Beur » ou pire « Beurette », après avoir été Arabe, Nord-Africaine, indigène, immigre(é) et musulman(e) aujourd'hui, c'est tout sauf simple » (p 129), « Ecrire, c'est laisser ma trace dans ce pays qui ne me demande rien. Je lui demande de l'amour. Mes livres sont des déclarations d'amour » (p 225), « Ici, elle s'est construite une vie d'écrivain exilée. Ils aiment ça les Français. Les écrivains algériens en France » (p 269), « Cette histoire de réconciliation, c'est celle du système et de l'islamisme. La vraie réconciliation c'est celle de la rue, celle qu'on voit » (p 322) Avis - Un roman ? C'est l'avis, du moins, de l'éditeur. Pour moi, plutôt un essai sur la Vie, avec ses hauts et ses bas, ses bas plus que ses hauts. Ou, peut-être, un « recueil » de confidences. Ou, un récit de vie(s). Et de l'exercice de style (réussi) à n'en plus finir. Lecture difficile... surtout si on est pressé ? Citations : « L'écriture relève aussi de l'alchimie. Elle est à la croisée des chemins entre technique, sciences, et féerie, si on peut ainsi désigner la collaboration de l'inconscient » (p 10), « Un titre, c'est un cadre, une identité, une marque indélébile. Il ouvre le bal » (p12), « Alger est la capitale de la rumeur. La rumeur d'octobre (note : 1988) a été relayée avec une rare efficacité » (p24),« On ne sort pas indemne de la beauté d'Alger » (p35), « L'amitié commence avec l'ingestion polie de crêpes aux mille trous malgré le goût suspect » (p 117), « Écrire et publier, c'est se poser, affirmer une singularité, proférer une parole, de préférence dérangeante. Écrire et publier, c'est prendre le risque de la contradiction, de la critique, du jugement » (p 150), « Le désir d'écriture contient sa propre recherche et son propre questionnement. Peut-être que derrière cette nécessité se joue aussi le besoin d'identification à des écrivains modèles. Des auteurs et autrices prestigieux. Être un Autre, une Autre, approcher leur lumière, prendre sa part de prestige et de lumière » (p 188), « L'écriture est une protestation contre l'effacement de la langue » (p 203), « La racisme (note : en France) a eu si longtemps le visage de la banalité ordinaire » (p 283), « Les gens veulent vivre libres. Quand ils vont en Europe, les gens qui veulent vivre là-bas, tu crois que c'est pour le pain ? » (p323) La ville aux yeux d'or - Roman de Keltoum Staali. Casbah Editions, Alger 2022, 175 pages, 700 dinars (Fiche de lecture déjà publiée en septembre 2022. Extraits pour raopol. Fiche complète in www.almanach-dz.com/habitat/bibliotheque dalmanach) Elle (Meryem) revient -après de longues années d'éloignement- à Alger, une ville où elle y a vécu si peu mais une ville qui la possède. Une ville « bavarde mais secrète ». Une ville magique pleine d'envoûtements. Une ville embouteillée, envahie par la poussière chaude et les klaxons assourdissants et furieux. Alger, ville blanche ? Plutôt ville grise (...) Elle est certes née en France, mais Alger est la ville de sa « renaissance ». Cela va lui permettre de renouer avec le passé, allant même jusqu'à (se) fabriquer de toutes pièces des personnages (...) L'Auteure : Voir plus haut Extraits : « Ville bavarde et pourtant secrète, où chaque rue est un hommage discret à un sacrifié au nom vaguement familier. Dans chaque maison, une blessure qui ne se ferme pas » (p13) (...) Avis - Un roman ? Peut-être. Car, aucune histoire particulière, mais plutôt une réflexion sur la vie, sur la mort, sur le pays, sur Alger, sur l'exil, sur la guerre, sur le terrorisme, sur l'amour, sur la vie, sur la mort du petit frère, sur Darwich, sur le mimosa, sur Mazouna, sur Nabile Farès (le seul personnage clairement identifié), sur les langues... Un peu de tout, de tout un peu.(...) Citations : « Chez nous, les Arabes, il paraît que l'âge est un privilège, une chance pour les femmes. Délivrées de leurs attraits diaboliques, elles peuvent partager l'espace de la rue en toute quiétude avec les hommes » (p27), « J'ai quitté Alger parce que je n'en pouvais plus d'être une femme » (p72), « Mon premier contact avec la langue française, à trois ans, se résume à une gifle coloniale qui ne me fait pas pleurer (...). La gifle ne détruit pas ma curiosité pour cette langue nouvelle et prometteuse. Au contraire, je me saisis de cette langue qui remettra mon cœur à l'endroit » (p 85) (...) |
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