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Oran :
Le site accueillera la statue-musée de l'Emir dans un proche avenir: L'urgence d'un plan de réhabilitation du mont Murdjadjo
par Houari Saaïdia Nul besoin d'être un
écologiste passionné ou un environnementaliste professionnel, encore moins un
nostalgique du bon vieil Oran, pour se rendre compte que le mont Murdjadjo est dans un état si dégradé qu'un plan de
sauvegarde et de réhabilitation s'impose en urgence.
En prime, il va falloir mettre en place, de manière sérieuse et prompte, un plan de régénération de la forêt de ce site montagneux surplombant la ville, comprenant des étapes clés comme l'évaluation de l'état actuel, la définition des objectifs, la favorisation de la régénération naturelle, l'intervention (plantations, travaux sylvicoles), la gestion de la faune et, bien évidemment, un suivi régulier. Il doit également intégrer des mesures de protection des sols, de sécurité, et tenir compte du contexte climatique pour adapter les essences choisies. Pour l'entretien et la protection du lieu, il est indispensable de mettre au point un plan de protection des sols, mettre en place des mesures pour éviter l'érosion et préserver la qualité du sol, sécuriser les interventions, conserver les zones intactes, sanctuariser des zones où aucune intervention n'aura lieu, comme les îlots de sénescence, et ce pour préserver la biodiversité et les processus naturels. UN INTÉRÊT TRÈS EN DEÇÀ DE LA VALEUR DU SITE Par ailleurs, quoi de plus normal que de mettre à profit la culminance topographique et la symbolique historique et patrimoniale du mont Murdjadjo au service de la ville au double plan d'image et de message. Or ce qui est moins normal, ou pas du tout, c'est que dans l'effort d'utiliser ce haut lieu comme porte-étendard naturel l'on cesse de porter soin à ce lieu lui-même. Alors que la statue de l'Emir Abdelkader sera sous peu entre les mains d'un maître d'œuvre, n'est-il pas temps de procéder à une sérieuse remise en état du site ? Il ne suffit pas d'aménager des terrains de foot et de pétanque, des aires de repos et des parcours gazonnés, et de provoquer le rush et la convivialité dans le coin sous la lumière douce des candélabres, pour dire que l'on veille si bien sur le site. C'est nécessaire. Mais pas suffisant, loin s'en faut. Le constat est là : le massif forestier de Murdjadjo - espace bien plus étendu pour qu'il puisse être réduit à sa petite partie du Plateau de Sidi Abdelkader El-Djilani, que les Oranais appellent Moul El Meida, l'un des fondateurs du soufisme - est en proie à un déboisement, lent mais étendu et continu, marqué par endroits par le jaunissement de la cime des arbres, phénomène « assez douteux » ayant été à l'origine de l'ouverture d'une enquête il y a quelques années mais dont on ne sait pas le sort à ce jour. A cette déforestation, due en partie au phénomène de bidonvilisation qui semble avoir été stoppé a priori, s'ajoute le décor « d'après-guerre » des décombres jonchant les îlots de constructions illicites rasées à terre par vagues de relogements successifs. IL FAUT RÉAGIR VITE Un affreux paysage, presque surréaliste, qu'on peut en mesurer l'ampleur par vue au sol via la route de Ras El-Aïn qui part du Bassin (Sidi El-Houari) à la 2ème Région militaire (Cité Petit) ou, mieux, par vue de ciel depuis le téléphérique. Et là, la même ritournelle : pourquoi ces monticules de débris, dont la plupart remontent à de nombreuses années, ne sont pas évacués et leurs terrains déblayés ? On ne peut du reste que qualifier d'excuse pire que la faute, la réponse mi-officielle mi-officieuse consistant à justifier le maintien du désordre par le souci d'empêcher la résurgence des squatteurs impénitents. Un mobile à la limite du crime de lèse-majesté à l'endroit de l'autorité de l'État. Le pragmatisme, le bon sens même, veut que l'on nettoie et que l'on clôture, une à une, les parcelles déjà débarrassées des maisons de fortune qui l'occupaient pour s'en approprier le foncier en prenant soin d'y ériger des dispositifs ostensibles et dissuasifs pour marquer l'autorité de l'État. Il y va de la salubrité et de la sécurité mêmes du périmètre. Au lieu et à la place de quoi, on est toujours embarqué dans ce vide sidéral, cette absence d'horizons pour le périmètre Ras El Aïn-Planteurs, cette panne d'idées ou, pour être plus honnête, cet implacable étau qui se resserre sur le dossier, tuant à l'œuf toute initiative qui y apparaisse. L'ÉTERNEL FAUX DÉBAT Et dans cet imbroglio, le faux et improductif débat : « faut-il réurbaniser et restructurer le périmètre pour l'intégrer au tissu urbain de la ville ou bien le reboiser et le régénérer en tant que domaine forestier périurbain ? » semble avoir de beaux jours devant lui. On n'apprend rien par ailleurs en citant les nombreux problèmes environnementaux auxquels fait face le mont de Murdjadjo, où l'on relève des signes de désertification et d'atteintes à la flore, ainsi que des aspects négatifs liés aux zones d'habitat spontané tels que les risques d'éboulements et de décollements de terrains, ceci alors que l'épuisement des nappes phréatiques superficielles a réduit considérablement les ressources en eau, entraînant un tarissement des sources et des puits et des risques de salinisation. Aussi, des inquiétudes sont exprimées quant à la préservation de la biodiversité du mont, en raison des atteintes constatées. RÉSEAU ROUTIER À REVOIR Autant de problèmes qu'il va falloir traiter en urgence, au même titre que la mise à niveau du réseau routier qui dessert ce site, lequel réseau de chemins communaux (CC) relève de la compétence de l'APC et non de la DTP et qui requiert donc, le cas échéant, une prise en charge financière par une opération spéciale pilotée par la wilaya d'Oran. En tout état de cause, la wilaya d'Oran se prépare pour accueillir la plus haute statue du monde dédiée à l'Emir Abdelkader, et à ce titre, rappelons qu'une réunion de travail présidée par l'ex-wali, Samir Chibani, tenue en juillet dernier, avait été consacrée à ce dossier dont le cahier de charges avait été déjà élaboré et approuvé en prévision de la désignation d'un maître d'œuvre spécialisé pour la confection de l'étude. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait donné en mai 2023 des instructions pour la réalisation de cette monumentale œuvre d'art qui mesurera 42 mètres de hauteur, surpassant ainsi la célèbre statue du Christ rédempteur de Rio de Janeiro au Brésil, qui culmine à 39 mètres d'hauteur. PROJET DE MUSÉE-STATUE EN COURS D'ÉTUDE Quelques jours plus tard, l'ancien wali d'Oran, Saïd Sayoud, avait annoncé que les fonds nécessaires, un montant de 120 milliards de centimes, avaient été alloués au projet, qui comprend également la construction d'un musée dédié à l'Emir Abdelkader. La statue symbolise la grandeur de cet homme et son héritage, rappelant aux générations présentes et futures l'importance de son engagement et de sa contribution à la nation algérienne. La statue sera représentée avec une épée illuminée dirigée vers la Qibla, soulignant ainsi la dimension religieuse de l'Émir et son rôle en tant que guide spirituel. De plus, cinq supports seront installés sous le cheval sur lequel sera monté l'Emir, symbolisant les cinq piliers de l'islam. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||