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Ni équitable ni abordable!

par Abdelkrim Zerzouri

Alors que le monde affronte une virulente deuxième vague de la Covid-19, les laboratoires Pfizer et bioNTech donnent la nouvelle tant attendue, un vaccin qui serait efficace à 90% contre le nouveau coronavirus est en phase de production après avoir subi avec succès toutes les phases d'expérimentation. Les résultats des phases «1» et ‘2'de l'essai clinique sont déjà sur la table des autorités de contrôle et les résultats de la phase 3 devraient arriver fin novembre, deux mois après l'administration de la deuxième dose aux premiers patients, avant de soumettre le vaccin à l'homologation. Mais, la chaîne de production n'à que faire d'une homologation qui semble acquise, tant la bouée de sauvetage ne pourrait être refusée par aucune partie.

Ainsi, avant même la déclaration de conformité du vaccin, Pfizer prévoit une production de 50 millions de doses d'ici fin 2020 et 1,3 milliard pour l'année 2021. Mieux, avant même sa mise sur le marché, le vaccin est déjà en rupture de stock ! Une frénésie incomparable s'est emparée de tous les pays pour entrer en possession de ce vaccin. Le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie et l'Union européenne, les plus touchés par la maladie, qui a tué plus 1,2 million de personnes à travers le monde, figurent parmi les premiers clients qui ont passé commande à coup de milliards d'euros. L'Algérie, qui serait parmi les premiers pays à acquérir le vaccin quand il sera mis sur le marché, selon des déclarations du ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, n'a pas encore manifesté son intérêt sur ce registre. Peut-être qu'on attend encore une autre piste, car 10 autres essais cliniques menés par différents laboratoires sont également parvenus à la phase 3, et devraient incessamment annoncer, de leur côté, la commercialisation de leurs vaccins.

Est-ce un peu précipité de commercialiser des vaccins qui ont, certes, prouvé leur efficacité sur les 3 phases requises, mais qui restent quand même sous le coup de l'observation de longues études ? Les laboratoires pharmaceutiques concernés n'exploitent-ils pas la détresse et le désarroi mondial face à la pandémie pour écouler une marchandise encore inconnue sur plusieurs côtés ? Selon les remarques de certains spécialistes, le communiqué de Pfizer reste discret sur plusieurs points, notamment sur la durée de la protection et sur l'innocuité du vaccin, puisque les effets secondaires sont impossibles à constater avant 3 ans après la vaccination. Sur un autre registre, on ne sait pas si le vaccin bloque l'apparition de la maladie et sa transmission ou seulement l'une sans l'autre. Pourtant, cette précision est d'une importance capitale pour élaborer la stratégie de vaccination, soit travailler à une immunité de groupe quand il permet d'interrompre la transmission du virus, soit vacciner de manière ciblée les personnes les plus fragiles quand le vaccin empêche l'apparition de la maladie mais pas sa transmission.

Bien sûr, le vaccin est à prendre, après on verra, car dans les deux cas on trouverait sa voie salvatrice, mais le prix du vaccin, qui n'a pas été rendu public, ne devrait pas être le même dans les deux cas de figure. Sinon, il s'agirait d'une extorsion de fonds sous la menace de la Covid-19. Une chose est sûre, la bonne affaire commerciale limiterait l'accès au vaccin contre le nouveau coronavirus, qui ne sera « ni équitable ni abordable » comme le souhaitaient l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et autres responsables politiques et acteurs de la société civile.