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Du front contre les forces de l'argent au front intérieur

par Yacine Teguia*

Contrairement aux conceptions les plus partagées, l'Algérie est finalement très connectée au système financier mondial. Nous en avons pris la mesure, cet été.

L'avalanche de révélations nous a permis de découvrir avec quelle facilité des milliards de dollars ont pu fuir le pays, comment les forces de l'argent, et d'abord les forces de l'argent sale qui, par leurs pratiques, ont exercé une pression permanente sur les milieux d'affaires, acquièrent des biens dans le monde, avec quelle aisance elles obtiennent d'autres nationalités ou des cartes de résidence.

La lutte contre cette fuite massive de capitaux aurait dû constituer l'objectif affiché par Tebboune. Il a préféré mettre en avant la séparation de la politique et de l'argent, servant, paradoxalement, les forces de la corruption et de l'informel.

Il s'avère ainsi, qu'encore une fois, les voies de l'Enfer sont pavées de bonnes intentions ! En s'engageant sous la bannière qu'il avait déployée, le Premier ministre s'était lancé dans un affrontement avec tout le patronat, à la plus grande joie de nos prédateurs nationaux qui voulaient l'isoler.

En plus, il reléguait au second plan la constitution d'un front intérieur et la résistance à un système international dédié à la spoliation de la richesse des nations et qui fait preuve d'une plus grande âpreté en cette période de recompositions géopolitiques majeures. Les médias internationaux, ne se trompant pas sur les intérêts à défendre et qui eux voyaient tout le bénéfice qu'ils pouvaient tirer de la confusion qui s'installait, ont d'ailleurs réagi par un véritable tir de barrage au départ de Tebboune.

Cette campagne aura trouvé de nombreux relais en Algérie, conscients ou pas. Certains commentateurs et protagonistes ont voulu réduire le combat contre la corruption et l'informel à des ruades devant faire illusion sur Bouteflika, en vue d'un 5e mandat ou à une lutte d'appareils dans le cadre de sa succession. D'autres n'y ont vu qu'une volonté de capter des ressources qui vont en s'amenuisant.

On ne peut pas exclure ces dimensions. Mais alors pourquoi tous ces analystes se sont transformés en un comité de supporters de Tebboune après son limogeage ? L'arrivée d'Ouyahia à la tête du gouvernement paraît pourtant conforter leurs conceptions.

Et avec les nouveaux titulaires aux ministères de l'Industrie, du Commerce et de l'Habitat, le signal est même perçu comme un recul du pouvoir devant les forces de l'argent. Assimilées, dans un dangereux raccourci, à l'argent sale, elles constitueraient aujourd'hui un des piliers du système. Il faut cependant être prudent et ne pas se hâter dans les conclusions. Certes, le pouvoir ne peut plus ignorer le poids des forces de l'argent, y compris de l'argent sale, mais il doit aussi affronter un contexte international qui révèle des velléités néocoloniales. Enfin, il doit faire face aux attentes de la société algérienne que beaucoup ont trop vite fait d'exclure de la bataille. Sa satisfaction - à l'idée que les forces de l'argent allaient devoir assumer, elles aussi, la rigueur - a dû inquiéter dans les sphères de décision qui n'ont de cesse, depuis l'arrivée de Bouteflika au pouvoir, de démobiliser la société.

La constitution d'un clivage entre la politique et l'argent est venu malheureusement masquer la véritable contradiction entre le despotisme néolibéral adossé à la rente et la démocratie qui aurait pour socle un développement durable. Nous nous dirigions, inéluctablement, vers la mise en place d'une alliance objective dans laquelle les forces de l'argent sale et les intérêts compradore, selon l'appellation classique, pouvaient s'appuyer sur toutes les forces qui, au sein et en dehors du pouvoir, y compris dans la société, souhaitaient le mettre en échec et relayaient l'idée d'un conflit au sommet de l'Etat.

Au point où le chef d'état-major de l'ANP a dû clarifier la position de l'institution. Une situation qui n'était pas sans rappeler l'émergence du parti des assassins qui avait su distiller l'illusion mortelle que c'était l'opposition au pouvoir qui devait prévaloir sur toutes les autres contradictions, y compris sur celle entre Etat théocratique et Modernité. Après les résultats des législatives du mois de mai passé et le vote sanction qui s'était exprimé, le risque d'ouvrir un front de trop était devenu inacceptable pour le pouvoir et potentiellement déstabilisant pour l'Etat.

L'arrivée d'Ouyahia à la tête du gouvernement semble indiquer que le pouvoir privilégie finalement le renforcement du front intérieur.       

C'est en tout cas le sens de l'appel lancé par Bouteflika à l'occasion de la Journée du Moudjahid: «Le gouvernement et ses partenaires sociaux et économiques doivent donner l'exemple à notre peuple, par la solidarité, la mobilisation et l'unification des rangs afin que notre pays puisse investir de manière constructive dans les différentes capacités et potentialités de ses enfants».

Le pouvoir peut reculer sans se mettre en péril. Un éventuel affrontement avec les forces de l'argent sale est reporté à après la présidentielle. Quant à Ouyahia, candidat potentiel, il n'ira pas se lancer dans un tel défi, s'il en avait l'intention, avant d'avoir conforté sa position et sans disposer de toutes les armes.         

Et, ceux qui espèrent qu'il fera passer des mesures impopulaires, discréditant un peu plus le pouvoir, risquent d'être déçus. Pourquoi ouvrirait-il un front avec la société alors qu'il peut faire passer des mesures par la bande (lente dévaluation du dinar) et qu'il dispose encore d'une marge de manœuvre, avec des réserves de change qui permettent de tenir jusqu'en 2025 ?

Il ne sert donc à rien de reprocher à la société de ne pas réagir au départ de Tebboune, c'est juste une manière, de sa part, de relativiser le crédit qu'elle lui avait accordé. Crédit mesuré et conditionné qu'elle ne refuse pas non plus à Ouyahia. On l'aura bien compris, pour la société, il ne s'agit ni de défendre Tebboune, ni de soutenir Ouyahia, mais de les prendre au mot et de s'engager dans une lutte pour dénoncer chaque tromperie du gouvernement, pour dissiper les illusions sur la détermination à réformer, sur le sens de l'Etat et le patriotisme des dirigeants, avec un objectif: préparer les conditions politiques et matérielles du changement du rapport des forces. Tenant compte de ce qui cristallise dans la conscience de la société, Ouyahia saura-t-il mieux bâtir le consensus que Tebboune ? A-t-il une vision plus claire de ce qu'il doit recouvrir pour être viable et porteur de progrès ?

On pourra le vérifier à la façon dont seront articulées trois questions: la bancarisation, les importations et les subventions. Il s'agit là d'indicateurs des enjeux politiques et des rapports avec les forces de l'informel, avec nos partenaires internationaux et avec la société.

Lancée en direction de l'argent circulant dans l'économie informelle, la mise en conformité fiscale volontaire a été présentée comme la condition pour échapper à l'endettement extérieur.

En rejetant toute idée d'emprunt à l'étranger, en conclusion de l'unique Conseil des ministres du gouvernement Tebboune, le Président Bouteflika a, d'une certaine manière, réaffirmé la poursuite de la politique d'amnistie fiscale et peut-être même appelé à son approfondissement et à son élargissement. Un précédent ministre des Finances considérait pourtant qu'«une dette bien utilisée est un instrument et un levier de croissance». Benkhelfa, ce ministre qui avait franchi une ligne rouge, a vite été remplacé par Baba Ammi dans le dernier gouvernement Sellal.    

D'autant, qu'après l'échec de la bancarisation, il n'avait trouvé qu'une maigre formule pour tenter de sauver l'opération: seuls les montants à partir de dix millions de dinars seraient fiscalisés, annonçant ainsi que les ménages n'étaient pas redevables de la taxe forfaitaire de 7%. Il n'avait cependant pas vu que les simples citoyens détenaient peu d'avoirs en dehors des banques, preuve en a été que, pour l'essentiel, les entreprises et institutions publiques ont acquis les dernières obligations d'Etat. Son successeur, Baba Ammi, aura essuyé le même échec avec la mise en place de produits de la finance islamique. Il se trompait, lui aussi, en pensant que le pragmatisme n'était pas l'idéologie dominante et que des conceptions religieuses archaïques étaient mécaniquement une contrainte à la bancarisation, alors qu'elles étaient prêtes à s'accommoder de l'intérêt, mais avaient d'abord besoin d'un… capital.         

C'est ainsi que le gouvernement Tebboune en est arrivé à baisser le niveau des réserves obligatoires des banques à 4% alors qu'elles avaient atteint 12% quand elles étaient en surliquidités. L'argent des banques demeure le seul argent disponible. Epuisant ministre des Finances après l'autre, le pouvoir, pour faire passer sa démarche et préparer une amnistie fiscale totale, semble donc acquiescer sans réagir aux pressions des milieux liés à la fraude et à la spéculation. Il fait de la promotion du «financement interne non conventionnel», dans le prolongement de la «mise en conformité fiscale» une corde avec laquelle il risque d'enserrer le cou de l'Algérie, en gratifiant les fraudeurs du titre d'investisseurs. Après avoir brouillé les cartes, en mettant fin au mandat Sellal et s'être lancé dans une vaste opération contre des symboles de l'argent facile ou mal acquis, il revient à sa volonté de concilier désir effréné d'accumuler et développement durable.

Il pense que le national-libéralisme qui se masque sous son nouveau modèle de croissance pourra dépasser cette contradiction. Il espère que les coups portés et les menaces seront suffisants pour faire accepter le compromis qui finira par être proposé et conclure deux décennies de fraude, de détournements et de corruption par l'amnistie fiscale générale.

C'est fort de cette conviction que Ksentini a pu lancer: «Si des personnes ayant commis des crimes comme le terrorisme ont pu être amnistiées, pourquoi ne pas le faire avec celles qui se sont rendues responsables de faits moins lourds ?». Avec l'arrivée d'Ouyahia, qui proclamait lors de la campagne des législatives qu'il n'allait pas courir après ceux qui avaient fraudé et qu'il valait mieux discuter avec eux, nous ne sommes plus très loin de voir ses vœux se réaliser.

Peut-être après une dernière tentative de privatisation pour renflouer les caisses de l'Etat? Avec le risque de voir le partenariat public/privé connaître les mêmes mésaventures que celui entre l'entreprise Benamor et l'Eriad Corso ?

On voudrait être persuadé que le pouvoir sentant les menaces au plan international agit pour remobiliser le front intérieur, mais on peut craindre, aussi, qu'il ne soit un adepte d'une vision abstraite et naïve de l'économie. Cette vision pense pouvoir appliquer, en Algérie, des recettes, comme l'amnistie fiscale, qui ont fonctionné dans des économies beaucoup plus développées, où la productivité est telle qu'elle encourage l'investissement productif. Par son inconséquence, son manque de vigilance par rapport à la nécessité de lutter contre la spéculation et la corruption sous l'argument «plutôt l'amnistie fiscale que l'austérité», cette vision risque de valoir à l'Algérie et l'austérité et l'amnistie fiscale !

Mais les spéculateurs et les fraudeurs continueront à désavouer et à démentir le pouvoir, travaillés par tout le discours sur la crise intériorisé à la suite d'un travail idéologique digne du lavage des cerveaux.       

Pourquoi investiraient-ils dans un pays soumis aux difficultés présentées par le pouvoir qui veut justifier des réformes qui pourraient encore frapper injustement les travailleurs et les couches populaires ? Quand bien même certains fraudeurs changeraient de stratégie ou/et de tactique et accepteraient de bancariser leurs avoirs, d'autres seraient toujours prêts à passer de l'activité formelle à l'informel, tant il est vrai que la fraude et la corruption sont au cœur de la stratégie d'accumulation du néolibéralisme adossé à la rente.

Le phénomène de fraude fiscale s'accentue d'ailleurs à mesure qu'il paraît possible d'obtenir de nouvelles concessions dans le sens de la dérégulation économique et du relâchement des interventions de l'Etat, tout au moins tant que subsistent un soutien politique direct ou indirect au plan national et des encouragements au plan international grâce auxquels ont été tissés des réseaux politiques et logistiques favorisants la fuite des capitaux.

Ce soutien étranger est là, plus fort que jamais. Certes, on l'a vu avec la ferveur internationale pour Tebboune, il peut changer de forme, mais il converge à chaque fois avec les manœuvres de certains segments du pouvoir pour favoriser la déliquescence de l'Etat et contourner toute idée de «ligne rouge» qui aurait été évoquée par les intérêts patriotiques liés à l'économie productive. Les dernières tentatives font suite aux pressions sur la règle des 51/49% ainsi qu'à toutes les manipulations autour des mauvaises performances de l'économie algérienne dans les classements internationaux et de la nécessité de recourir à l'endettement auquel poussent certaines institutions comme le FMI et la Banque mondiale. A travers leur discours alarmiste, elles justifient le recours à l'amnistie fiscale pour faire face aux exigences d'équilibre budgétaire. Il y a là une opération sournoise et cynique qui aboutit à renforcer les arguments selon lesquels l'Etat algérien, les forces patriotiques et démocratiques n'ont plus de ressources pour échapper à une telle opération de blanchiment de l'argent sale. La question est en vérité: qui n'a plus de ressources ? L'Algérie ou ces institutions financières qui ont emprunté de l'argent à notre pays alors que de nouvelles bulles spéculatives menacent d'éclater à travers le monde ? Qui a intérêt à ce que l'acte d'investir à l'étranger soit facilité ? L'Algérie ou les pays qui sont prêts à accueillir les capitaux qui auraient échappé légalement au fisc ?

Et, si même l'amnistie fiscale échouait, serions-nous alors devant l'obligation d'emprunter à l'étranger ? Dans quelles conditions après avoir fait une telle concession ? La patrimonialisation de l'Etat et sa soumission à des intérêts privés porte en elle le risque de sa subordination à des intérêts anti-nationaux. Devant tant d'incertitudes, les serments de ceux qui jurent respecter les lois et les institutions de leur cher pays ne sont pas suffisants. Pas plus que les propos de Bouteflika qui assure que «le développement, la souveraineté et l'indépendance ainsi que toutes les valeurs de notre peuple impliquent de renforcer l'Etat de droit qui exige à son tour de promouvoir le consensus national et de resserrer les rangs face aux défis du monde contemporain». Il faut bien voir que, d'une part, le système mondial donne aux forces de l'argent des garanties plus sérieuses en matière d'Etat de droit pour protéger leurs fortunes, qu'elles soient faciles ou illégitimes lui important peu, et que, d'autre part, il offre les opportunités économiques pour valoriser des ressources financières, y compris celles de l'Etat algérien qui a choisi d'y placer ses réserves de change et d'y trouver ses principaux partenaires commerciaux.

A l'aune de cette réalité, on en arrive à se demander si l'échec répété en matière de baisse des importations ne dissimule pas plutôt une volonté de concentration dans ce secteur. Que ce soit pour favoriser les privilégiés du système ou pour doter les acteurs du commerce international d'une plus grande capacité de négociation, sans changer radicalement, tant au plan politique qu'économique, le pouvoir algérien peut difficilement reprocher aux milieux d'affaires de suivre son exemple et de continuer à... frauder. Mais comme ils ne sont jamais que la chair de sa chair, on ne peut pas exclure qu'ils puissent avoir, eux aussi, quelques ressorts patriotiques. Ils devront alors voir leur patriotisme fécondé par la démocratie et accepter de se démarquer de l'argent sale. Ce dernier constitue, en effet, une force d'essence subversive et conquérante qui veut réduire l'Etat à sa plus simple expression. De ce point de vue, il sert objectivement les puissances qui voudraient survivre ou s'imposer au moment où les contours de l'ordre mondial sont redéfinis, dans une compétition brutale où la confrontation militaire n'est jamais loin.

Ouvrir un front avec toutes les forces de l'argent avait été une erreur. Ouvrir un front avec la société aurait été une faute. Tebboune s'en était gardé et avait choisi d'abord de retirer le projet de code du travail qui avait été fortement contesté puis de proposer un dialogue aux syndicats, y compris autonomes. De son côté, Ouyahia saura-t-il aborder la question des subventions, largement liées à celle du pouvoir d'achat, de manière juste ? Est-ce que cela sera uniquement dans le cadre de la tripartite (dans le format imposé jusque-là ?) ou à l'occasion du débat sur la loi des finances (avec le discrédit de l'APN) ? Voudra-t-il discuter de l'idée de transférer les subventions vers les salaires (en finançant un 2e salaire) et vers les couches les plus démunies, pour maintenir la demande ou se contentera-t-il de les diminuer encore et encore, en accentuant toujours plus les inégalités et en alimentant la spirale de la récession ? De même peut-il envisager un changement de monnaie pour récupérer les ressources qui échappent au fisc et manquent à la solidarité nationale, qui, elle-même, tire la croissance du pays ? Les réponses à ces questions dépendent de la disponibilité du pouvoir à consacrer la souveraineté populaire, à permettre à la société de dire son mot. Mais quelle que soit la capacité du pouvoir à renoncer à perpétuer son hégémonie par la force et la ruse, les Algériennes et les Algériens sont déjà engagés dans le processus qui vise à la contester. Leur refus multiforme de voir peser l'austérité sur le seul peuple s'est exprimé politiquement dans les urnes. Ouyahia ne doit pas commettre la même erreur que Tebboune, en devenant un cauchemar pour la société, quand l'ex-Premier ministre l'a été pour les forces de l'argent. Il devra donc prendre garde à ne pas faire du débat sur les subventions l'occasion d'entériner une dégradation des conditions de vie en vue de favoriser l'exploitation du travail. D'une part, c'est en défendant sa dignité que l'on verra la productivité du travail augmenter; d'autre part, s'il est clair que jusque-là c'est l'accumulation des facteurs de production qui a favorisé la croissance, il faut maintenant améliorer leur productivité totale. Ceci devrait être l'essence du nouveau modèle de croissance. La société sait que des solutions alternatives aux recettes du national-libéralisme existent et qu'un large débat doit être ouvert pour les étudier. Elle comprend spontanément que, pour résister aux effets négatifs de la mondialisation néolibérale, un authentique front intérieur ne peut-être articulé qu'autour d'un gouvernement du travail et d'une opposition patriotique qui, ensemble, mettraient fin au clientélisme et placeraient le travail et le mérite au cœur des rapports sociaux.         

C'est ce qu'expriment les questionnements sur l'attitude du pouvoir vis-à-vis de l'argent sale. La société signifie qu'un Etat de droit ne s'édifie pas uniquement en combattant ceux qui enfreignent la loi mais aussi en se dotant d'une base matérielle durable. Dénoncer la prédation, c'est une manière de s'attaquer à la question de la redistribution des richesses, mais il faut aussi affronter la question de leur production. A la lumière de ces exigences, on comprend que le départ de Tebboune n'est pas dû à une erreur de «casting», à un problème d'ego et qu'il pose le problème de la stratégie et de la tactique du pouvoir. En plaçant l'édification d'un Etat de droit et la recherche d'un consensus autour de la souveraineté économique dans le prolongement de la réconciliation nationale, Bouteflika montre qu'il veut maintenir l'Algérie lestée d'archaïsmes et prisonnière de l'arbitraire. Il dévoie, ainsi, le concept de consensus qu'il assimile à l'unanimité parce qu'il craint par-dessus tout que le consensus ne se fasse autour de la rupture. C'est d'ailleurs ce qui avait été fait avec la notion de paix. L'Etat de droit ne peut pas s'accommoder de tous les désordres et l'inconnu charriés par le bouteflikisme. Notre pays doit sortir des contradictions et avoir une orientation claire et mobilisatrice. L'Algérie a besoin de bâtir une nouvelle stabilité. Les turbulences que traversent le monde l'imposent. Nous ne sommes plus devant le choix entre préserver l'Etat ou le transformer mais devant la nécessité de le changer radicalement pour le pérenniser. Encore une fois, il faut se défier de l'illusion que la situation est sous contrôle. En 2017, plus qu'en 1992, la sauvegarde de l'Algérie passe par l'édification de la 2e république démocratique et sociale.

*Secrétaire général du MDS