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Amalgame Antisionisme Antisémitisme : les «Justes» musulmans oubliés

par Chitour Chems Eddine *

«Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus. Il faut qu'ils ne fassent dans l'Etat ni un corps politique ni un ordre. Il faut qu'ils soient individuellement citoyens».

Discours du comte de Clermont-Tonnerre devant l'Assemblée

«Nous ne cèderons rien à l'antisionisme», «L'antisionisme est la forme réinventée de l'antisémitisme». Emmanuel Macron

Deux affirmations antagoniques qu'il nous faut expliciter en traçant l'évolution de la communauté juive qui graduellement a pris ses distances du corps social pour une hypothétique communauté prise en charge non pas uniquement sur le plan religieux mais aussi sur le plan politique car il n'est un secret pour personne que le CRIF qui revendique - à tort d'après notamment les juifs non pratiquants - le monopole de parler au nom de tous les Juifs de France est de fait au fil des ans la caisse de résonance d'un Etat étranger (Israël) en France. On comprend de ce fait l'évolution du discours depuis le marquis de Clermont-Tonnerre et bien plus tard le général de Gaulle puis François Mitterrand pour qui la France n'a rien à voir dans sa responsabilité dans la rafle du Vel'd'Hiv. Ce ne sont plus uniquement que des citoyens français. Changement de décor avec Jacques Chirac qui ouvrit la voie à la repentance en 1995, Emmanuel Macron va plus loin, il invite le Premier ministre d'un Etat étranger à commémorer ensemble le souvenir de la rafle du Vel'd'Hiv. Jusqu'à François Mitterrand, les présidents qui se sont succédé avaient tous nié la responsabilité de la France et «Je ne ferai pas d'excuses au nom de la France. La République n'a rien à voir avec ça. J'estime que la France n'est pas responsable», avait déclaré le président socialiste en 1994.

«En juillet 1995, lit-on sur l'Express, Jacques Chirac est le premier président français à avoir reconnu la responsabilité française dans la déportation des Juifs». Une position depuis reprise par ses successeurs. «Ce sont bien des policiers français qui sont alors allés chercher des Juifs. Vichy, c'était le gouvernement de la France». «Je récuse les accommodements et subtilités de ceux qui prétendent que Vichy n'était pas la France», «Vichy, ce n'était certes pas tous les Français mais c'était le gouvernement de la France et l'administration de la France», a martelé le chef de l'Etat. «Ce fut l'oeuvre de la police française sous les ordres de Pierre Laval et du préfet René Bousquet». «C'est la réalité et c'est un crime contre l'humanité. Je suis pour regarder notre passé en face, y compris dans les pages les plus sombres, pour dire la vérité que nous devons à nos concitoyens», avait-il martelé. C'est la culpabilité collective de toute la France et de tous les Français que professe ainsi Emmanuel Macron (1).

Entre les 16 et 17 juillet 1942, plus de 13.000 personnes, dont près d'un tiers étaient des enfants, ont été arrêtées à Paris et en banlieue pour être déportées. Effectuée à la demande du Troisième Reich, (…) les Juifs de nationalité française ont été exclus temporairement de cette rafle qui concerna essentiellement les Juifs, étrangers ou apatrides, réfugiés en France dont plus de quatre mille enfants, souvent français nés de parents étrangers. (…) Où était la souveraineté nationale française en 1942 ? A Berlin. Le gouvernement fantoche de Vichy n'avait en réalité aucune souveraineté, aucun pouvoir, et à ce titre, la personnalité juridique de la France (qui lui est consubstantielle) était, de facto, suspendue. (2)

L'historien israélien Shlomo Sand, professeur d'histoire à l'université de Tel-Aviv, agacé par l'invitation de Benjamin Netanyahu à la commémoration de la rafle du Vel'd'Hiv, mais plus encore par l'affirmation d'Emmanuel Macron, lui écrit: «Reprenant les mots d'Emmanuel Macron, selon qui ‘l'antisionisme est la forme réinventée de l'antisémitisme', Shlomo Sand se demande si ces propos avaient pour but de ‘complaire' au chef du gouvernement israélien, ou si ceux-ci relèvent ‘purement et simplement une marque d'inculture politique'. L'ancien étudiant en philosophie, l'assistant de Paul Ricœur a-t-il si peu lu de livres d'histoire, au point d'ignorer que nombre de Juifs, ou de descendants de filiation juive se sont toujours opposés au sionisme sans, pour autant, être antisémites ? Je fais ici référence à presque tous les anciens grands rabbins, mais aussi aux prises de position d'une partie du judaïsme orthodoxe contemporain», Tout d'abord, le sionisme n'est pas le judaïsme, contre lequel il constitue même une révolte radicale, explique l'historien. (…) La colonisation des territoires palestiniens a pourtant pu nourrir une opposition au sionisme jusque dans les rangs de la société israélienne, dont Shlomo Sand fait partie. «Je ne peux pas être sioniste. Je suis un citoyen désireux que l'Etat dans lequel il vit soit une république israélienne, et non pas un Etat communautaire juif. A votre avis, monsieur le Président: cela fait-il de moi un antisémite ?», conclut l'historien israélien. (3)

Non, l'antisionisme n'est pas un antisémitisme réinventé

C'est par ces mots que Sylvain Cypel réagit à la déclaration d'Emmanuel Macron: «Nous ne céderons rien aux messages de haine, à l'antisionisme parce qu'il est la forme réinventée de l'antisémitisme». On ne sait si, par ces mots, le président Emmanuel Macron a simplement espéré gagner opportunément les faveurs de Benyamin Netanyahu, ou s'il a énoncé une conviction plus profonde. Mais dans les deux cas, il a eu tort. Quant au fond, l'assimilation de l'antisionisme à une nouvelle mouture de l'antisémitisme est une erreur funeste. Cette assertion est l'une des clefs de voûte depuis des décennies de la hasbara, la communication israélienne. (…) Il en va de même de l'idée selon laquelle l'antisionisme serait la version moderne de l'antisémitisme. D'abord parce que l'antisionisme n'est pas une idéologie très définie. Historiquement, il a consisté à récuser l'idée d'une solution nationaliste à la question juive. Aujourd'hui, il y a en Israël des gens qui se disent antisionistes par simple hostilité à une occupation des Palestiniens menée au nom même du sionisme. D'autres se disent «post-sionistes» parce qu'à leurs yeux, l'ambition du sionisme étant la constitution d'un Etat juif, son existence annule d'autorité la nécessité du sionisme. Je connais enfin des Israéliens tout à fait sionistes qui sont si révulsés par la politique de Netanyahu qu'ils se disent honorés d'être traités d'«antisionistes» par un gouvernement d'extrême droite raciste et colonialiste. Ces derniers remplissent par exemple les rangs d'une ONG comme Breaking the Silence, qui regroupe des soldats dénonçant les crimes commis par leur armée contre des Palestiniens et dont plusieurs des dirigeants sont des officiers et aussi des juifs pieux. Ils ne sont pas antisémites. Ils sont même l'honneur d'Israël. (…) si le sionisme, comme le prône Netanyahu, consiste à exiger la reconnaissance d'Israël pour mieux empêcher le droit des Palestiniens à l'autodétermination, alors je suis antisioniste. Serais-je donc antisémite ?» (4)

Une vérité à marteler : l'antisionisme n'est pas de l'antisémitisme

Pour Théodore Herzl, cité par Hannah Arendt «Sionisme et judaïsme ne sont pas la même chose, mais deux idées différentes et sûrement contradictoires. Le sionisme n'est pas une oeuvre de bienfaisance. Nous avons besoin de Juifs de «qualité supérieure». Cependant, je crois que l'antisémitisme, qui représente parmi les masses un courant puissant et inconscient, ne portera pas tort aux Juifs. «Les antisémites seront nos amis les plus dévoués et les pays antisémites nos alliés». Les paroles de Theodor Herzl, fondateur de l'Etat juif en puissance, sont pour nous une révélation car on peut comprendre que le moteur de la politique israélienne a comme carburant l'antisémitisme des autres, cela rend les Israéliens plus forts tout en faisant condamner les contrevenants par la police de la pensée occidentale. Le terme antisémite fut utilisé pour la première fois en 1860 par l'intellectuel juif Moritz Steinschneider dans l'expression «préjugés antisémites» («antisemitische Vorurteile»), afin de railler les idées d'Ernest Renan qui affuble les «peuples sémites, de tares culturelles et spirituelles». (5)

L'amalgame entre antisionisme et antisémitisme

Le glissement qui s'est opéré a permis de passer de l'aspect ethnique à l'aspect religieux et partant d'arriver à l'antijudaïsme, excluant du même coup les Arabes. Manuel Valls lié à Israël d'une façon éternelle n'hésita pas lors d'un dîner du CRIF à insister sur l'équivalence: il y a l'antisionisme, c'est-à-dire tout simplement le synonyme de l'antisémitisme et de la haine d'Israël». L'amalgame, écrit Eric Hazan, avec l'antisionisme, c'est-à-dire le refus de la politique actuelle d'Israël de quitter les territoires occupés depuis 1967, n'est pas l'antisémitisme. Les Palestiniens, qui sont eux aussi des Sémites, ne peuvent pas être contre eux-mêmes. D'un côté, il y a ceux qui défendent un Etat juif tout puissant; de l'autre, des partisans d'un Etat commun où Juifs et Arabes vivraient en égaux. Entre les deux, la question de la souveraineté d'Israël. Mais sérieusement, qu'est-ce au juste que «l'antisionisme ?». La réponse des dîners du CRIF repose sur deux assertions successives: l'Etat d'Israël parle au nom des Juifs du monde entier; par conséquent, être «antisioniste», critiquer la politique israélienne, c'est dénigrer non seulement le gouvernement israélien, mais la population du pays et l'ensemble de tous les Juifs - c'est de l'antisémitisme. (…) Non, condamner la politique coloniale d'Israël n'a rien à voir avec l'antisémitisme (…)».(6)

Enfin, signe d'une gangrène des mentalités, l'amalgame antisionisme-antisémitisme a été acté par le Parlement européen Le 1er juin, le Parlement européen a adopté une résolution «sur la lutte contre l'antisémitisme» appelant les Etats membres et les institutions bruxelloises à prendre des mesures supplémentaires pour combattre «les discours de haine et toutes les formes de violence à l'égard des citoyens juifs européens». (…) Les cas d'antisémitisme «pourraient inclure le fait de prendre pour cible l'Etat d'Israël, conçu comme une collectivité juive». (…) Dans un communiqué, le CRIF s'est félicité de l'adoption de la résolution par le Parlement européen, approuvant le fait qu'elle «identifie […] l'antisionisme à une nouvelle forme d'antisémitisme». (7)

Les musulmans qui ont sauvé les Juifs : des justes oubliés

Ces Juifs déportés étaient bien seuls ! A part les «sauveurs» peu nombreux. Le Français était en général passif lors de la déportation des Juifs, cependant il faut avoir à l'esprit l'ambiance de l'époque, l'extrême droite de Doriot le régime de Vichy tout concourt à désigner les Juifs les boucs émissaires et les rares personnes françaises qui sauvèrent les Juifs ont leur nom au mémorial israélien de Yad Vashem les «Justes parmi les nations» ont sauvé des Juifs pendant la guerre, souvent au risque de leur vie. 3.550 personnes ont été formellement identifiées comme Justes par Yad Vashem Le Mémorial de la Shoah, auquel la Fondation pour la Mémoire de la Shoah apporte un soutien financier, a réalisé, à proximité du Mur des Noms où sont gravés les noms des 76.000 Juifs déportés de France, sur le mur extérieur du Mémorial, en hommage aux 2.693 personnes reconnues «Justes parmi les nations» en France. (8)

Même en France, un monument des «Justes parmi les nations» de France a été inauguré par le président Jacques Chirac le 2 novembre 1997 dans la clairière des Justes de la forêt domaniale du Château de Ripaille, sur le territoire de la commune de Thonon-les-Bains en Haute-Savoie. Le 18 janvier 2007, Jacques Chirac et Simone Veil, présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et ancienne déportée, ont inauguré une inscription dans la crypte du Panthéon de Paris, en présence de nombreuses personnalités dont le prix Nobel de la paix Elie Wiesel. Il s'agit de l'«hommage de la Nation aux Justes de France», «Justes parmi les nations» ou héros anonymes qui ont sauvé des milliers de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Le titre de «Justes parmi les nations» a été décerné à cette date à 2.725 Français.

Nous allons dans ce qui suit relever le travail remarquable de «justes algériens» qui ont au péril de leur vie sauvé des Juifs et même des combattants alliés comme FTP Francs-tireurs partisans. Ceci nous est révélé par un document exceptionnel naturellement ignoré à la fois par les autorités israéliennes mais aussi françaises qui ont exclu ces Algériens de l'hommage qui leur est dû. Nous lisons un tract lancé par les émigrés algériens demandant de s'occuper des enfants juifs: «Hier à l'aube, les Juifs de Paris ont été arrêtés. Les vieux, les femmes et les enfants. En exil comme nous, travailleurs comme nous. Ils sont nos frères. Leurs enfants sont comme nos propres enfants - ammarach nagh. Celui qui rencontre un de ses enfants doit lui donner un abri et la protection des enfants aussi longtemps que le malheur - ou le chagrin - durera. Oh, l'homme de mon pays, votre coeur est généreux» - Tract rédigé en tamazigh circulant parmi les émigrés algériens kabyles lors de la rafle des Juifs le 16 juillet 1942 à Paris.

Les émigrés algériens - sous prolétariat français - pendant la colonisation avaient décidé d'aider les Juifs à s'enfuir et les ont cachés. Ce mot «Ammarach nagh», «Ce sont comme nos enfants» traduisant par-là le sacrifice à faire pour sauver des enfants juifs… qui sont comme nos enfants Pour montrer comment 100.000 Algériens de Paris ont traversé la Seconde Guerre mondiale. Aurélie Champagne du site «Rue 89» écrit: «Les temps sont durs. Younès, le héros, vit du marché noir et nourrit sa famille restée en Algérie. Quand il se fait arrêter, il est contraint de passer un marché avec la police vichyssoise: il doit espionner la communauté maghrébine qui fréquente la Mosquée de Paris et son recteur, Si Kaddour Benghabrit. Le jeune homme découvre rapidement que le recteur protège des syndicalistes et délivre de fausses attestations de foi musulmanes à des familles juives. Il rencontre aussi Salim Halali, étoile des cabarets arabes, qui animent la vie festive de l'époque». (9)

En parlant du recteur Si Kaddour Benghabrit, Stora déclare: «Ah ! Que dire de ce personnage... Il est très proche de la cour du sultan du Maroc. Il est recteur, c'est un homme de foi, mais c'est surtout un homme politique. Dans Les Hommes libres, Benghabrit ne protège pas seulement les membres de sa communauté - alors que ‘tout le monde de gauche et l'univers syndical n'existent plus, que plus rien n'existe'. A part le préfet Jean Moulin qui a refusé d'obéir, tous les préfets et toutes les institutions ont accepté de collaborer». Si Kaddour Benghabrit, le fondateur de la Mosquée de Paris, aura dirigé ce lieu religieux durant la période d'Occupation. (9)

Dans le film La Mosquée de Paris, une résistance oubliée, réalisé en 1991, Derri Berkani rapporte que durant la Seconde Guerre mondiale et l'occupation de la France par l'Allemagne nazie, la Mosquée de Paris sert de lieu de résistance pour les musulmans vivant en France. Les Algériens du FTP (Francs-tireurs partisans) avaient pour mission de secourir et de protéger les parachutistes britanniques et de leur trouver un abri. Les FTP ont par la suite porté assistance à des familles juives, des familles qu'ils connaissaient, ou à la demande d'amis, en les hébergeant dans la mosquée, en attente que des papiers leur soient fournis pour se rendre en zone libre ou franchir la Méditerranée pour rejoindre le Maghreb. Le docteur Assouline a comptabilisé 1.600 cartes alimentaires (une par personne) qu'il avait fournies à la Mosquée de Paris pour les Juifs qui y avaient trouvé refuge. A la mosquée, écrit Albert Assouline, il n'y avait pas de limite à l'hébergement (1.732 personnes au total de 40 à 44, les adultes dans les sous-sol, les enfants au-dessus). Des employés de la Mosquée de Paris établirent une série de faux documents, rédigés en graphie turque ancienne, et sauvèrent ainsi une centaine de personnes. Ces faits sont relevés dans l'ouvrage d'Annie Benveniste «Le Bosphore à la Roquette». (10)

Voici le témoignage Annette Herskovits, elle-même «enfant cachée», lors de la Seconde Guerre mondiale: «La mosquée était le lieu de résistance composé de personnes issues de la région montagneuse de l'Algérie, la Kabylie. Le réseau kabyle communique dans leur langue, le berbère, le tamazight, ce qui rendait presque impossible l'infiltration. L'accès aux égouts de Paris était situé directement sous la mosquée, ce qui a fourni une voie pour s'échapper. (…) Une femme a témoigné être sortie de Paris sur une péniche, un Kabyle tenant la barre a pris des fugitifs cachés dans sa cargaison pour le sud de la France. Ainsi de là, les fugitifs pouvaient être introduits clandestinement en Algérie ou en Espagne. Le 16 juillet 1942, la police de Paris a entrepris d'arrêter 28.000 Juifs sur les ordres du gouvernement français collaborationniste de Vichy. Plus de 4.000 enfants âgés de 2 à 16 ans ont été parmi les personnes arrêtées. Le deuxième jour, un tract a été distribué à travers les hôtels misérables où vivaient les travailleurs algériens immigrés. Le tract, en tamazight, a été lu à voix haute pour les hommes pour la plupart analphabètes «Amm arrac nnagh» «Comme nos enfants». (11)

La pitié musulmane pour l'humanité

On remarquera au passage, outre le sauvetage des Juifs, ces «invisibles» faisaient partie de la Résistance. Voilà encore un fait de bravoure à mettre à l'actif de «l'oeuvre positive des colonisés pour la France». Ces Invisibles n'ont que faire de la reconnaissance en tant que «justes; tsadikin» de la part de Yad Vashem. Ils ont fait leur travail dignement en accord avec leur honneur et leur religion. Il ne faut pas croire que ces faits de la part des musulmans est un fait isolé. Pour comprendre cette empathie naturelle des musulmans envers le genre humain et montrer que ce qui est arrivé en 39-45 n'est pas une singularité, rappelons-nous l'exemple de l'Emir Abdelkader. Et sa célèbre phrase quand il sauva plusieurs centaines de chrétiens lors des émeutes de Damas «Mes frères, votre conduite est impie ! Les chrétiens, tant qu'un seul de ces vaillants soldats qui m'entourent sera debout, vous ne les aurez pas, ils sont mes hôtes». (12)

On sait que la Turquie fut sommée de livrer les Juifs étrangers. Nous voulons rapporter le dévouement admirable d'un consul turc en France qui prit tous les risques. C'était en mars 1942. Son père Beli Arbel exerçait alors les fonctions de consul général de Turquie à Marseille. «Un jour, quelqu'un que je ne connaissais pas est venu voir mon père et lui a dit qu'il fallait qu'il se rende en Corse». Beli Arbel part sans hésiter et traverse la mer avec sa femme et son fils. (...) Alors qu'il vient d'arriver en Corse en ce printemps 1942, le petit Niel ignore tout des activités de son père, il a bien d'autres jeux en tête. Son père, lui, disparaît le matin en voiture et rentre le soir. Sa tournée doit rester discrète. Dans sa serviette, des passeports vierges à l'intention des Juifs de Corse qui devront faire l'objet d'une mesure de comptage par les autorités de Vichy. Sinistre besogne qui présage un départ sans retour pour l'Allemagne. Or, du fait que la Turquie reste neutre dans le conflit, les Juifs devenus citoyens turcs par naturalisation se retrouvent de facto «immunisés» par ce passeport dûment délivré par le consulat général de Marseille dont dépend la Corse, et par voie de conséquence, sauvés de la déportation qui s'intensifie depuis 1941. Les deux représentants de la République, le préfet de la Corse Paul Balley à Ajaccio et à Bastia le sous-préfet Pierre-Henry Rix prêtent leur concours attentif. (13)

Pïerre-Henry Rix confirme la naturalisation des Juifs de Corse au cours d'entretiens qu'il a eus en 1947 avec le général de Gaulle à La Boisserie. Il écrit: «Je lui ai raconté comment, grâce au chargé d'affaires permanent de Turquie à Vichy, M. Bedi Arbel, dans l'après-midi du 21 mars 1942, tous les Juifs de mon arrondissement furent dotés de la nationalité turque… Ainsi, quelques semaines plus tard, l'envoyé de Vichy pour les affaires juives repartait bredouille». Dans son journal, Pïerre-Henry Rix, le sous-préfet de Bastia indique qu'il avait fait part au consul de Turquie de «certaines menaces» pesant sur les Israélites de son arrondissement. Tous les Juifs de la région de Bastia deviennent ottomans «(…) je lui ai cédé tous les Israélites de mon département, qui vont être déclarés sujets ottomans et qui échapperont à ce titre aux mesures vexatoires dictées par Vichy». (12)

Dans la seule région de Marseille, le chiffre de 20.000 passeports est avancé. Le consul Beli Arbel disposait également de laissez-passer turcs pour traiter les cas les plus urgents. (…) Pour autant, grâce à ces vrais-faux passeports portant le sceau officiel de la Turquie et avec l'aide de l'administration française, la Corse n'a pas livré ses Juifs, contournant ainsi d'habile façon les lois de Vichy. Niel Arbel, le fils du consul, se dit fier de l'attitude de son père durant la guerre. Car «celui qui sauve une vie sauve l'humanité tout entière». (13)

On sait qu'en 1943, l'Allemagne occupe l'Albanie. Les Albanais refusent aussi de donner les listes de Juifs albanais et étrangers. Ils les cachent, les intègrent à la population, leur apprennent les travaux des fermes ou les emploient dans leur petit commerce. «Nous étions des musulmans très pratiquants. C'était évident qu'il fallait aider les gens en difficulté et inconcevable de dénoncer des Juifs». «Dans notre foi musulmane, sauver une vie c'est gagner le paradis. BESA est un fruit de Coran». «Tous ceux qui frappent à ma porte sont une bénédiction de Dieu». On estime de 600 à 1.800 Juifs réfugiés dans ce pays, souvent en route pour la Palestine. (14)

Le devoir des dirigeants maghrébins

Le Maghreb a fait son devoir vis-à-vis des Juifs, notamment maghrébins. On dit que «Mohammed V était consterné par les lois raciales de Vichy. Les sujets juifs de Sa Majesté sont définis par leur foi et non par la race. Le roi entre publiquement en dissidence, selon une note du Quai d'Orsay, lorsqu'il déclare aux notables juifs invités à la fête du Trône «Je n'approuve nullement les nouvelles lois anti-juives et je refuse de m'associer à une mesure que je désapprouve. Il n'y a pas de Juifs il n'y a que des sujets marocains», avait répondu le roi au représentant de la France de Vichy avant de l'inviter à prévoir 150 étoiles jaunes pour la famille royale si cette disposition venait à être adoptée. Refusant tout contact avec l'administration, il invita ostensiblement tous les rabbins du Maroc à la fête du Trône en 1941», rappelle Serge Berdugo. (15)

Un autre Juste méconnu :

Le professeur Ali El Okbi, médecin en 1941, rejoint en 1941 l'hôpital franco-musulman de Bobigny (…). Dès 1941, pendant l'occupation allemande, l'hôpital devient un centre de soins pour les résistants malades, organisé autour du docteur Ali El Okby et d'Ahmed Somia qui hospitalise les cas médicaux dans le service de pneumologie. André Meunier, interne en chirurgie, Alice Rollen, la pharmacienne, Abdelhafid Haffa, le concierge, et Georgette, son épouse, participent à cette activité avec la complicité active ou passive du personnel paramédical. Cette activité clandestine finit par se transformer en un groupe, la «Résistance hospitalière», lié d'abord puis intégré à la «Résistance de Bobigny et des communes voisines». De plus, Ali El Okbi faisait parti du réseau «Etienne». Ainsi de nombreux résistants, des soldats alliés, des évadés, des Juifs et des réfractaires au service du travail obligatoire (STO), décrété en 1943 par Vichy, menaçant des milliers de Français de partir en Allemagne, ont trouvé refuge et protection à l'hôpital Bobigny et échappé à la milice de Vichy et à la Gestapo, grâce à l'action responsable et courageuse des médecins de Bobigny. Ces derniers ont mis également leurs compétences médicales au service de la population locale, durement touchée par les privations de l'occupation et ont ainsi permis l'ouverture de l'hôpital à tous, sans distinction d'origine ou de religion. Au lendemain de la libération de Paris, en 1945, en reconnaissance de sa qualité de Résistant et de son assistance aux soldats alliés, Si Ali reçoit deux attestations décernées l'une par le général Dwight Eisenhower, commandant en chef des forces alliées en Europe, l'autre par son adjoint, le Britannique Arthur William Tedder. Pour les mêmes raisons, la médaille de chevalier de la Légion d'Honneur lui est attribuée, le 27 août 1954».(16)

Est-ce par empathie que l'Etat d'Israël demande justice ou exploite-t-il le filon de la culpabilité ad vitam aeternam de l'Occident, se voulant seul attributaire des millions de dollars de «réparation» à l'endroit des rescapés des camps de la mort ? La réalité est tragique: «En Israël, des dizaines de milliers de survivants de l'Holocauste vivent sous le seuil de pauvreté. C'est ce que révèle le quotidien Haaretz daté du 24 avril dernier. Selon ce journal, 66% des survivants de l'Holocauste vivraient avec moins de 3.000 shekels par mois (soit environ 600 euros) Un tiers d'entre eux vivent seuls, ne disposant par conséquent d'aucune compagnie. Yediot Aharonot ajoute que sur les 193.000 survivants de la Shoah vivant en Israël, 50.000 vivent dans la pauvreté et 1.000 meurent chaque mois». (17)

On peut admettre que les Israéliens et non les Juifs reconnaissants ont intérêt à minimiser l'apport des musulmans qui ont sauvé les Juifs d'une mort certaine, Cependant, on ne peut pas comprendre que personne parmi les historiens n'ait essayé de comprendre pourquoi les musulmans des trois continents (Europe, Asie, Afrique), ont été amenés, certaines fois au péril de leur vie, à sauver des Juifs abandonnés à la machine de mort allemande. Les «Justes» musulmans oubliés ? Pourquoi ces indigènes n'ont pas vu leur nom dans le Mémorial français de la mémoire de la Shoah Ces musulmans qui ont aidé à alléger les souffrances des Juifs au moment de leur détresse n'attendent pas de médaille. Ils ont fait ce que leur conscience, leur tradition de secours aux malheureux, et leur religion leur ont dicté». (18) C. C. E.

* Professeur - Ecole Polytechnique Alger

Notes :

1. http://www.lexpress.fr/actualite/politique/rafle-du-vel-d-hiv-emmanuel-macron-dans-les-pas-de-jacques-chirac_1927718.html

2. Ph. Huysmans http://www.levilainpetitcanard.be/articles/edito/responsabilite-de-la-france-rafle-du-veldhiv_1506532087 (2)

3. https://francais.rt.com/international/41231-antisionisme-antisemitisme-shlomo-sand-macron

4. Sylvain Cypel Orient XXI, Sylvain Cypel, 19-07-2017

5. C.E. Chitourhttp://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/une-verite-a-marteler-l-182110

6. Eric Hazan http://www.liberation.fr/debats/2016/05/04/le-boycott-d-israel-n-est-pas-de-l-antisemitisme_1450552

7. http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=TA&language=FR&reference=P8-TA-2017-0243

8. https://fr.wikipedia.org/wiki/Juste_parmi_les_nations

9. Aurélie Champagne: http://www.rue89.com/2011/09/27/les-hommes-libres-lhistoire-oubliee-des-arabes-occupes-22366527/09/2011

10. http://mosquee-de-geispolsheim.over-blog.org/article-la-mosquee-de-paris-une-resistance-oubliee-1940-44-54521608.html 27 juillet 2010

11. http://kabylemag.com/2011/09/25/ces-kabyles-qui-ont-sauve-des-juifs-des-nazis/24.10.2006

12. Pierre-Henry Rix :Par le portillon de La Boisserie. Nouvelles Editions Latines. 1974

13. http://www.corsematin.com/article/papier/mars-1942-les-juifs-de-corse-sauves-par-un-passeport-turc 10 septembre 2011

14. http://www.un-echo-israel.net/Des-Musulmans-sauvent-des-Juifs le 24 janvier

15. http://dafina.net/forums/read.php?48,95361 95478.

16. http://www.leaders.com.tn/article/2496-professeur-ali-el-okbi-15-juillet-1916-29-mai-1984

17. http://fr.sott.net/article/20938-50-000-survivants-de-la-Shoah-meurent-de-faim-en-Israel

18. http://www.legrandsoir.info/an-nom-des-valeurs-humanitaires-de-l-islam-les-musulmans-qui-ont-sauve-les-juifs-des-massacres-d-hitler.html