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Plaidoyer pour la langue arabe (Suite et fin)

par Maaradji Mohammed

Quand les autres nations se mettent à étudier l'arabe pour approfondir leur relations avec les pays arabes, certains mercenaires nous disent qu'il faut étudier la daridja. Mais la daridja a toujours été parlée localement avec des spécificité régionales : l'Oranie, Tlemcen, Chlef, Sétif, Constantine. Et la daridja n'a jamais été une langue de littérature et de recherche scientifique. Sur quelle référence bibliographie s'appuierait-on pour traiter un sujet scientifique ? La daridja est un dialecte, seulement parlé et non écrit. Donc, celui qui parle de daridja veut nous mettre à la case des analphabètes qui n'ont aucune histoire culturelle, qui n'ont pas de langue ; cela est insupportable pour une langue qui a presque 20 siècles d'existence et qui a un patrimoine littéraire encore vivant même quand nous parlons de la période antéislamique. En effet, si on parle d'Antar Ibn Chadad ou de Chanfara ou d'Imrou El Qaïs, nous parlons de poètes arabes. Tout cela c'est notre patrimoine littéraire arabe, écrit dans la langue arabe qui est notre langue maternelle.

Ibn El-Haytham, Ibn Sina, Ibn Khaldoun, Al Khawarizmi et j'en passe, ont écrit en arabe et enrichi la civilisation universelle. Nier l'importance de la langue arabe dans la civilisation universelle, c'est nier l'existence et l'apport de ces grands savants qui conservent encore aujourd'hui leurs noms et leurs bustes dans les grandes universités européennes comme la Sorbonne ou Oxford par exemple.

Et on vient maintenant à faire la fine bouche et nous parler de l'islamo-sacralité de la langue arabe. La sacralité n'a jamais été une affaire d'homme. Cela se passe entre Dieu et la langue, support de la religion de Dieu. Il ne nous appartient pas de la défendre car il est dit dans le saint coran : Nous avons fait descendre le dhikr (Coran) et il nous appartient de le protéger.

Eh bien, nous ne sommes pas en panne et nous ne sommes pas collectivement coupables, comme le stipule monsieur Touhami Rachid Raffa qui ne mérite pas de porter le prénom de Rachid à l'instar du roi Haroun Rachid qui effraya Charlemagne en lui envoyant une pendule dont le tic-tac fit dire au roi français perturbé : «Sortez-moi ce diable» car il ne pouvait concevoir qu'il y ait de la vie dans un objet. Nous ne faisons pas semblant d'être arabophones, nous sommes arabophones depuis des siècles et nous sommes fiers de l'être et fiers d'appartenir à la langue du « Dhad » Ö et enfin d'appartenir à la langue du monde arabe et nous sommes pleins de bonheur de faire partie des 500 millions de personnes arabes qui parlent cette langue et qui sont fières de le faire à l'instar de Hafidh Darradji, d'Al Mutanabbi, de Moufdi Zakaria et la langue support de l'islam, religion de 2 milliards de musulmans, n'en déplaise aux détracteurs et aux mercenaires des croisades modernes.

Monsieur Touhami parle du maghribi qui est une daridja et ne saurait jamais remplacer l'arabe de Haroun Rachid qui a donné un grand essor à la civilisation et au progrès de l'humanité en encourageant les arts et les lettres. La daridja ne remplacera jamais ni le fonds culturel ni le fonds scientifique qui constitue notre patrimoine historique auquel nous appartenons malgré nous. Nous sommes fiers d'être des éléments dans cet immense corpus civilisationnel. Ceux qui veulent effacer tout cela, ne peuvent être qualifiés que de criminels à la solde de l'impérialisme. Ceux qui veulent le maghribi comme langue de remplacement de l'arabe veulent nous faire revenir au moyen-âge ou veulent nous faire revenir à la langue du colonisateur car le dialecte n'a jamais été porteur de sciences ; c'est du folklore tout simplement ! Il ne peut prétendre accéder à la langue littéraire raffinée, universelle et éternelle.

Je cite Monsieur Touhami, « on continue à enseigner à toutes et à tous cette langue dont l'usage imposé par le haut est très restreint dans la société… » Je précise à Monsieur Touhami que l'usage de la langue arabe a été interdit à l'école française et il a fallu que l'association des Ulémas, sous la direction de Ben Badis (l'Amazigh), crée des centaines d'écoles de langue arabe que le peuple arabe a financées par ses cotisations et ses dons qui ont également fourni des salaires aux enseignants de ces écoles libres.

Là je m'arrête pour dire à monsieur Touhami que l'arabe n'a jamais été imposé par le haut. C'était une demande du peuple algérien arabe qui parle sa langue maternelle dont il a été sevré pendant 132 ans et dont il a réclamé le retour de son enseignement à l'école comme cela se faisait du temps des Hammadides à Bejaia qui a reçu dans ses écoles et son Université, au moyen-âge, tant de princes et de princesses européens qui venaient y faire des études.

Tous les Français ne parlent pas le français littéraire ou scientifique mais l'argot ou ce que les linguistes appellent un idiotisme (dérivé d'idiome). Oui l'arabe n'a jamais été imposé par le haut, par le pouvoir. C'est notre langue officielle. De ce fait, à l'indépendance, elle a occupé sa place naturelle de langue du peuple arabe et des Amazigh arabisés par l'islam à l'instar d'Ibn Badis, de Othman Saadi, de Mouloud Kacem, de Tarik Ibn Ziad et de Moufdi Zakaria. Ce dernier constitue à lui seul un jardin fleuri de la langue arabe.

En France, le breton a été reconnu par le France comme langue des Bretons et a été enseigné en Bretagne, mais n'a jamais été généralisé à toute la France au dépens d'une langue étrangère fût-elle la langue arabe qui est enseignée à la Sorbonne et qui possède d'éminents orientalistes tels que Vincent Monteil, Jaques Berque et autres Roger Garaudy et Massignon.

Oui le breton est une langue régionale comme le corse, le provincial, mais le français reste la langue commune de tous les Français, y compris les Bretons car un diplômé en breton ne peut pas prétendre à une place dans l'administration. Il faut avoir un diplôme en français pour obtenir un travail.

L'opposition arabe/berbère n'a existé que dans l'imagination de certains monolingues francophones et dans les salons de la conspiration et de l'hypocrisie. En effet, en Algérie ce sont les Berbères qui ont enrichi la langue arabe par des travaux éminents. Je cite seulement Moufdi Zakaria. Ce mozabite qui a ébranlé le colonialisme français par l'hymne national «Kassamane» et par «Ilyadate El Djazair» est un des poètes arabes les plus prestigieux. Ses recueils de poésie sont enseignés dans toutes les universités arabes et font la joie des adolescents dans les lycées du monde arabe et dans les universités de ces mêmes pays. Ces fabuleux hommes de lettres n'ont pas écrit en daridja. La daridja, que je sache, est un dialecte local et l'arabe est une langue universelle et nous la possédons mieux que tous les autres pays arabes malgré toutes les tentatives du colonialisme français pour acculturer les Algériens et pour semer la zizanie entre Arabes et Kabyles mais ceux parmi les Kabyles qui ont bien étudié l'arabe sont conscients de l'importance de cette langue en Algérie et dans le monde. Ce n'est pas une langue morte comme prétendent certains détracteurs. Son support humain est d'une très grande fécondité et prédit un avenir resplendissant pour ses locuteurs. Quant à la daridja, elle reste toujours la langue de l'épicier et du marchand de légumes du coin. L'intellectuel francophone qui ne connaît pas la langue arabe est pour moi un analphabète, car c'est une langue qui a une production considérable d'information et de recherche scientifique. En effet, les Japonais ont dit que celui qui ne connaît pas l'informatique au 21ème siècle est un analphabète. Je dirai autant, pour ma part, de celui qui ne connaît pas la langue arabe. Car cette langue est malgré tout enseignée dans une centaine d'universités en Algérie et peut-être un millier d'universités ou plus dans le monde arabe. Et sur ces millions d'étudiants, il y aura certainement des prix Nobel et des inventeurs qui vont faire avancer les sciences dans le monde. Oui, nous avons une masse considérable d'étudiants dans le monde arabe et donc un potentiel sans commune mesure avec la langue française, car celle-ci est entrée dans un cycle de déclin par rapport à l'anglais, au chinois et à l'arabe qui est une langue en plein essor malgré toutes les conspirations et les querelles intestines.

Le potentiel de la langue arabe la portera vers des sommets insoupçonnés et enrichira son corpus scientifique par des inventions profitables à l'humanité.

Le français littéraire n'est parlé ni à Paris, ni à Marseille, ni dans toutes les grandes villes de France. On parle l'argot dans les rues françaises, mais on écrit le français dans les journaux et on parle le français dans les télévisions et radios. Nos milliers de journalistes arabophones parlent une langue arabe châtié et strictement conforme aux règles grammaticales, morphologiques et syntaxiques. Nous sommes renommés pour notre rigueur et notre bonne diction et notre phonétique stricte non aliénée aux déformations locales.

Monsieur Touhami parle comme si tous les pays arabes parlent leur dialectes dans leurs chaînes télévisées et leurs radios, alors peut-être que sa grand-mère suit des feuilletons sur MBC ou M2 marocain ou même Nessma Maghrébine et n'a nullement besoin qu'on lui fasse une traduction pour comprendre.

Monsieur Touhami, vous êtes pour moi un mercenaire tombé droit du ciel au secours de la langue française, sinon pourquoi faire miroiter les bienfaits d'un attachement à la francophonie parce que nous sommes le second pays qui parle le français, après la France. Je l'ai dit plus haut, le français est pour nous Algériens un butin de guerre et nous l'utilisons en tant que tel et non en tant qu'appartenance à la francophonie. Déjà les générations montantes sont plus fortes en anglais et étudient d'autres langues européennes comme l'allemand, l'espagnol et l'italien mais aussi le russe et le chinois.

« … et la caravane passe ». La caravane de la langue arabe passe n'en déplaise à ceux et à celles qui pensent qu'elle est stérile et qu'elle est incapable de porter des fruits pour l'humanité dans les sciences et dans les arts.

La langue arabe a été une langue féconde et gardera cette fécondité de manière éternelle.

Dans tout cela, nous ne parlons pas de religion car le Coran, c'est le livre de Dieu et c'est Dieu qui se charge de sa protection. Quant à la langue arabe, ce sont ses locuteurs qui la remplissent de vie et la font rayonner dans le monde par leurs efforts et leur participation à la civilisation humaine, n'en déplaise à ses pourfendeurs !

Oui, la langue arabe continuera son chemin, portée par son histoire millénaire et ses hommes valeureux qui lèvent son étendard très haut au firmament.

Pour conclure, je dois avouer que la langue arabe n'est pas seulement la langue dans laquelle le Coran a été révélé, c'est aussi la langue de milliers de journalistes, de milliers d'écrivains de milliers de films, de millions de locuteurs dans les écoles, dans les lycées, dans les universités.

On la parle dans les hôpitaux pour exprimer les douleurs et les souffrances, pour exprimer les joies dans les réjouissances ; oui la langue arabe, c'est tout cela et encore plus ; ce n'est pas une langue morte ; c'est elle la sève de la vie humaine en général et arabe en particulier. Oui, la langue arabe c'est Avicenne, Averroès. Ibn El Haytham, Al Khawarizmi et tant d'autres hommes illustres auxquels la civilisation humaine est redevable de ses grandes avancées.

Oui, la langue arabe c'est la langue du zéro, de l'algèbre, des algorithmes et de l'essor des mathématiques, de la physique et de la médecine, sans parler de l'astronomie et de l'astrophysique.

Donc, finalement, la solution réside dans le fait que les francophones se mettent, sans tarder, à l'étude de la langue arabe pour cesser de dénigrer une réalité criarde, criée par plus de 500 millions d'arabes. Quand je dis arabes. Cela signifie ceux qui parlent l'arabe, car Avicenne n'est pas Arabe de naissance, mais Arabe d'appartenance à une civilisation. Ben Badis n'est pas Arabe de naissance, mais il appartient à l'arabité civilisationnelle, et Hafidh Darradji n'appartient pas à l'Algérie mais à tous ceux qui pratiquement la langue arabe comme lui et auxquels il adresse ses commentaires sportifs si bien dits en arabe et compris de l'océan Atlantique au Golfe arabique (persique).