Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Une «déflation en Occident nécessaire» nonobstant les souhaits des économistes et prix Nobel

par Medjdoub Hamed *

Aussi avant d'arriver au problème de la déflation, il est nécessaire de parler d'abord de l'économie en général. Dans toute économie, comme je l'avais écrit dans une de mes contributions, les échanges de richesses entre nations conditionnent, d'une manière générale, leur croissance économique. Plus il y a des échanges, plus les richesses augmentent par un effet d'entraînement des intérêts des uns et des autres qui aspirent à une croissance économique, à un mieux-vivre sur le plan emploi, logement, aisance financière, etc. Il n'y a donc croissance que si les pays, en échangeant, y trouvent un intérêt mutuel. Un optimum est réalisé s'il est à la fois favorable et complémentaire pour tous.

Prenons, par exemple, «l'Europe et confondons-la pour les besoins de la démonstration avec tout l'Occident». Si l'Europe, qui détient la seule monnaie de réserve et de compte internationale, dans le système économique entre nations, importe le strict nécessaire de matières premières pour sa production interne des autres pays du monde, et n'exporte aussi de biens et services que le strict nécessaire pour financer ses importations, il résulte que « les réserves de monnaies détenues par les pays du reste du monde via leurs exportations ne servent qu'à financer leurs importations avec l'Europe ou entre les pays du reste du monde avec la monnaie européenne». Dans ces échanges avec l'Europe, ces pays n'ont pas de réserves de changes internationales disponibles ou très peu puisque toutes sont utilisées ou vont l'être pour financer leurs produits importés.

D'autre part, vu la raréfaction des crédits que l'Europe octroie au compte-goutte à ces pays, il reste que ces pays du reste du monde ont des difficultés pour échanger entre eux. Donc, ils seront amenés à compenser ce gap de monnaies européennes par le troc, évidemment au prix des matières premières et des produits finis qui se pratiquent sur les marchés internationaux.

Des «réserves de changes très limitées» rendent une situation très préjudiciable tant pour l'Europe que pour les pays du reste du monde. Les soldes commerciaux tant de l'Europe (que de l'Occident qu'elle représente) que du reste du monde sont «donc équilibrés à nuls voire négatifs». Dans cette étroite marge dans le rapport importation-exportation, l'émission parcimonieuse des liquidités monétaires par l'Europe a un impact négatif considérable sur l'économie internationale. «Une paupérisation constante et en extension à l'ensemble des pays du reste du monde qui ne disposent pas de monnaies internationales, et un étouffement de l'économie occidentale». Faiblesse dans la création d'emplois, dans les investissements et les débouchés pour l'industrie européenne comme pour les matières premières et énergie des pays du reste du monde qui ne trouveraient pas emplois à cause de l'insuffisance de la monnaie. Les transactions sont limitées et, de ce fait, une faiblesse de création de richesses.

Evidemment, dans la réalité, il n'y a pas l'Europe seulement mais un Occident avec les États-Unis au centre du système, l'Europe (zone euro), le Royaume-Uni, le Japon, et le reste du monde qui lui est tracté par ces grands pays développés. Et cette traction, il faut le dire, est aussi payante pour l'Occident. Evidemment, il y a un degré de complexité dans le système économique mondial, mais en réalité, il ne l'est qu'en apparence. L'humanité est un grand corps humain où tous les organes, c'est-à-dire toutes les économies-monde, sont liés d'une manière ou une autre et interagissent entre eux. Et c'est cela qu'il faut comprendre. Comme il en va pour toutes les politiques monétaires des Banques centrales du monde. Toutes interagissent entre elles. Et pour parler «du phénomène de la déflation qui est apparu aujourd'hui», qui est la conséquence même des politiques monétaires menées aujourd'hui par les grandes puissances – et la Chine y joue un rôle central bien plus grand que les États-Unis - il demeure que la «déflation est nécessaire» nonobstant les souhaits des prix Nobel. Aussi étrange soit-elle, une «déflation» en cours aujourd'hui est aussi «nécessaire» que ne l'a été une «inflation» tout aussi «nécessaire» dans les années 1970. D'autre part, et c'est cela qui est incroyable, il faut encore le redire et que nous aurons à le démontrer. Ce ne sont pas les politiques monetaires americaines et europeennes qui orientent aujourd'hui la marche du Monde mais bien la politique monetaire de la Banque de Chine.

Et qu'au final, l'Allemagne qui a une grande influence sur la politique monétaire de l'Institution européenne de Frankfort ne fait que se conformer à la conjoncture économique mondiale. En d'autres termes, les Banquiers centraux du monde ne font que répondre au besoin des conjonctures historiques. Et cette conjoncture historique, qu'on l'accepte ou non, a pour «moteur principal, la Chine qui est en train d'influencer les politiques monétaires occidentales». Ce qui explique une «tendance déflationniste simultanée aux États-Unis, en Europe et au Japon».

Pour terminer cette partie de l'analyse, «une inflation ou une déflation relèvent de conjonctures historiques et s'érigent comme réponse, ou solution à une situation donnée de l'économie mondiale, que les économies du monde ont générée dans une étape de leur histoire». Par conséquent, il faut replacer dans leur contexte historique si l'on veut comprendre des phénomènes économiques et monétaires «non voulus mais non moins nécessaires».

*Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale, Relations internationales et Prospective.

Suite et fin

Note :

5. «L'«attaque baissière du baril de pétrole 2014-2015», une stratégie de haute voltige des États-Unis dans une volonté de revanche sur l'Histoire?» (10ème partie), par Medjdoub Hamed, 26/03/2015. www.sens-du-monde.com, www.agoravox.fr

6. «Le dollar US et les «Forces historiques inattendues». Irruption et nécessité du pétrole, un catalyseur anti-crise», (9ème partie), par Medjdoub Hamed, le 21 mars 2015. www.sens-du-monde.com, www.lequotidien-oran.com, www.agoravox.fr

7. «L'or, un enjeu mondial. Pourquoi l'Algérie, pour sa sécurité, doit augmenter ses réserves d'or ?» (8ème partie), par Medjdoub Hamed, le 14 mars 2015. www.sens-du-monde.com, www.lequotidien-oran.com, www.agoravox.fr