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L'utilité des sciences humaines et sociales

par Yazid Haddar

Si le débat en France s'est focalisé, à cette rentrée scolaire, sur le contenu de l'histoire et la charte de la laïcité, en Algérie l'actuel premier ministre s'interroge sur l'utilité des sciences humaines et sociales.

Ainsi il confirme ce qu'il a déclaré le président de la république lors de sa visite à l'université de Tlemcen en 2008 : L'avenir se fait avec les sciences exactes et non avec les sciences humaines, a-t-il déclaré ! Son questionnement aurait pris un sens et une légitimité s'il s'est interrogé sur le contenu enseigné dans ces disciplines, c'est-à-dire, les sciences humaines ! Ce raisonnement, n'est pas un cas isolé, car c'est un raisonnement assez répondu dans notre société. Je l'ai vécu moi-même lorsqu'un membre de ma famille, en me regardant lire un essai de philosophie, il m'avait interrogé sur l'utilité de lire des romans ou des ouvrages de philosophies et je pense que chaque lecture a une anecdote à raconter sur ce sujet. Selon Marcel Conche, la plupart des activités auxquelles s'occupent les hommes sont contingentes, car ils ne les exercent pas en tant qu'hommes s'interrogeant sur leur propre condition et ce que c'est qu'être homme, mais en tant qu'ayant tel ou tel métier, jouant tel ou tel rôle dans la société (...). Ceci dit, les sciences humaine apporte des interrogations (et elle nous pousse à s'interroger) sur le sens de l'activité et sur les conditions de sa réaliser. La technique est l'aval d'une pensée et qu'elle-même soumise à un mécanisme et à des règles de raisonnement et de logique. De ce fait il est impossible de dissocier les sciences humaines de sciences exactes (ou des sciences dures). Si la technologie est au service de l'homme, elle lui facilite la vie (la communication, la santé, etc.), les sciences humaines sont les outils de la pensée de l'Homme (la philosophie, la sociologie, l'anthropologie, etc.). Autrement dit, toute action est précédée par la pensée, et cette dernière ne peut évoluer sans les sciences humaines et sociales !

La politique dévore tous nos débats au café, avec les amis et dans les pages de nos journaux ne laissent guère de place à d'autres interrogations qui sont très importantes et méritent l'attention. Prenant, le cas de l'histoire son enseignement et le contenu des livres scolaires d'histoire. Peut-on envisager, qu'un jour, de se remettre en question et de s'interroger sur le sens que nous voulons lui donner. Sortir de ce discours officiel, qui n'a aucun empreint de la réalité historique. Ce flou laisse des zones sombres, mais aussi des vides dans notre propre identité ! Il est inconcevable qu'à ce jour la question de l'identité reste offusquée et confisquée par une idéologie ignorante de son propre enracinement ! L'enseignement de l'histoire en Algérie doit être révise dans son ensemble et pas uniquement au niveau pédagogique, mais aussi au niveau de fait historique. Ceci n'est qu'un exemple parmi d'autre où l'enseignement des sciences humaines doit subir des réformer en profondeur. Cependant, les sciences humaines deviennent inutiles lorsqu'elles ne produisent pas de la pensée, lorsque l'imaginaire est prédéterminé dans un cadre limité, lorsqu'on sacralise l'ignorance au profit de l'intelligence, lorsque le libre arbitre est quasi-absent de la pédagogie d'enseignement et l'exercice et/ou l'expression de la pensée, lorsque tous les éléments de l'échec se réunissent forcement la discipline s'affaiblisse. Cependant, l'Algérie a réellement besoin des philosophes et des sociologues, des psychologues, etc., pour s'interroger sur l'échec de nos réformes successives, qui le fruit d'un échec de la pensée algérienne…