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Par le son et par l'image

par Slemnia Bendaoud*

Les dernières inventions dans le domaine des techniques de communication ont révolutionné le monde. L'apport du téléphone portable,

de l'internet, du micro portable, du facebook, twitter et autres supports est devenu déterminant dans la vie citoyenne.

Le monde n'est désormais réduit qu'à une seule page électronique, laquelle rapproche davantage entre eux les peuples et réduit considérablement le temps et surtout les distances entre les pays et leurs continents. Mieux encore, le «live» introduit avec force cet aspect de l'«instantanéité» de l'évènement et de l'information de manière générale dans nos mœurs et coutumes quotidiennes.

Et lorsque au sein du seul appareil téléphonique (le portable en l'occurrence) plusieurs fonctions s'y retrouvent pour l'occasion réunies pour la bonne cause de l'information, son propriétaire ne peut être qu'un journaliste en puissance, muni de tout cet arsenal didactique dissimulé entre ses propres mains ou à l'intérieur même de sa petite poche ! Bien plus que cela: il fait office d'une véritable agence d'information en devenir.

Décidément le monde de l'information et des télécommunications prend forcément son monde de vitesse. Ainsi, l'image comme le son sont transmis systématiquement, en perpétuels mouvements comme si on y était, à l'heure de l'évènement, sur ces mêmes lieux comme véritable acteur ou tout simple spectateur! Le monde à présent bouge.       Et avec lui, c'est tout son environnement politique, économique et culturel qui se met en mouvement… Ces jeunes du facebook prennent désormais une bonne longueur d'avance sur leurs médiocres gouvernants et leurs archaïques moyens de communication. Au moment où les premiers réalisent ces extraordinaires prouesses de l'«instantané», ces derniers s'accrochent comme jadis et autrefois au différé, au ressassé et à cette information souvent périmée.

Ainsi, beaucoup de pays arabes réalisent enfin-à leurs dépens comme toujours- que la science comme vaste domaine de la connaissance leur a ôté le monopole de l'information dont ils jouissaient et donnaient toutes ces courbes et autres trajectoires favorables aux gens du pouvoir. Cette nouvelle technique exclut de facto la censure qu'ils brandissaient comme moyen de répression contre leur peuple. La paire de ciseaux n'a plus encore raison d'être citée au chapitre. Elle se trouve entre-temps dépassée par les évènements et surtout par le progrès de la science qui vient de détruire cette manière assez opaque de faire dans l'information. Par conséquent leur chaine de télévision n'est plus regardée, parce que peu ou pas du tout crédible. Leurs journaux, ceux étatiques ou publics surtout, ne sont plus lus également, parce que souvent placés «en hors champ» et en net déphasage par rapport à l'actualité.

Le boycott est parfois général. L'abandon de ces média est ainsi doublement motivé.

Mieux encore, pour mieux s'informer de ce qui se passe réellement dans le pays, on préfère zapper chez le voisin afin de connaitre cette vérité longtemps tue ou astucieusement instrumentalisée à la maison.

Al Jazzera, à elle seule, constitue donc ce pôle d'attraction préféré, cette destination toute indiquée…

Malgré l'évolution rapide des techniques de communication, nombreux étaient ces pays arabes à vouloir toujours faire dans cette rétention de l'information, oubliant tous ces innombrables raccourcis opérés au travers ces téléphones portables et autres chaines satellitaires étrangères, assurant tous ces relais. Encore une fois la traditionnelle technique du mensonge aura été bel et bien vaincue, intelligemment mise en échec pour échouer sur ce seul terrain de vérité. Plus grave encore, ces gardiens du temple se trouvent être de fait court-circuités, pris de vitesse ou carrément en position de «hors-jeu» !

Les séquences les plus révélatrices de ce phénomène, magistralement menées sur le terrain par des journalistes-amateurs ne sont-elles pas celles qui symbolisent à merveille ce combat immortel et ces images gravées pour la vie, parlant toutes d'elles-mêmes et mieux expressives que tout autre reportage solennel et officiel.

Car dans son cliché, l'image est très nette, bien sobre pour dire « vrai », d'autant plus qu'elle véhicule un évènement important dans la vie des peuples et nations, reléguant aux poubelles de l'histoire ces dictateurs, tyrans de leur état.

C'est à travers ces nombreux appareils et innombrables gadgets que les peuples se prennent eux-mêmes en charge et arrivent à bien communiquer entre eux. Ainsi, au travers de ces évènements assortis de ces images en live bien claires et très nettes, ils mettent en défi les tenants de l'information officielle de bien communiquer. De revenir à l'image réelle… ! Résultat : munis de tout cet arsenal de moyens de communication, les régimes arabes se trouvent être bien exclus « du champ médiatique » de leur société civile. Ils ne peuvent donc que vivre en autarcie, à la solde de leur médiocre politique, dans leur petit et inaccessible royaume et surtout bien loin de la vérité.

Ils se seraient fait exclure d'eux-mêmes pour avoir tout le temps prôné le mensonge comme mode de communication, produit l'insensé comme facteur de persuasion, et diffusé des contre-vérités comme arguments de justification.

La preuve (contraire à leur discours celle-là) vient de leur être fournie et brandie par le son et par l'image. L'auteur n'est autre que ce peuple offusqué, opprimé, conspué et longtemps marginalisé. Sinon à jamais battu, meurtri et terrorisé dans sa propre partie ! Depuis janvier 2011 bien des dictatures arabes sont tombées. Leur régime est en voie de l'être. La démocratie y est en train de naitre. Bien souvent aux forceps ! Avec Kadafi, El Assad et Ali Abdellah Salah, la donne s'est depuis beaucoup compliquée, mais le combat continue toujours vers cette même voie du salut. Ces derniers font de la résistance à leur peuple déchainé, prenant en otage qui sa tribu qui son compagnonnage. Mais le plus important est que leur peuple résiste toujours et encore à leurs soubresauts, à leurs assauts et à leur supposé ascendant réalisé à la manière de cette dernière carte à jouer afin d'espérer encore sauver tout un règne d'une tempête annoncée, forcée et bien lancée. Prendre en otage son peuple en tentant de censurer l'information n'est plus de mise à présent que cette même information circule à la vitesse du son et que le citoyen bien modeste et parfois quelconque peut bien être son véritable pourvoyeur à tout moment, annonçant la nouvelle bien avant même que ces puissantes chaines satellitaires puissent en disposer. Ce bras de fer, jugé impossible il y a juste quelques mois, a assez duré. Progressivement donc, il tourne à l'avantage de ces révoltés dans ces pays arabes. L'étau se resserre contre ces tyrans qui refusent encore de quitter la scène politique, voulant tous jouer encore aux prolongations. Et pourquoi pas aller jusqu'aux fatidiques penalties ! L'écho de la rue est porté bien loin. La révolte, jour après jour, prend de l'ampleur et l'effet domino propage à l'horizon l'inéluctable ou inévitable contagion. Ainsi, tous les dirigeants arabes tremblent. Ils ont surtout peur de leurs derniers jours et pour l'avenir de leur progéniture. La Syrie fait dans l'insolite. Par miracle ou par la grâce du fait du prince, elle est donc devenue ce seul pays du monde où l'on hérite du trône d'un vrai royaume au sein de cette fausse république !? Cette ratatouille est bien arabe, l'apport chinois ne se trouve que dans ses menus épices ! Aussi, l'impair commis par les autres pays arabes n'est pas des moindres. A la succession des dictateurs encore en poste ou bien partis, l'on préparait déjà en finesse le fils, le frère ou même parfois le gendre ! Désormais l'hérésie se trouve être à jamais bloquée ! Cette piste étant pour de bon bel et bien abandonnée. Ces fausses républiques sont toutes sur leur défensive, la peur au ventre et balle au canon ! Elles cherchent toujours à sauver le tyran, très conscientes qu'elles ne peuvent ni sauver le régime ni ses acolytes ni même encore le moindre meuble de la famille, encore aux commandes du pays depuis le départ du colon d'autrefois. Ces régimes postindépendance se sont oubliés dans les habits d'un vrai colon, oubliant cependant qu'ils ont souvent gouverné leur peuple au nom de cette légitimité historique ou révolutionnaire qui n'a désormais plus cours. Quant à cette légitimité populaire ou démocratique dont certains parmi eux s'en prévalent ou s'en revendiquent, il n'y a qu'à ouvrir sa fenêtre sur la rue afin de mieux s'en convaincre de cette galéjade! La lutte aura été vraiment dure et bien féroce par moment. Le combat est donc bien soutenu, admirablement mené, vraiment permanent. Cette rue, malgré l'effet de résistance de ces despotes et tyrans, marque des points. Chaque jour, elle avance doucement… Elle capitalise des points très importants dans le décompte final dont l'issue du combat acharné lui sera inévitablement favorable après avoir franchi toutes ces difficiles étapes et nombreux écueils. La réussite ne sera par conséquent que totale ! Magistrale !

Dès lors que la peur est à jamais vaincue, aucun tyran ne pourra désormais gouverner par la force des armes. Il n'aura tôt ou tard qu'à se plier aux exigences de la rue.

Plus fort elle criera son malheur, plus vite partira le dictateur !

A différents niveaux et en différents endroits, la révolution arabe avance à pas sûrs et cadencés, à pas feutrés ou sur des terrains minés, à la recherche de son «idéal démocratique». Ici, elle force le respect et la dose. Là, elle redouble d'effort et augmente la cadence. Plus loin, elle s'accroche de toutes ses forces et résiste tant bien que mal au retour imprévisible du tyran, bien décidé à exterminer son peuple! Dans tous les cas de figure, elle fait son chemin, empruntant ces sentiers tortueux ou terrains escarpés, défiant les dictatures les plus puissantes et les régimes les plus autocratiques et despotiques. Inspirée de son génie ou de sa folie, elle charrie dans son cours grandeur des peuples et décadence de ces truanderies de régimes dépassés par le temps et n'ayant plus aucune raison d'exister.

Par l'image et par le son le monde arabe connait sa métamorphose. La société entame sa mue, se transformant profondément. Et pour expliquer le phénomène, tous les peuples arabes invoquent les mêmes raisons ou prétextes : la mauvaise gouvernance de leurs dirigeants, autrefois grands Seigneurs et intouchables potentats du régime. Pour rappel, au moment où Wikileaks avait fait ses fracassantes révélations sur la gouvernance arabe, la rue était déjà en ébullition. Il ne manquait donc plus que cette étincelle appelée Mohamed El Bouazizi pour tout faire exploser ce monde, de l'océan atlantique jusqu'au golf persique !

La terre arabe tremble. Ses régimes, les uns après les autres, succombent. Demain, il ne servira à rien pour certains de triturer encore le texte de la loi fondamentale pour davantage d'équité et de justice sociale, parce que l'on aura été bien incapable de prévoir ces mouvements de foule à l'époque où on le violait, profitant de «l'impunité de notre statut» ! «Le train est déjà parti» disait encore hier, l'un d'eux, en l'occurrence, Ali Abdellah Salah, s'adressant à ses opposants, sans jamais se douter cependant qu'il s'adressait involontairement à lui-même et à ses nombreux compères. Etait-il à ce point vraiment convaincu que son départ était donc imminent ? En s'adressant aux autres, il ne pensait pas livrer en public son propre verdict ! Il ne restera donc qu'à rouvrir son dossier. Refaire son procès…

(*) Auteur, chroniqueur