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L'homme-pensée-cerveau et l'Esprit du monde: Regard métaphysique sur le «Hirak» algérien, les crises au Soudan, Hong Kong, France (Suite et fin)

par Medjdoub Hamed*

Là nous arrivons à ce concept que la destinée collective qui est essentielle pour les peuples trace en grande partie les destinées individuelles. Plus les peuples s'affirment dans leurs droits à disposer d'eux-mêmes, plus ils ont de chance de sortir de la domination. Mais se libérer de la colonisation n'est qu'une étape puisque surgissent d'autres difficultés parfois insurmontables comme la pauvreté, l'abandon ou une nouvelle forme d'exploitation qui n'a pas beaucoup à envier à la colonisation tant elle est oppressante.

Mais si les progrès sont néanmoins gigantesques dans le monde au XXe siècle, et les peuples aujourd'hui sont conscients de leur destinée, conscients aussi en eux-mêmes, conscients des forces antagonistes, il demeure que le stade historique d'aujourd'hui qui est en train de toucher tous les peuples grâce précisément aux formidables avancées du progrès qui ne cesse de se développer, et surtout ne cesse de changer les donnes dans le monde, doit être compris à sa juste mesure, à sa juste «essence». Par conséquent, pour comprendre ce qui ressort de la situation d'aujourd'hui, en ce début du XXIe siècle, et les avancées scientifiques qui ne cessent de surprendre, il est impératif de situer la genèse de cette phase de l'histoire, en tant qu'elle est à l'origine de la modernisation du monde et surtout la modernisation de la pensée. L'être humain aujourd'hui n'est plus le sujet traditionnel d'une monarchie ou d'une république, il est devenu un sujet pensant, un sujet conscient de lui-même, et par cette pensée consciente de ses droits et devoirs dans la collectivité humaine de quelque nationalité qu'elle soit, ce sujet a désormais son mot à dire dans son présent et son avenir. Et comme nous l'avons énoncé tout relève de la pensée de l'homme, une pensée qui s'est métamorphosée par la «pensée historique elle-même», ce qui signifie par sa propre prise de «conscience d'être» dans ce «jeté dans l'étant».

Comment le comprendre ? Le seul moyen est d'entendre l'histoire. Une prémisse importante d'un philosophe vient nous interpeler sur le sens de l'histoire. Dans son livre «le gai savoir» du philosophe allemand Friedrich Nietzsche, l'aphorisme 125, intitulé «l'insensé» est révélateur de l'ambiance d'une époque rongée par la perte du sens humain, le rejet des valeurs de l'ordre politique et économique du monde. Alors qu'une grande partie du monde était colonisée, le pessimisme gagnait les peuples d'Europe et se traduisait par la perte de la croyance, le refus de la croyance, l'absence de l'ordre divin. Dieu ne régit plus les humains, comme l'écrit Nietzsche.

«N'avez-vous pas entendu parler de cet homme fou qui, en plein jour, allumait une lanterne et se mettait à courir sur la place publique en criant sans cesse : «je cherche Dieu ! Je cherche Dieu !» – comme il se trouvait là beaucoup de ceux qui ne croient pas en Dieu son cri provoqua une grande hilarité. A-t-il donc été perdu ? disait l'un. S'est-il égaré comme un enfant ? demandait l'autre. Ou bien s'est-il caché ? A-t-il peur de nous ? S'est-il embarqué ? A-t-il émigré ? – ainsi criaient et riaient-ils pêle-mêle. Le fou sauta au milieu d'eux et les transperça de son regard. «Où est allé Dieu ?» s'écria-t-il, je veux vous le dire ! Nous l'avons tué, – vous et moi ! Nous tous, nous sommes ses assassins ! Mais comment avons-nous fait cela ? Comment avons-nous pu vider la mer ? Qui nous a donné l'éponge pour effacer l'horizon ? Qu'avons-nous fait lorsque nous avons détaché cette terre de la chaîne de son soleil ? [...]

Ne voyez-vous pas sans cesse venir la nuit, plus de nuit ? Ne faut-il pas allumer les lanternes avant midi ? N'entendons-nous rien encore du bruit des fossoyeurs qui enterrent Dieu ? Ne sentons-nous rien encore de la décomposition divine ? – les Dieux eux aussi se décomposent ! Dieu est mort ! Dieu est mort ! Et c'est nous qui l'avons tué ! Comment nous consolerons-nous, nous, les meurtriers des meurtriers ? Ce que le monde a possédé jusqu'à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous notre couteau – qui effacera de nous ce sang ? Avec quelle eau pourrons-nous nous purifier ? Quelles expiations, quels jeux sacrés seront-nous forcés d'inventer ? [...]

Ici l'insensé se tut et regarda de nouveau ses auditeurs : eux aussi se turent et le dévisagèrent avec étonnement. Enfin il jeta à terre sa lanterne ; en sorte qu'elle se brisa en morceaux et s'éteignit. «Je viens trop tôt, dit-il alors, mon temps n'est pas accompli. Cet événement énorme est encore en route, il marche – et n'est pas encore parvenu jusqu'à l'oreille des hommes. Il faut du temps à l'éclair et au tonnerre, il faut du temps à la lumière des astres, il faut du temps aux actions, même lorsqu'elles sont accomplies, pour être vues et entendues. Cet acte-là est encore plus loin d'eux que l'astre le plus éloigné, – et pourtant c'est eux qui l'ont accompli !» [...]

Expulsé et interrogé il n'aurait cessé de répondre la même chose : «A quoi servent donc ces églises, si elles ne sont pas les tombes et les monuments de Dieu ?» » (3)

Que peut-on dire de cette pensée de Nietzsche qui ne vient de nulle part et de toute part ? Est-elle prémonitoire pour l'Humanité ? Parle-t-il de la mort de Dieu ou la mort de l'homme quand on sait que la mort de Dieu signifie aussi la mort de l'homme puisque créé par ce Dieu au-dessus du monde ? Dès lors, ce n'est pas de la mort de Dieu que Nietzsche fait part mais de la mort de l'homme qui est en train de tuer de «vider la mer», d' «effacer l'horizon», de «détacher cette terre de la chaîne de son soleil». Dit-il aussi : «Avec quelle eau pourrons-nous nous purifier ? Quelles expiations, quels jeux sacrés serons-nous forcés d'inventer ?» Ces mots ont été écrits dans les années 1880.

Et cette période précisément était marquée par la domination de l'Europe sur le monde. Certes l'expansion de l'Europe allait sortir l'«autre monde» d'une léthargie de plusieurs siècles. Dans cet autre monde, existaient des peuples qui se partageaient des biens et des intérêts communs, un mode politique et social qui les régit consenti. L'immixtion européenne puis leur soumission par la force les faisaient passer d'un état d'affirmation en tant que communautés libres, régies par leurs lois, en communautés non libres. L'asservissement qui résultait pour ces peuples n'a pu être acquis que grâce à la supériorité militaire des pays européens. La disproportion manifeste des forces armées ne laissait aucune chance de résistance aux pays neufs. Mais, au-delà de ces différences de puissance, comment expliquer cette présence coloniale de plusieurs siècles, en particulier pour des peuples qui jouissaient de civilisations reconnues par l'histoire ? Pourquoi ces peuples ont faiblement réagi ? Occupation par la force, spoliations, exploitation des peuples, internements et travaux forcés ne pouvaient qu'entraîner des ressentiments contre les forces occupantes. Il est évident qu'il y a des causes précises relevant de la supériorité démographique, technologique, militaire de l'Europe, et d'autres causes organisationnelles, spirituelles... Mais la cause principale au-dessus de tout, c'était le devenir du monde qui ne relève pas de l'Europe mais de l'Esprit du monde.

Si ça a été la destinée de l'Europe dans ce devenir du monde, il demeure qu'une autre destinée l'attendait et qui devait corriger dans la douleur cet état de négation qu'elle imposait à l' «autre monde». Tout être humain, tout peuple relève de l'Esprit des mondes. S'il est accordé une suprématie à des hommes ou à des peuples par le libre-arbitre qui reste une faculté inextinguible, inaltérable parce que c'est le propre de l'humain, il demeure que toute fureur humaine dans sa volonté de dominer doit être stoppée et réconciliée avec elle-même. Mais comment stopper une fureur si ce n'est pas par une autre fureur qui mettrait fin à cette fureur de domination ?

On comprend dans le «Dieu est mort» de Nietzsche que le Dieu est mort pour l'Europe non qu'il est mort mais qu'il va laisser l'Europe se consumer dans deux Guerres mondiales avec des dizaines de millions de morts. Tout dans ces guerres a été la fureur de domination de l'Europe et des conflits internes pour le partage de cet «autre monde», ne sachant pas qu'un Esprit du monde «regarde» les hommes.

Pour ne parler que d'une cause humaine qui viendra donner le glas à la domination européenne. Un homme, un seul homme, qui a été chômeur, qui a fréquenté des foyers d'accueil pour sans-abris, qui a porté les valises des voyageurs dans les gares pour gagner un peu d'argent pour se nourrir, qui a été manœuvre ou aide-maçon, se retrouve chancelier du plus grand pays d'Europe. Et cet homme est Hitler. Comment cet homme, le caporal Hitler, en quatre années, a tenté un coup d'Etat qui a échoué en novembre 1923 ? Alors qu'il n'a commencé à faire de la politique qu'en septembre 1919. Il est clair qu'Hitler avait un destin de devenir le chancelier de l'Allemagne et de provoquer la Deuxième Guerre mondiale. Il était ce qu'il devait être. S'il a mené l'Europe et le monde au plus grand désastre de l'histoire de l'humanité, c'est parce que ce devenir était déjà en puissance et relevait de l'Esprit qui gouverne le monde.

On remarque aussi qu'à la fin de la guerre l'homme découvre pour la première fois l'arme atomique. Et cette arme qui n'a été essayée qu'à la fin de la guerre sur deux villes du Japon, avec leurs effets apocalyptiques. Ce qui signifie que l'Esprit du monde a laissé aux puissances une épée de Damoclès suspendu au-dessus d'elles. L'art de la guerre a perdu de son aura, désormais la guerre est immédiate et se résout en minutes, en heures, et elle est apocalyptique. Des destructions qu'aucun esprit ne peut imaginer avec pratiquement un temps zéro. Et des mégapoles qui peuvent être rasées de la terre et des millions de gens s'évaporer...

Ainsi on comprend le tournant opéré par l'histoire et ouvrant un nouveau monde qui n'a rien à voir avec l'ancien monde. Des indépendances de peuples colonisés en masse. Des blocs se sont construits. L'humanité est entrée dans une nouvelle ère, l'«âge atomique».

5. Regard métaphysique sur le Hirak algérien.

Le «pacifisme» et un «haut degré de civisme» dans les marches

Après cet exposé sur l'homme, sa pensée, sa destinée et son devenir, et le tournant de l'histoire avec deux guerres mondiales, et en dernier ressort toujours l'Instance suprême qui gouverne le monde, on peut se pencher sur le Hirak algérien et les crises politiques au Soudan, à Hong Kong, en Russie, et en Iran en prise avec les États-Unis. Certes on ne va pas rappeler les événements historiques qui ont marqué l'histoire du monde de la fin de la Deuxième Guerre mondiale à aujourd'hui, mais la situation présente des crises actuelles est suffisamment édifiante tant la position des acteurs de part et d'autre dans la crise est compréhensible et défendable dans le sens qu'ils ne peuvent faire autrement. Et lorsque l'on dit que la position est compréhensible et défendable ne signifie pas qu'elle est juste.

Pour comprendre prenons, par exemple, le Hirak algérien. L'Algérie est sortie d'une longue période de colonisation, elle s'est reconstruite, elle a beaucoup évolué, mais par rapport à d'autres peuples surtout les peuples qui l'ont dominé, elle enregistre beaucoup de retard. Cependant tout lui est possible puisqu'elle a l'Esprit du monde avec elle. Et tout peuple sur cette terre a l'Esprit du monde avec lui. Ce n'est donc pas seulement l'Algérie. Toute chose, toute évolution doit se faire en son temps, rien ne vient avant que toutes les forces aient fait leur effet. Surtout celles qui bouleverseront les destinées et donc transforment le devenir.

Ce qui se passe aujourd'hui en Algérie avec le Hirak algérien, à Hong Kong, au Soudan, en Russie et ailleurs, s'inscrit dans le mouvement du devenir des peuples. Ce n'est pas que les peuples se lèvent d'eux-mêmes – certes d'eux-mêmes, ils sont mus par leur libre-arbitre qui lui-même insufflé par la pensée et qu'insuffle l'Esprit du monde –, mais il y a aussi l'histoire qui se réalise, qui avance, et souvent les hommes n'en prennent pas conscience. L'histoire se réalise par eux, avec eux et ils en sont les acteurs, mais tous s'opère à leur insu. En clair, ils font l'histoire sans penser que ce sont eux qui la font.

Dans ce qui se joue, aujourd'hui, dans les crises, c'est un combat, un même combat, que le peuple soit algérien, soudanais, hongkongais ou russe, c'est toujours la même pensée qui veut se libérer du diktat d'une pensée actuelle qui ne veut pas aller à l'avant. Le monde est en mouvement, les peuples changent, leur mentalité aussi, donc ce n'est pas la faute aux peuples qui changent, mais la faute au progrès qui les fait changer, qui leur fait entrevoir d'autres horizons jusque-là inconnus. La faute aussi à l'histoire qui avance. Mais peut-on culpabiliser l'histoire ? Il est évident que non. C'est comme si on dit pourquoi les peuples d'Afrique ne sont pas restés colonisés ? Pourquoi les Terriens sont allés sur la Lune ? Et c'est l'Esprit du monde qui fait avancer l'humanité.

Les démocraties occidentales ont-ils voulu être démocratiques ? Non, la démocratie s'est imposée d'elle-même aux peuples occidentaux. Pourquoi les pays d'Europe, les Américains sont démocratiques ? Le sont-ils d'eux-mêmes ? Non, ils ne le sont pas d'eux-mêmes, c'est l'évolution de leurs pensées que l'Esprit du monde leur a insufflées. Ils sont devenus démocratiques parce qu'ils se devaient de l'être. Une loi de la nature de l'histoire qui avance. L'histoire n'est pas figée, et la démocratie n'est encore qu'un stade de l'histoire de l'humanité, d'autres stades historiques attendent l'humanité où le stade démocratique n'aura été qu'un stade parmi les stades et donc appelé à être dépassé.

C'est cela qui n'est pas compris par les gouvernants qui ne savent pas qu'ils ne sont ou qu'ils n'ont été qu'une destinée, que le devenir du monde va dépasser. Prenons le peuple algérien. Qui a pensé qu'il se réveillerait un certain jour de février 2019, le 22 de ce mois ? Le peuple algérien l'a-t-il pensé ? On a avancé que ce sont les réseaux sociaux qui en ont été à l'origine ? Mais ces réseaux sociaux ne pouvaient être Dieu, le maître du monde. Ce ne sont que des réseaux sociaux, certes ils sont très puissants, mais on ne peut penser que ce sont eux qui ont fait marcher tout un peuple. Car si c'était ainsi, alors on dira que l'humanité est en danger, et le progrès la guette et qu'un jour elle sera gouvernée par la technologie, et dès lors elle perdra son humanité.

Non, ce n'est pas la technologie qui commande les hommes, ce sont les hommes et leurs pensées qui «fabriquent» la technologie, et leurs pensées relèvent de l'Esprit du monde. Dès lors que la technologie relève de l'homme et de l'Esprit du monde et donc un progrès essentiel qui lie les peuples, dès lors que c'est l'Esprit du monde qui a mû l'ensemble des pensées d'une grande partie du peuple algérien à marcher dans toutes les villes d'Algérie et à scander ses revendications pour la dignité, le respect de soi et d'une gouvernance meilleure.

Il est évident que rien ne vient facilement parce que le facile ne peut apporter la plénitude à un peuple. L'Esprit du monde n'apporte rien que ce qui est gagné par la persévérance, l'ardeur dans ses revendications, l'esprit pacifique, et surtout être à la hauteur des enjeux auxquels est confrontée l'Algérie. L'Algérie n'est pas un petit pays, pourtant beaucoup de pays la suivent, attendent ce qu'apportera l'Algérie à l'humanité. Tout peuple apprend d'un autre peuple. D'autant plus que l'Algérie fait partie de cet «autre monde», qui n'a donc pas les mêmes avancées économiques et technologiques que celles auxquelles sont arrivés les pays occidentaux qui y sont déjà très avancés.

Ce regard métaphysique peut-il nous dire davantage sur le mouvement contestataire qu'est le ‘Hirak' algérien ? Évidemment, oui. Puisque deux éléments essentiels venant de la pensée du peuple algérien qui a marché, a été d'abord le «pacifisme» et un «haut degré de civisme» dans les marches. A voir chaque fin des marches, une escouade de bénévoles qui nettoient les rues. Le deuxième tout aussi majeur «Djeich, Chaab, Khawa, Khawa», signifiant «Armée, Peuple, frères, frères». «Qu'est-ce qu'une armée si elle n'est pas une armée d'un peuple ? Qu'est-ce qu'un peuple s'il n'a pas une armée qui le défende». Donc l'Armée Nationale Populaire (ANP), digne héritière de l'Armée de Libération nationale (ALN) et le peuple algérien sont d'une même essence qui s'appelle l'Algérie, une nation libre, une et indivisible. Et puis l'emblème national arboré par les populations dont beaucoup en recouvre le dos, montre si besoin est cette terre sacrée, cette patrie libre qui est «amour de cette terre» et aussi un «don de Dieu» pour les Algériens. Et on comprend la force qui est retirée par le peuple de l'emblème national, d'une portée plus que physique, «métaphysique» liée directement à l'Esprit du monde, Dieu.

Et, ici, c'est une réalité. L'Algérie est une terre libre, une terre républicaine libre de tout pouvoir oppressant, le peuple est un acteur de poids et il est mû par son libre-arbitre lequel est sous-tendu par une pensée qui revendique un état de droit, un pays civil et non un pays militaire, un régime démocratique avec égalité de chances pour tous les Algériens. Donc une revendication «historique» tout à fait naturelle et qui ne surprend personne sauf si on se réfère que le peuple algérien n'a pas, par le passé, revendiqué, haut et fort, ce qu'il revendique aujourd'hui.

Mais est-ce qu'un peuple peut aller plus vite qu'il ne court, plus vite qu'il ne pense ? Non, la pensée, aujourd'hui, s'est imposée, c'est nouveau, et elle vient de la Pensée du monde. Donc un processus tout naturel de ce que le peuple algérien demande aujourd'hui. Qu'en est-il du pouvoir algérien ? On ne peut oublier que les hommes du pouvoir font partie intégrante du peuple algérien, certes ils gouvernent mais ils demeurent qu'ils sont à l'écoute de ce peuple qui les a surpris. Eux aussi ont un libre arbitre et une pensée qui vient de l'Esprit du monde, et donc des humains algériens. Accepteront-ils de répondre aux revendications du peuple ? Et ce peuple qui demande que tout le système qui gouverne s'en aille. Il est évident que le pouvoir, même sous la pression populaire, va tout faire pour se maintenir, et c'est normal. Quel est le pouvoir qui va abdiquer et offrir sur un plateau au peuple les clés de la maison «Algérie» ?

Mais la pression populaire est pacifique et surtout annonce que l'armée et le peuple sont frères, donc pas de scénarios à la syrienne, libyenne ou autre. Impossible tels scénarios, et donc à exclure. Et on le sent même par ces presque six mois de marche, chaque vendredi, malgré la chaleur de l'été, malgré le Ramadhan, malgré la saison estivale, le peuple algérien n'a pas changé dans son combat. La seule explication est Dieu, Allah le Tout-Puissant qui est avec le peuple algérien. C'est la raison pour laquelle le pouvoir algérien est sensible à cette force du peuple. L'Etat algérien essaie de calmer, d'assainir le climat, de combattre la corruption, et tant de décisions auxquelles le peuple a été sensible. Qui est cet État algérien qui essaie de calmer le jeu, d'assainir le climat politique ? Si ce n'est tout le peuple algérien, le pouvoir en place, l'opposition, et tous ceux qui sont silencieux ! Tous face à la crise cherchent à avancer l'Algérie, à résoudre la crise pacifiquement comme le fait le peuple. Le peuple sait aussi que tout ce qui s'est opéré par le pouvoir dans la lutte contre la corruption, les incarcérations de personnalités du pouvoir, d'hommes hauts placés, le doit au ‘Hirak', aux marches populaires depuis bientôt six mois, et ce, dans toutes les villes algériennes. Un ‘Hirak' pacifique, mouvement il faut le dire comme «sorti de la terre» et qui a fasciné, marqué les peuples du monde.

Au-delà des slogans qui font peur au pouvoir, le peuple sait que c'est lui le peuple, le peuple sait que c'est lui l'Algérie, et cette pensée lui vient de la pensée comme le pense naturellement le peuple. Cette ténacité en lui à toute épreuve qui vient précisément de la foi mise en lui par l'Esprit du monde ne veut que le bien à l'Algérie. Parce que cette parcelle de la Terre est sienne, octroyée par Dieu depuis la nuit des temps. Et pour preuve, 132 ans de colonisation n'ont pas sapé l'esprit du peuple, de même 10 années d'islamisme barbare n'ont pas sapé l'esprit du peuple. Parce que le peuple de l'Algérie libre est un peuple libre, et qu'envient les peuples sous monarchies, il en est un phare.

Aussi vient cette interrogation qui doit nous guider dans ce qui sera du ‘Hirak' algérien dans les mois à venir ? La première réponse est qu'il ne faiblira pas. Pourquoi ? Six mois ou dix, le peuple algérien ne faiblira pas, ne changera pas parce qu'au fond ce n'est pas lui qui marche, même si c'est lui qui marche. C'est l'histoire de l'Algérie qui marche selon un ordre métaphysique qui régit le monde, et pas seulement l'Algérie mais tous les peuples de la Terre. Le pouvoir va-t-il changer ? Il changera, il fait partie du processus qui se joue dans ce tournant de l'histoire algérienne. Évidemment, il restera à l'histoire du peuple algérien et de l'Esprit du monde qui décidera en dernier ressort de la marche du temps de l'Algérie. Mais l'Algérie avancera et cela nécessairement parce qu'en fait c'est la Pensée de l'Esprit du monde qui a ordonné à l'esprit des Algériens d'avancer. Et l'Algérie réussira, toute avancée difficile sera rémunérée, un peu comme un labeur d'un peuple qui mérite un salaire. Ce sera un salaire de la dignité, de la reconnaissance, de la compréhension, du mûrissement, de la sagesse. L'Algérie saura s'en sortir la tête haute de cette crise surtout que le peuple algérien est appelé à affronter une économie qui n'est pas au beau fixe avec la chute, année après année, des réserves de change et du faible cours du prix du baril de pétrole. Et ce sont ces facteurs qui vont obligatoirement aider aussi à résoudre la crise. Mais ce qu'on ne doit pas oublier, c'est que l'Algérie, après ce ‘Hirak', va changer et beaucoup changer. Elle doit changer en bien parce que les années à venir, sur le plan économique, vraisemblablement, ne seront pas positives. Le prix du pétrole à 100 dollars, à 120 dollars ne reviendra plus à moins d'une guerre... nucléaire au Moyen-Orient qu'il ne faut pas souhaiter aux peuples frères. Tous les peuples sont frères parce qu'ils relèvent tous de l'Esprit du monde qui les a créés.

6. Bref regard métaphysique sur les crises en France (Gilets jaunes), le Soudan et Hong Kong

Si nous prenons, par exemple, l'Occident et comparons ce qui s'est passé, au vu de plusieurs mouvements qui se sont développés, comme les indignés et surtout les «Gilets jaunes» en France, et qui n'ont pu aller plus que nécessaire. Non pas que ce sont des mouvements marginaux et que leurs peuples n'ont pas suivi, et pourquoi ? Si le peuple français n'a pas réagi, c'est tout simplement que le niveau de vie est plus que satisfaisant au regard des autres pays d'Afrique ou des pays du Proche et du Moyen-Orient et d'Asie centrale où ce sont des zones très instables et où le niveau de vie n'est guère comparable à celui de la France et de l'Europe. Certes, il y a eu la crise économique en 2008, mais elle a été vite dépassée grâce aux quantitative easing de la Banque centrale européenne. Pour cause, la Grèce qui a été la plus touchée économiquement et financièrement, et malgré les politiques d'austérité, elle s'est rétablie aujourd'hui. Et il n'y a pas eu dans ce pays un mouvement de «Gilets jaunes». Et il semble que le mouvement des «indignés» et des «Gilets jaunes» sont des mouvements contestataires de pays riches.

Mais il demeure cependant que si la couverture sociale qui est très importante en Europe, et partout en Occident, et les aides financières et matérielles de toutes sortes pour aider les plus démunis et ceux touchés par le chômage, viendraient à diminuer, ces mouvements contestataires constitueraient néanmoins des avertissements sérieux à ceux qui les gouvernent. Si les peuples occidentaux n'ont certes pas suivi les mouvements contestataires, cela ne signifie pas que les régimes démocratiques sont protégés, et constituent une fin en soi, surtout avec les inégalités qui sont criantes entre riches et pauvres.

Des problèmes qui restent irrésolus tels le Brexit qui est toujours pendant, les flux d'immigrés africains, y compris sud-américains pour les États-Unis, qui ne tarissent pas et enfin la dépopulation, un problème complexe et latent pour l'Europe. Par conséquent, l'Occident lui aussi est en mutation, et que lui aussi subit ce devenir qui ne signifie pas qu'il est à l'abri des crises économiques, politiques et autres. Surtout que les grandes nations démographiques, dans quelques décennies, vont les dépasser économiquement et que ce sont elles qui deviendront le moteur mondial. En clair, ce ne sont pas les monnaies occidentales, c'est-à-dire le dollar, l'euro, la livre sterling ou le yen qui seront les premières monnaies mondiales, et donc les plus demandées.

Si l'Europe et les États-Unis perdent la suprématie sur le plan monétaire, à l'échelle mondiale, ils ne pourront plus répercuter leurs déficits publics et courants sur le reste du monde. Tout déficit public négatif comme aujourd'hui, permis autour de 2% ou des déficits commerciaux avec les pays du reste du monde, l'Occident sera alors obligé de les financer en augmentant les impôts. Le sauvetage et la relance par les politiques monétaires non conventionnelles ne pourront plus être opérés par la Banques centrale sinon au détriment du pouvoir d'achat des peuples occidentaux. Ce qui provoquera la paupérisation rampante de l'Occident. Ce qui explique, aujourd'hui, la montée des populismes, les mouvements contestataires, même faibles, et la politique protectionniste du président américain Donald Trump envers la Chine qui enregistre des excédents commerciaux considérables, année après année, avec les États-Unis.

Évidemment, ici, on n'a pas besoin de parler de libre-arbitre, de pensée et d'Esprit qui gouverne le monde. Le processus y est implicite en Europe et aux États-Unis puisque l'évolution du monde, elle se fait aussi, d'une certaine façon, au détriment de l'Occident. Et cela ressort de la marche du monde actuelle vers un réajustement de la répartition des richesses mondiales qui ne va pas se faire selon les plans occidentaux mais selon les plans qui relèvent des «Nécessités» de l'histoire. Et qu'entend-on par «Nécessités» de l'histoire ? Cela est évident pour celui qui croit ou non, peu importe les deux pensent la pensée qui ne leur appartient pas en propre, on entend par « Nécessités» de l'histoire, l'Esprit du monde, Dieu, Allah le Tout-Puissant.

Ceci étant, parlons de la crise au Soudan. Qu'en est-il ? On peut dire que c'est pratiquement la même situation que vit le peuple algérien. Sauf que c'est un pays qui a beaucoup souffert, de plus, il a subi une partition de son territoire. Donc, à l'instar de l'Algérie, l'Esprit du monde est omniprésent dans toutes décisions entre les gouvernants et l'opposition. Et ces deux peuples qui avancent, un au Nord et l'autre au Sud-Est de l'Afrique, sont appelés à devenir l'exemple pour les autres peuples.

Enfin la crise de Hong Kong, qu'en est-il ? Tout d'abord les militants pro-démocratie qui manifestent depuis deux mois vont-ils réussir et atteindre leur but ? Il faut rappeler que tout a commencé, le 9 juin 2019, avec le projet de loi controversé qui devait permettre d'autoriser les extraditions vers la Chine. Le texte a depuis été suspendu, mais le mouvement s'est élargi à des revendications en matière de démocratie et à la dénonciation d'un recul des libertés à Hong Kong alors que de nombreux habitants ont le sentiment que Pékin durcit son emprise sur le territoire.

Surtout la grève générale, le 5 août 2019, à Hong Kong, est venue démontrer aux autorités chinoises que, deux mois après le début du mouvement, la contestation est populaire. Dès lors comment vont évoluer, dans ce bras de fer, les contestataires hongkongais et le gouvernement de Hong Kong aligné au pouvoir de Pékin ? Il est évident pour la Chine que, depuis son ascension fulgurante dans les années 2000 et 2010, sur le plan économique, se pose un enjeu central pour ainsi dire vital de faire tout pour que les deux territoires, Hong Kong et Taïwan, non encore sous sa coupe, soient intégrés à l'État chinois. Aussi le projet de loi d'extradition vers la Chine constitue en fait un moyen détourné pour préparer le processus d'intégration de Hong Kong à la Chine. Or, en vertu du principe «Un pays, deux systèmes», Hong Kong jouit jusqu'en 2047 de libertés qui sont «inconnues» dans la Chine continentale. A Hong Kong, de plus en plus de voix s'inquiètent de voir Pékin bafouer cet accord et accroître sa mainmise. Si le plan de mainmise sur Hong Kong réussit, c'est clair ce sera le tour de Taïwan.

Le plan paraît judicieux, cependant, il existe des résistances sérieuses à ce projet de loi. Peut-on penser que tout le combat de la population de Hong Kong, qui lutte depuis deux mois et certainement cela ne va pas s'arrêter, sera vain ? Toute lutte a un sens si elle a la légitimité historique avec elle ? Et normalement débouchera sur quelque chose de positif. On peut reprocher à ce raisonnement que la contestation islamiste en Algérie, en Égypte et ailleurs n'a pas débouché et, par conséquent, la contestation hongkongaise risque aussi de ne pas déboucher, et le pouvoir central chinois aura, à la fin, gain de cause. Son plan réussira.

Le problème est qu'en Chine, c'est un régime communiste et les libertés y sont inconnues. L'Union soviétique était aussi communiste mais elle a implosé au regard de l'histoire. On nous dira que c'est la crise économique des années 1980, l'affaiblissement dû à la guerre de l'URSS en Afghanistan. Mais rappelons «les États-Unis ont eu aussi leur Afghanistan, deux fois, au Vietnam puis en Afghanistan mais n'ont pas implosé.»

Il faut aussi souligner que si l'Union soviétique s'est implosée ce n'est pas parce que c'est la crise économique ou la guerre en Afghanistan qui l'a fait imploser, mais le système communiste qui servait de régime politique n'était pas fiable, ni viable en URSS. Un pays pouvait avoir la crise la plus horrible de son histoire, mais n'a à imploser que si les forces idéologiques qui lient le système n'ont pas résisté à l'érosion du temps. Les États-Unis ont eu la plus grave crise de leur histoire en 1929, le taux de chômage est passé de 3% avant 1929 à 19% après 1929 et 25 % en 1933, avec 15 à 18 millions chômeurs. Pourtant les États-Unis n'ont pas implosé. Alors que presque tous les régimes communistes ou socialistes que ce soit en URSS, en Europe orientale et centrale, en Afrique (Algérie, Égypte...) ont cessé d'exister. Il ne reste aujourd'hui que cinq pays : la Chine, la Corée du Nord, le Vietnam, le Laos et Cuba. Mais le pays le plus important est la Chine. Aussi peut-on dire que l'enjeu est extrêmement difficile pour la Chine. La situation géopolitique de la Chine communiste n'a pas été posée au hasard par l'Esprit du monde. Bien au contraire, quatre démocraties, le Japon, la Corée du Sud, Taïwan et Hong Kong l'entourent. Sans compter les « manifestations de la place Tian'anmen», d'avril-juin 1991, contre la corruption et revendiquant un régime démocratique et la répression qui s'est abattue sur la population sont encore présentes à l'esprit des Chinois et du monde. Donc comment va se régler cette crise de Hong Kong ? Cela dépendra de l'histoire des peuples et de l'Esprit du monde. L'homme comme les peuples sont menants et en même temps menés par l'Esprit du Temps qui n'appartient au final qu'à Dieu, à Allah le Tout-Puissant par Lequel existent tous les hommes, tous les humains sur cette Terre magique, habitable et réservée aux humains par la Grâce de Dieu. Et c'est ce que l'on doit comprendre de la marche de l'humanité dans l'histoire. Une chose est certaine, c'est que le monde avancera toujours positivement malgré les dominations, malgré les guerres et les crises, qui du reste sont le moteur de l'histoire. Ce sont elles qui rebattront l'histoire de l'humanité parce que c'est «voulu», c'est «nécessaire». Les générations se régénèreront en d'autres générations et le progrès du monde ne s'arrêtera pas parce qu'il est infini. Et la Pensée du monde sans fin.

*Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale, Relations internationales et Prospective

Notes :

3. «Le gai savoir», par Friedrich Nietzsche. Traduit par Henri Albert. Edition électronique (EPUB)