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Au summum d'une outrance extrême, l'Amérique révèle une inéluctable érosion de l'Occident
par Abdelhak Benelhadj Jamais
l'Amérique n'a été aussi dangereuse et dominante, même si ce n'était que de
façade, que lorsqu'elle séduisait et prônait la paix, la liberté et la
démocratie : sous Wilson, Roosevelt ou Kennedy (chacun ses travers habilement
escamotés par un art con sommé de la manipulation). Mercredi 1er avril 2026,
3h00. Tous les observateurs attendaient des décisions majeures destinées à
mettre un terme à un conflit illégal, mortifère qui propage son désordre dans
toute la région et, de proche en proche, à toute la planète. Son propos qui
devait consister :
- Soit en un arrêt dans des délais relativement brefs de la campagne militaire ; - Soit à son aggravation avec un débarquement de troupes sur le sol iranien qui viserait à récupérer l'uranium enrichi pour définitivement priver l'Iran de toute dangerosité ultérieure pour ses voisins (en particulier pour Israël) et, ce faisant, achèverait sa guerre avec un trophée et l'espoir que tout le monde aura oublié son caractère illégal. Il ne fut question ni de l'un ni de l'autre 1.- Le monde eut droit au spectacle habituel, des propos décousus et incohérents, un bavardage sans queue ni tête dont il serait vain d'attendre des informations, des explications ou une démarche qui éclaire l'avenir. Ecoutons-le. « La marine iranienne a disparu. Son armée de l'air est anéantie. Ses dirigeants, pour la plupart des membres du régime terroriste qu'ils dirigeaient, sont morts. Le commandement et le contrôle du corps des gardiens de la révolution islamique sont décimés en ce moment même. Sa capacité à lancer des missiles et des drones est considérablement réduite, et ses usines d'armement et ses lance-roquettes sont réduits en miettes. Il n'en reste que très peu. Jamais dans l'histoire de la guerre un ennemi n'a subi des pertes aussi importantes et dévastatrices en si peu de temps. » « Grâce aux progrès que nous avons faits, nous sommes en voie d'atteindre tous nos objectifs militaires d'ici peu. Nous allons les frapper très durement dans les deux à trois semaines à venir. On va les ramener à l'âge de pierre. En attendant, les discussions se poursuivent. Le changement de régime n'était pas notre but. On n'a jamais dit ça. Mais le changement de régime a eu lieu en raison de la mort de tous leurs dirigeants d'origine. » « ...La nouvelle équipe dirigeante est moins radicale et bien plus raisonnable. Toutefois, si aucun accord n'est conclu au cours de cette période, nous avons en ligne de mire des cibles stratégiques. En l'absence d'accord, nous frapperons très durement, et probablement de manière simultanée, absolument toutes leurs centrales électriques. Nous n'avons pas encore frappé leurs installations pétrolières, bien qu'il s'agisse de la cible la plus facile de toutes, car cela ne leur laisserait pas la moindre chance de survie ou de reconstruction. Mais nous pourrions les frapper ; elles seraient alors anéanties, et ils ne pourraient absolument rien y faire. » « ... Nous allons terminer le travail, et nous allons le terminer très rapidement. Nous sommes tout près du but. » « ...les ramener à l'âge de pierre... » dit le président américain, le torse MAGA bombé à exploser. Il serait évidemment bien naïf de croire que cette menace ne s'adressait qu'aux Iraniens... Chaque jour qui passe, D. Trump annonce la fin de ses ennemis alors que la situation militaire ne change pas : le détroit d'Ormuz est toujours sous contrôle iranien et les missiles continuent de pleuvoir sur Israël (à un rythme effréné) et sur les intérêts américains imprudemment hébergés par les pays de la région. Lundi 30 mars. Benjamin Netanyahu, qui lui aussi, joue à Dieu, lançait à propos du pouvoir iranien « A terme, ce régime va s'effondrer de l'intérieur », en répétant que ce n'était pas l'objectif de la guerre déclenchée par Israël et les Etats-Unis. Alors que personne n'ignore que c'est très exactement le but d'Israël qui a réussi à mener le président américain par le bout du nez et à entraîner l'Amérique dans son sillage. Ces apprentis-exterminateurs ont décidé qu'autour d'Israël ne devrait subsister que des ruines. Les Iraniens qui ne s'étaient jamais trompés d'ennemis, ont salué la fin du discours de D. Trump par des salves de missiles envoyés sur Israël. Notons qu'au passage, le président américain se contredit : pourquoi vouloir « les ramener à l'âge de pierre » dès lors que le pays a perdu a déjà ses dirigeants ? Il confond, à l'évidence, changement de dirigeants et changement de régime. Des dirigeants ont été tués, mais l'Iran et son régime sont toujours là. Il est vrai que D. Trump, comme Jupiter dans son Olympe, ne s'embarrasse pas de ce genre de détails. Et toujours aucune réponse aux questions attendues : ni arrêt des combats, ni troupes au sol. 2.- D. Trump qui prise les diversions, dans le droit-fil de ses bouffonneries coutumières, avait précédemment ciblé son homologue français, une proie facile, régulièrement prise dans ses contradictions, et tout aussi régulièrement ridiculisée et humiliée si ce n'est par Trump, tout aussi sûrement par ses propres travers, maladresses et inconséquences. Pendant un déjeuner privé, mercredi 1er avril, D. Trump s'est moqué du couple présidentiel français. « Emmanuel Macron s'est fait maltraiter par sa femme, confie D. Trump. Il se remet à peine de la droite qu'il a reçu dans la mâchoire » Référence au coup au visage que Madame a donné à Monsieur, lors de leur visite au Viêt-Nam en mai 2025. D. Trump se prend alors à mimer son homologue (jupitérien) sous les rires gras de la salle, rapportant la réponse (négative, là est la cause réelle de son courroux) qu'il en a obtenue lorsqu'il lui a demandé son concours pour débloquer le détroit d'Ormuz qui ne l'intéressait pourtant d'aucune manière avouait-il selon ses humeurs. Il est vrai que la position française (et aussi celle de ses homologues européens enferrés pieds et poings liés dans une subordination atlantiste indépassable) est bien étrange : E. Macron veut bien envoyer ses navires mais seulement après la fin des hostilités (lorsqu'ils n'auraient plus aucune utilité). 3.- La réaction des marchés jeudi 02 avril (qui avaient flambé la veille) était prévisible. Au matin, la bourse de Tokyo perdait 2.38% et celle de Séoul 6.14%. Le baril de pétrole regagnait le terrain perdu la veille. Les cours repartaient à la hausse jeudi. Vers 8h10, le prix du baril de Brent de la mer du Nord grimpait ainsi de 6,66% à 107,90 dollars. Celui de son équivalent américain, le baril de WTI, remontait de 6,06% à 106,19 dollars. Il en est de même des taux d'intérêt à long terme avec des cas particuliers plus préoccupant. Par exemple, à la hausse globale des rendements de l'emprunt à long terme (par exemple le français à 10 ans), s'ajoute les difficultés locales : la hausse du spread franco-allemand. Voilà venu l'exterminateur des civilisations Une semaine plus tard, Trump remet ça dans un langage « fleuri »1. Et cet Attila de pacotilles promet de nouveau, s'il ne consentait pas à se soumettre, de raser l'Iran ainsi sommé de rétablir la circulation comme avant dans le détroit. « Une civilisation entière va mourir ce soir » et, dans un élan divin de magnanimité compassée le Jupiter américain ajoute : « Je ne veux pas que cela se produise, mais ce sera probablement le cas ». Dura lex sed lex. Il est vrai qu'il n'avait atteint aucun des objectifs qu'il n'avait jamais reconnus : après plus d'un mois de bombardements intenses, la guerre israélo-américaine (et pas l'inverse) a presque tout raté : - L'uranium enrichi est toujours introuvable. - Les Iraniens lancent toujours des missiles. - Le détroit d'Ormuz est toujours sous leur contrôle. - Hezbollah n'a rien perdu de sa combativité. - Les Libanais (chrétiens et musulmans) ne se sont pas entretués. - Les pays de la région (sunnites et chiites) ne sont pas étripés. « Presque » tout raté. - Les industriels de l'armement font fortune. - Les pétroliers comptent leurs plus-values2 et les traders se régalent. Les délires d'un Dieu éphémère face au triomphe des civilisations millénaires. Au fond, tout cela revient à un principe général qui décrit un monde qui a perdu un vernis : son droit, ses institutions internationales et sa boussole, arbitré seulement par des rapports de forces. D. Trump, dans son outrance, dit tout au long de ses interventions dont il est vain d'attendre informations, sens, cap et cohérence : « la puissance dont je dispose me fait l'économie d'une explication, d'une raison, et même d'une civilité que nul ne peut exiger de moi ». Sans cette puissance, indécemment et dangereusement exposée face au monde pour l'impressionner (là est le but premier de la manœuvre), personne n'accorderait la moindre attention à ces obscénités et la moindre importance à leur auteur. Certains observateurs complaisants ont concédé à cet énergumène vulgaire3 une stratégie habile une sorte de « folie nixonienne » pataugeant dans un « brouillard » clausewitzien, avec un discours sciemment confus pour brouiller les pistes et prendre à revers ses adversaires. Sans doute, ses revirements réguliers ont fait gagner des milliards à des agioteurs (coupables de délits d'initiés) qui gravitent autour du maître de céans, des parasites qui entourent toujours les centres de pouvoir et qui tirent profit des confidences du « saigneur ». Cela n'a rien à voir avec une tactique ou une stratégie délibérément brouillée et imprévisible pour tromper l'ennemi. Il faut se rendre à l'évidence : D. Trump n'a rien d'un dirigeant inspiré à la hauteur de ses responsabilités. Ses prédécesseurs Jefferson, Nixon, Reagan..., d'authentiques crapules off the record, étaient ignobles. Mais ils savaient se tenir en public et donner le change parce qu'ils avaient conscience de représenter bien plus qu'eux-mêmes. Trump, un égotique clown sénile, ne fait rire personne d'autre que lui. Un Néron qui dispose d'un arsenal à même de faire exploser plusieurs fois la planète. Un de ces monstres, de ces calamités que l'Occident fabrique et lance régulièrement sur le monde depuis 1492. « D. Trump, est-il fou, génial ou manipulé ? » s'interrogeait un journaliste français.4 La réponse est à la fois simple et redoutable. Trump est un prédateur, un viandosaure dangereux. A la fois pour lui et pour le reste du monde. Cette catastrophe va laisser des traces certaines mais difficiles à évaluer aujourd'hui : - Washington, pourra-t-il durablement convaincre tous les pays (qu'il s'agisse des pays du Golfe ou d'ailleurs) où il installe ses bases militaires qu'il le fait pour assurer leur protection et leur prospérité et exiger en contrepartie de fortes rançons, dont leur souveraineté ? - A reculons, hypocritement, les pays européens ont pris distance avec les délires américains avec une délicatesse de soubrettes. Mais cela reste de l'ordre de la cosmétologie rhétorique destinée aux opinions publiques européennes désemparées. Les liens de subordination (politique, militaire, économiques, financiers, technologique, culturels...) tissés depuis 1945 (et même depuis 1919) sont tellement serrés que cela reste un vœu pieux. L'Europe demeure viscéralement américaine ou, ce qui revient au même, sous strict contrôle israélien. - Après ce qui vient de se passer quel pays arabe et/ou musulman, serait tenté de souscrire aux nébuleux « Accords d'Abraham » ? Qu'en sera-t-il de ceux qui les ont signés ? - Un fait : les nuisances israéliennes, bien qu'affaiblies, demeureront pour une durée indéterminée. - Trump vient de tuer dans l'œuf toute contestation du « régime des mollahs ». Quel Iranien épris de liberté pourra-t-il confier son destin à cet exterminateur de civilisation, faire confiance à ce bombardier venu les affranchir d'un abominable système théocratique ? - Les conséquences -considérables- de cette agression qui viole droit et morale, sont difficiles à estimer aussi bien à l'échelle régionale que mondiale. Si une civilisation menace de disparaître, Trump s'est affairé avec soin dégrade le crédit (entamé depuis longtemps) qui reste à celle qu'il représente peu ou prou. L'Amérique et l'Occident « judéo-chrétien » viennent de subir des dommages incalculables. Au loin, la Chine, se souvenant sans doute du « sac du Palais d'été » (1860), observe l'horloge avec un calme et une patience multimillénaire... « Comment un président faible montre qu'il est fort ? Il déclare la guerre ! ». Homeland, S.8, E.7. Notes 1- Au comble de la colère (dimanche 05 avril 2026), à la suite de l'ultimatum de 48 heures qu 'il a donné la veille, le président américain a réitéré son injonction, dans un message truffé d'insultes. « Ouvrez ce putain de détroit, espèce de bâtards, ou vous vivrez en Enfer - VOUS ALLEZ VOIR ! », a écrit M. Trump, en ajoutant pour montrer tout le respect qu 'il doit aux pays du Golfe qui accueillent ses bases militaires : « Gloire à Allah ». 2- TotalEnergies aurait gagné plus d'un milliard de dollars en achetant tout le pétrole disponible (34 millions de barils à Oman et aux Emirats arabes) à vil prix avant la hausse brutale qui ruine consommateurs et entreprises. 3- Jeudi 11 janvier 2018,lors d'une réunion avec des parlementaires, à la Maison Blanche il qualifiait Haïti et les pays africains de « shithole countries ». 4- Les Echos, mardi 23 mars 2026. Des sénateurs et élus à la Chambre des représentants, (avec des arrière-pensées politiques évidentes) inquiets des dérives de la Maison Blanche, évoquent ouvertement l'intention de recourir au 25e amendement de la Constitution et lancer une procédure d'impeachment contre le président des États-Unis. « Trump est trop déséquilibré, dangereux et dérangé pour avoir accès aux codes nucléaires ! » réclame sur X Mark Pocan, un élu du Wisconsin. Le président licencie à tour de bras ministres et officiers qui désapprouvent sa politique et son comportement. En vain. L'aura se ternit peu à peu. L'impopularité, la contestation s'étend, y compris chez les inconditionnels, les sondages sont impitoyable et les prochaines élections avancent à grand pas... |
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