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Il
est étonnant que le chiffre de 30000 à 40000 morts en Iran, dans la répression
des manifestations, ait pu être avancé sans qu'il y ait la moindre enquête
journalistique contradictoire dans les medias dominants, alors qu'il est au
cœur même des justifications de la guerre israélo-américaine contre ce pays.
L'accusation de massacres de population occupe une place récurrente et centrale dans la rhétorique interventionniste occidentale. C'est toujours le cheval de Troie, c'est toujours la première phase, avant, inévitablement, la deuxième, celle qui consiste à mettre le pays à feu et à sang, dans un massacre, celui-là indiscutable. Morne et sanglante routine : Yougoslavie, Afghanistan, Irak, Libye, et maintenant l'Iran. Le sauvetage des populations, le «devoir d'ingérence» est le dernier argument lorsque les autres justifications, « armes de destruction massive, droit international, droits de l'homme» etc... ne sont plus présentables. On s'en souvient peut être c'est Bush junior qui avait créé pour l'Irak, cette expression «tuer son propre peuple», l'accent étant mis sur le mot «propre» plein de résonnance émotionnelle. Ensuite Bush junior et ses successeurs, comme ses prédécesseurs, se sont lancés dans le massacre du peuple des autres. L'argument de sauvetage des peuples est d'autant plus surréaliste lorsqu'il vient d'Israël dont le massacre froid et méthodique est devenus une spécialité. Les «massacres» comme légitimation de l'intervention Les chiffres avancés au sujet de «massacres» qui auraient eu lieu en Iran, perpétrés par le pouvoir, devraient naturellement susciter des doutes pour tout professionnel de l'information. La première raison en est leur caractère manifestement exagéré et même invraisemblable. Tout cela se serait fait en quelques jours ? Impossible. C'est très long de tuer, les israéliens en savent quelque chose à Gaza et pourtant ils y ont utilisé des moyens industriels. D'autre part, des fleuves de sang et des montagnes de cadavres sont impossibles à masquer ou à cacher. On l'a vu, là aussi, à Gaza. La thèse des massacres n'est pas documentée de façon convaincante et indiscutable. Les quelques images sont des vidéos obscures, vagues, lointaines, sombres ou illisibles, souvent impossibles à situer dans l'espace et dans le temps. Même les manifestations, qui auraient fait les frais d'une répression massive et sanglante, ne sont pas documentées: pas de traces des «manifestations monstres» dont parlent les grands médias occidentaux; on voit la plupart du temps des rangs clairsemés dans des rues étroites, ou bien des groupes dispersés. Le reste c'est, de temps en temps, quelques cris épisodiques venus d'immeubles dans la nuit. Il ne reste finalement de clair que les témoignages: ils sont ceux d'opposants se trouvant, qui plus est, à l'extérieur depuis des décennies et qui ne font plis montre, à les voir et à les entendre, d'une quelconque iranité. Ils ressemblent, comme deux gouttes d'eau à cette aristocratie, qui après la révolution de 1789 en France, attendait de revenir «dans les fourgons de l'étranger». Ils applaudissent aux bombardements sur leur propre pays. De ceux-ci, ils disent, eux qui sont confortablement à l'abri dans les capitales occidentales, que le peuple iranien applaudit et en redemande.. On a rarement vu opposition moins digne, plus veule, plus irréelle, plus ubuesque. Mais heureusement, il ne s'agit que d'une partie de la diaspora, celle qui a «pignon sur rue» dans les médias occidentaux. Il ne faut pas la confondre avec l'émigration iranienne qui en ce moment même manifeste contre la guerre devant la «Maison Blanche». Il n'y a donc rien, au premier abord, de véritablement solide pour appuyer cette information des 30000 à 40 000 morts... En fait, tout repose sur les affirmations d'Israël et des Etats Unis, ainsi que celles des médias qui les reprennent sans aucun esprit critique, et qui les martèlent tels des slogans publicitaires, à toute occasion. Bref, la disproportion est énorme entre les données, les images présentées, en nombre finalement très limité, et les chiffres de victimes annoncées. Un document essentiel: L'enquête menée par «l'Orient-Le jour» Mais malgré cela, j'ai été, comme tout le monde, impressionné par l'insistance médiatique et politique, l'énormité de la campagne menée, la conviction dont faisaient montre les médias et les politiciens tous courants confondus en Europe et aux Etats-Unis. Peut-être y avait-il du vrai ? J'ai voulu donc en savoir plus. J'ai fini par trouver un document, plus exactement un documentaire, qui m'a paru essentiel. Il est probablement à la source de tous les matériaux ( images, vidéos, témoignages) de la campagne contre l'Iran. Ou alors, il s'agit d'un montage- vidéo qui les a rassemblé tous. Il s'agit d'une enquête-reportage du site du journal libanais francophone «l'Orient- le Jour.» Les données sont présentées par deux présentatrices, l'une principale, parlant en Français, l'autre, parlant en Anglais. Cette deuxième intervenante est présentée sous le terme générique vague de représentante «des organisations internationales», sans autre précision, ce qui est une faute professionnelle normalement rédhibitoire. Il est ainsi suggéré, de façon subliminale, qu'elle est la représentante d'une organisation humanitaire, et donc crédible. Le ton général se veut professionnel. Il est neutre, laissant l'impression d'une description clinique. C'est le récit de la présentatrice principale qui donne un sens aux images. Sans lui, par elles-mêmes, elles seraient en général incompréhensibles. La présentatrice principale, s'efface discrètement souvent pour l'intervention de la seconde ou son interview, ce qui laisse une impression de distanciation favorable à l'objectivité. L'intervenante en anglais, joue en fait un rôle essentiel dans le récit et occupe une grande partie de l'espace du documentaire. Elle décrit des horreurs d'une voix laconique et froide, d'une neutralité très convaincante, mais brusquement, lorsqu'on reprend ses esprits, on découvre, à la fin, que ce qu'elle dit est une suite d'affirmations verbales que rien ne vient corroborer. Les techniques utilisées par cette enquête documentaire se veulent modernes, notamment par la géolocalisation sur une carte des lieux où se sont passés les évènements relatés. Mais le recours à ces techniques parait le plus souvent inutile, et même artificiel, alourdissant le récit, et on s'aperçoit finalement qu'il ne s'agit, tout bonnement, que d'un recours à Google Maps, comme le ferait tout un chacun pour trouver son itinéraire. Les détails de l'enquête Le documentaire parle, au début, dans sa présentation, de milliers de vidéos, de témoignages qu'il aurait contrôlés, validés. Et portant on ne voit rien de plus, pour l'essentiel, que ce qui a déjà été diffusé largement par les médias. En même temps, le documentaire dit, en contradiction avec cette affirmation de départ, qu'il y a peu d'informations car l'internet a été coupé. L'argument d'excuse de la mauvaise qualité des vidéos, à savoir qu'elles sont des vidéos amateurs, prises à la dérobée, ne suffit pas. Mais entrons dans les détails de l'enquête. Celle-ci mentionne à plusieurs reprises des tirs à balles réelles sur les manifestants, mais rien ne le prouve de façon indiscutable. On entend des crépitements de tirs, mais cela pourrait très bien être des tirs en l'air pour disperser des manifestants. De plus rien ne permet de localiser ces évènements dans l'espace et le temps. C'est le cas par exemple des incendies de commissariats, ou de motos de police présentés comme des signes de résistance et de combat de rue. Lorsqu'on croit avoir trouvé enfin un fait concret, très grave, de massacre ou de tueries massives indiscutables, les images sont très brèves, fugaces et lointaines Le seul moment où on croit avoir enfin sous la main une preuve consistante, concrète, est une manifestation, cette fois ci, bien localisée, à Malekshahi, à la frontière du pays. Cet évènement est qualifié de «première tuerie». Ce terme laisse entendre qu'il y en a d'autres, mais on ne les verra pas. Le documentaire «oublie» étrangement de préciser, sur ce point, qu'il s'agit d'une région frontalière kurde. C'est probablement parce que les auteurs ont pensé que cela pourrait embrouiller le récit et biaiser la signification véritable de l'évènement. On voit des «forces paramilitaires», suivant les termes employés, qu'on dit assiégées dans leur «base». Le commentaire dit qu'elles ouvrent le feu sur les assiégeants. Mais rien ne dit, là aussi, qu'elles n'auraient pas tiré en l'air. Ce qui parait le confirmer d'ailleurs c'est que les assaillants se dispersent en courant, pour s'arrêter de suite, sans manifester de peur. Une autre vidéo est présentée comme particulièrement significative : des représentants des autorités, d'après le commentaire, s'attaquent avec violence à des familles de blessés dans un hôpital. Mais c'est le commentaire, seul, qui l'affirme. Les images, elles, sont floues, et ne disent rien de bien précis, sur la localisation de l'évènement dans le temps et l'espace. Dans l'ensemble du documentaire, on ne voit rien d'indiscutablement létal si ce n'est une scène, qui a déjà été largement diffusée comme preuve de tuerie, celle de corps dans des housses noires. Images étranges car les gens circulent avec calme pour identifier les corps, dans un lieu d'évidence protégé. Ce serait donc des images plutôt officielles, présentées par les autorités, pour asseoir leur accusation de civiles innocentes victimes des provocateurs de ces troubles. On voit, à un moment, dans un plan très étroit, une fraction de seconde, un corps étendu à terre, mais, fautes d'autres repères, rien n'aurait permis, là aussi, de comprendre la scène, s'il n'y avait pas eu le commentaire. Une vidéo semble être au centre du documentaire, car elle est remise plusieurs fois, c'est celle d'un véhicule qui fonce sur les manifestants. Ce serait là effectivement, une preuve convaincante d'une répression délibérée, violente et disproportionnée, mais on a l'impression étrange de déjà-vu. Et de fait, elle ressemble étrangement à une même vidéo concernant la répression des manifestations au Maroc le 2 octobre 2025 (1); A contrôler donc. Il fait préciser, en outre, qu'il n'y a jamais de source précisée aux informations présentées, sauf pour un évènement où la source donnée est celle d'Human Rights, une organisation humanitaire connue, donc supposée crédible, mais, sur cet évènement, elle procède elle aussi par affirmation. Bref, on s'aperçoit à la fin qu'il s'agit, presque toujours, d'affirmations présentées sur un ton dramatique, tragique, suggérant l'urgence d'une intervention rapide, comme ce fut le cas pour la Libye, pour laquelle on disait qu'il s'agissait de massacres de masse qu'il fallait arrêter immédiatement. On sait qu'il n'en était rien. Une immense manipulation ? S'agirait-il de nouveau, d'une immense manipulation, Tout semble l'indiquer. Mêmes causes, mêmes effets, mêmes procédés. Il ne faut pas oublier que c'est sur ces images, telles qu'elles sont regroupées dans ce documentaire, et sur rien d'autre, que c'est construite une énorme opération médiatique qui a servi à justifier la terrible guerre actuelle. On s'aperçoit qu'il s'agit finalement d'une réalité purement médiatique, dans une campagne de préparation de l'agression pour laquelle ont été déployés des moyens gigantesque. De toute façon, je mets ici, en lien, cette enquête documentaire pour que chacun puisse en juger par lui-même(2) A Gaza, les images des massacres étaient données en live, indiscutables. Et pourtant, les mêmes puissances mediatico-politiques qui ont fait campagne contre l'Iran ont nié la réalité de ces massacres et du génocide. Dans quel monde nous font-ils vivre ? En conclusion, ce qui semble certain, c'est qu'il y a eu un nombre important de victimes, à l'occasion des manifestations en Iran. Le chiffre donné par le pouvoir iranien est de 3000 et il est, en lui-même, déjà considérable pour ne pas en rajouter. Ce qui est aussi très certain, c'est que le nombre n'est pas celui avancé par les médias occidentaux. Rien ne vient le prouver. Il reste une question: est-ce que la répression a été dirigée contre des manifestants pacifiques ou pour affronter des troubles dus à une opération de «Régime-change». La deuxième hypothèse semble la plus vraisemblable puisqu'il y a eu des appels au soulèvement lancés par Netanyahu et Trump et que le Mossad a confirmé lui-même, de façon d'ailleurs surprenante, qu'il est intervenu par ses agents, y compris avec les fournitures d'armes. Cette opération, on le sait maintenant, devait coïncider avec une opération visant à décapiter le régime. Cette opération a eu effectivement lieu. Mais les israélo-américains devaient certainement compter sur des troubles de longue durée, ce qui a déjoué leurs calculs. La façon presque immédiate avec laquelle les troubles se sont arrêtés vient confirmer la manipulation étrangère. On ne peut, en effet, expliquer l'arrêt de ces troubles par une répression qui aurait été impitoyable. On ne peut rien faire contre un peuple unanime qui se serait levé partout, comme cela a été décrit dans les médias occidentaux. Aucune force policière ou armée ne le peut. Elles seraient totalement débordées. Ou alors il faudrait expliquer les manifestations monstres de soutien au pouvoir qui ont eu lieu les jours suivant ces troubles, et celles qui se déroulent jusqu'à présent sous les bombes, un peu partout en Iran. Y participent aussi les dirigeants qui semblent être accueillis avec sympathie, à voir la façon avec laquelle ils se mêlent à la foule, à celle avec laquelle les iraniens prennent des selfies avec eux, et plein d'autres détails qu'on ne peut inventer. De plus, après ce qui s'est passé, il ne faut pas oublier que ces dirigeants savent que cette audace, que ce courage peuvent leur coûter la vie et que leurs assassins les guettent. On peut bien sûr dire que tout cela est organisé par le pouvoir. On peut tout dire lorsqu'on ne s'appuie pas sur des faits. Actuellement même, en ce mardi 7 Avril, on peut voir en direct les images des iraniennes et des iraniens occupant les rues en attente des bombardements israélo-américain et de l'enfer» promis par Trump. Ils sourient, déambulent calmement, drapeau national à la main, dans une fraternité sociale que les peuples ne connaissent que dans les évènements majeurs de leur histoire. NB: L'actualité va vite. Cet article était rédigé, lorsque les évènements se sont précipités. Le Mardi 7 Avril, Trump écrit ceci:» Toute une civilisation mourra ce soir pour ne jamais être ramenée.». L'Amérique est-elle si malade qu'elle ait élu, à sa tête, un homme qui tient des propos aussi déments. Ils ne s'embarrassent même plus, lui et Netanyahu, de l'argument initial, qu'ils veulent sauver un peuple. Comment des gens ont-ils pu croire à un tel argument. Ceci conforte donc ce qui a été dit, plus haut, dans cet article. Le 8 avril, aux premières heures du matin, soudain d'autres bonnes nouvelles parviennent d'Amérique: des élus, sénateurs et représentants américains annoncent qu'ils vont demander au Congrès de se réunir en urgence pour demander la destitution de Donald Trump, en application du 25eme amendement de la Constitution des Etats Unis. Puis, quelques instants avant la fin de l'ultimatum, on annonce un accord américano-iranienpour un cessez-le feu de 15 jours et l'ouverture du détroit d'Ormuz sur la même période. Les bonnes nouvelles se succédant, Donald Trump affiche, lui-même, le plan en 10 points présenté par l'Iran, et dit «qu'il est viable». C'est déjà un immense succès pour le peuple iranien. Pourra-t-on prononcer le mot de victoire ? Notes (1)- https://www.youtube.com/shorts/Rc73yCRohEI (2)- https://youtu.be/HLdC4HFCdHE?si=ymZ9Tq_q23jxKlQX |
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