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Santé: Vers un assouplissement des critères pour l'ouverture de pharmacies

par M. Aziza

La question de l'octroi d'agréments pour les nouvelles officines privées revient au devant de l'actualité avec le projet de réviser les critères pour le transfert et l'installation de nouvelles pharmacies. Et ce, dans le souci de répondre aux besoins locaux tout en faisant de la pharmacie un service public.

Le ministre de la Santé, M. Mohamed Seddik Aït Messaoudene, a annoncé dans ce sens l'élaboration d'un projet de décret exécutif visant à réviser les conditions et modalités d'exercice de la profession de pharmacien, conformément à l'article 250 de la loi relative à la santé. Ce texte est actuellement à l'étude par une commission regroupant experts, techniciens, partenaires sociaux et le Conseil de déontologie professionnelle. Avec le principal objectif d'assouplir et d'élargir les conditions d'octroi des agréments pour l'ouverture d'officines privées, afin d'augmenter leur nombre à l'échelle nationale.

C'est d'ailleurs ce qu'a affirmé le ministre de la Santé lors d'une séance plénière consacrée aux questions orales à l'Assemblée populaire nationale (APN), jeudi dernier. La réforme permettra de répondre à la forte demande des pharmaciens non encore agréés, inscrits sur des listes d'attente, dont les dossiers seront désormais traités via une plateforme numérique, garantissant transparence et équité.

Avec un parc actuel de 12.938 officines privées, ce nouveau cadre réglementaire vise également à améliorer la couverture pharmaceutique, à assurer la disponibilité des produits pharmaceutiques et des équipements médicaux, et à renforcer l'accès des citoyens aux services de proximité. Le Dr Samy Khellef, membre du Syndicat national des pharmaciens algériens agréés (SNPAA), a affirmé, dans une déclaration au Quotidien d'Oran, qu'il est certes nécessaire de mettre à jour les conditions d'installation des officines privées. Mais, il préconise de prendre en considération l'aspect financier et le modèle économique de l'officine. Il a souligné que, malgré les évolutions du secteur, le fonctionnement économique des pharmacies demeure régi par une loi datant de 1998, devenue aujourd'hui obsolète. À ce titre, il a insisté sur la nécessité de revaloriser la marge bénéficiaire du pharmacien, estimant que celle-ci ne reflète plus la réalité des charges actuelles.

Ouvrant une parenthèse explicative, le Dr Khellef a rappelé que la mention SHP figurant sur la vignette correspond au Service d'honoraires du pharmacien, c'est-à-dire la rémunération perçue en contrepartie des conseils, orientations et indications fournis aux patients concernant les traitements. Or, cette prestation varie actuellement entre 1 dinar et moins de 3 dinars, un montant jugé dérisoire. Il a précisé que le texte réglementaire fixant cette marge est désormais totalement dépassé.

Selon lui, avant d'introduire de nouvelles conditions d'installation, il est impératif de réviser ce cadre juridique, afin d'éviter la faillite de certaines officines, déjà en difficulté face aux charges financières qui leur incombent.

Le Dr Khellef a également regretté que le SNPAA n'ait pas été associé à l'élaboration du projet de décret, soulignant la nécessité d'impliquer le syndicat dans ce processus. Il a reconnu l'existence d'une forte pression de la part des pharmaciens souhaitant ouvrir leurs propres officines. « Il y a même ceux exerçant dans les hôpitaux ou dans l'industrie pharmaceutique», dit-il. Mais, ajoute notre interlocuteur, il est nécessaire de prendre en compte la carte pharmaceutique existante ainsi que la viabilité économique des pharmacies, certaines éprouvant déjà des difficultés à équilibrer leurs comptes.

Pour sa part, Mouad Tabaïnet, président de l'Association nationale des pharmaciens algériens (ANPHA), a déclaré que son organisation, bien qu'étant un partenaire du secteur, n'a reçu à ce jour aucun dossier ni projet officiel relatif à la révision des conditions d'installation des officines. Il a précisé que cette problématique est régulièrement soulevée par les députés devant chaque nouveau ministre de la Santé.

« À ce stade, nous ne connaissons ni le contenu ni les détails du projet. Nous savons seulement que le Conseil de l'ordre des pharmaciens pourrait, dès la semaine prochaine, remettre un texte sous forme de proposition ou de contribution sur cette question », a-t-il conclu.

Un projet de décret pour l'encadrement des compléments alimentaires

Le ministre de la Santé a indiqué, par ailleurs, que son département a élaboré deux projets de décrets exécutifs. Le premier fixe les conditions et modalités de description des substances pharmaceutiques destinées à la médecine humaine, tandis que le second définit les caractéristiques techniques des compléments alimentaires destinés à la consommation humaine. Il a précisé que les deux textes ont été déposés au Secrétariat général du Gouvernement pour étude.