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Ecrivains d'ailleurs, mais... hommes d'ici
par Belkacem Ahcene-Djaballah MADAME L'AFRIQUE. Roman de Eugène Ebodé, Apic Editions, 198 pages, 600
dinars,Alger 2010
Ne vous fiez pas au titre. Il est trompeur. Le contenu du livre n'a absolument rien à voir avec Notre Dame d'Afrique et l'Algérie. Bien sûr, il y a un personnage du roman, un pied-noir, nostalgique du pays (plutôt de ses richesses) perdu, se sentant «exilé» en France, ayant «perdu la boule», un gros brin raciste, et qui, pour les besoins de sa «cause», s'est soi-disant converti à l'Islam (il finira imam du côté de Bab El Oued, distribuant des fetwas le jour et entretenant les tombes de ses ancêtres, clandestinement,la nuit). En fait, Madame l'Afrique, c'est l'histoire, racontée par un de ses enfants, d'un français ( ?) d'origine camerounaise, littérateur de vocation et chômeur de profession, partagée entre sa moitié légitime, petite bourgeoise du terroir, et une belle et blonde amante, un peu «révolutionnaire» . La première n'a rien contre les Africains (la preuve, elle est «tout contre» son mari) mais n'aime pas l'Afrique, la seconde aime l'Afrique et n'aime que son africain (qu'elle veut avoir pour elle toute seule). Une histoire de partage et de jouissance? l'Africain pris entre des feux qui ne font que le brûler, l'obligeant à abandonner sa progéniture au bénéfice d'autres, déjà assez pourvus, et repartir chez lui, pour se «retrouver». Mais malade et épuisé. Que peut-il alors faire pour son pays. L'Afrique, perdante sur tous les tableaux ? Avis : Trop de non-dits. Mais à lire. Par solidarité culturelle africaine, d'autant que l'auteur qui a séjourné en Algérie (Festival culturel panafricain ?) n'a pas oublié l'accueil fraternel. Extraits : «Les séparations ont ceci d'étonnant, de grotesque ou de choquant que les actes les plus ordinaires, entre des êtres longtemps familiers, apparaissent soudain, et de manière abrupte, impossibles à réaliser. Des murs invisibles et infranchissables médusent alors ceux qui les découvrent» (p 47), «L'envie de créer à tout prix ne forme pas l'artiste, elle le déforme» (p128), «Dans les chansons africaines, les métaphores servent à la transmission de vérités simples pour réduire la peur du dernier sommeil» (p 130), «On ne sait jamais combien de temps dure une vie. On sait simplement que les réussites des enfants atténuent les impatiences, suppriment les angoisses et peuvent dompter les vieilles douleurs des parents» (p 171), «Ce qui tue, ce n'est pas la mort. C'est la vie coupée sans annonce» (p 194) AU SOLEIL SANS CHAPEAU Roman de Louis Benisti,El Kalima Editions, 205 pages, 500 dinars, Alger 2013 (première édition, Marsa Editions, 2008). Un ouvrage qui relève bien moins du roman de fiction que d'un véritable chant d'amour pour une terre, une ville, Alger et ses hauteurs, un quartier, un environnement, une enfance «hors du temps», une famille, l'amour maternel, les copains, les jeux innocents? bref, tout un pays, avec son soleil et sa générosité? que l'auteur, ami de Camus, fils de l'Algérie «pied-noir» profonde, celle des gens simples et non celle des colons exploiteurs et des ultras racistes, n'a d'ailleurs jamais voulu quitter. Né à El Biar en mai 1903 dans une famille établie en Algérie depuis plusieurs générations, il y a enseigné le dessin jusqu'en 1972 (?). Installé dans le Sud de la France, il n'a pas oublié le vrai, le bon soleil du pays, un astre non pas perdu mais tout simplement loin de lui. Loin des yeux, tout près du cœur. On le sent. Avis : Du soleil plein les pages. Et, le soleil d'Algérie, raconté par un vieil homme, toujours enfant, c'est un peu triste, mais c'est beau. Comme des tableaux de peinture. Extraits : «J'ai toujours préféré m'asseoir sur une chaise plutôt que dans un fauteuil. On s'appartient mieux sur une chaise. On y est droit et vite debout tandis qu'il faut sortir d'un fauteuil dans lequel souvent on s'est affalé. Affaire de dignité» (p 9) NOIRS EN BLANC. Roman de Denis Labayle, Apic Editions, 332 pages, 700 dinars, Alger 2013 Une histoire bien simple. Celle d'un homme qui, parti (sélectionné et envoyé) d'Afrique (Congo alors démocratique) assez jeune (presque harrag), pour faire des études... de médecine, tous les horizons étant «bouchées», pour aller plus loin que le collège dans son propre pays - causes : misère, corruption, népotisme, favoritisme, bureaucratie ? tous les maux habituels (sic !). Il atterrit? à Cuba (pas de chance, durant la période qui avait vu l'embargo américain se durcir et l'aide soviétique diminuer)? puis ira en Russie (pas de chance, durant la période Eltsine)? puis, pour devenir spécialiste, il atterrit à Paris (recommandé par un grand prof ?russe? qui avait «goûté» du goulag sibérien avant Gorbatchev). Il raconte toutes ces vies, celles de ces compagnons africains d'(in-) fortunes toujours dures, les amitiés, les amours ratées, étant confrontées aux incompréhensions multiples et diverses des «autres» qui voyaient en l'immigrant, le «négro», une sorte d' «étalon»? alors qu'il était un médecin de qualité. Et, bien sûr, le sempiternel débat (car on retrouve dans l'histoire les inévitables mais nécessaires militants révolutionnaires, noirs ou blancs, qui luttent inlassablement contre les dictatures et les lobbies) sur «le retour au pays»... afin de contribuer au «développement national», pour ne plus «faire appel à l'aide étrangère». Cela se fera... grâce à... l'amour d'une consoeur qu'il avait aimé à Cuba et qu'il n'a jamais oublié. Mais qui, elle, était revenue tout de suite au pays se mettre au service des autres. Cherchez toujours la femme, pardi ! Avis : Un roman, certes, écrit comme tel, mais aussi un grand reportage de vie(s), qui se lit? comme tel. Triste mais optimiste et plein d'humour. Extraits : «La faim, c'est trop dur pour garder le moral» (p 9), «Souvent, on se croit enfermé dans un cul-de-sac, mais, si on cherche bien, on trouve toujours une issue.» (p 36), «Pour les étudiants, la Pravda présente deux atouts majeurs : le journal est gratuit, et il est imprimé sur du papier de qualité, très utile pour toutes les tâches ménagères et hygiéniques»(p 137), «Le monde est cruel pour ceux qui veulent le changer «(p 236) |
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