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Qui souffle sur les braises ?

par Abdelkader Leklek

C'est l'écrivain, humoriste et dessinateur François Cavanna, créateur des journaux satiriques français, Hara-kiri et Charlie hebdo, qui vient de décéder le 29 janvier 2014, qui disait :«Quand on brûle sa bougie par les deux bouts, on la fait tenir par son voisin».

Ainsi et à supposer que l'on s'amusât à remplacer voisin par n'importe quel autre acteur de la vie, vous imaginez la palette de possibilités qu'il peut y avoir pour spéculer à loisir ? Alors, qui veut bruler le pays par les deux bouts ? Selon les historiens de l'antiquité, Tacite et Suétone, parce que dégouté par la laideur des anciennes constructions en bois, et par l'étroitesse des rues de Rome, et espérant voir la ville, disparaitre dans les flammes, avant de mourir, Néron y mit le feu. L'incendie dit-on, dura six jours et sept nuits. Rome à cette époque comptait 800 000 habitants et les morts se comptèrent par milliers, rapporte-t-on. Cependant, à comparer entre le vœu incendiaire de Néron et les conséquences de l'incendie de la ville éternelle, il y avait eu en ce temps là, un choix politique impérial à faire. D'accord, nous n'en sommes pas là en Algérie, mais. Le pays connait une période préélectorale dont les éléments et les paramètres de lecture brillent par leur absconse. Les variables, mais également les constantes n'offrent point de lisibilités qui accepteraient et supporteraient une analyse déchiffrable pour être intelligible. Alors quand pour diverses raisons, l'on rajoute une couche d'énigmes non dénouables et un faisceau d'interférences non captables pour les communs des algériens. Il y de quoi être inquiet. Les peurs, les craintes et les appréhensions qu'éprouve l'être humain, sont souvent et au premier degré, dus à la non visibilité. Ce n'est pas par hasard, si le noir et l'obscurité d'un lieu provoquent ces sentiments de frayeur. Et dès que la lumière est présente ces émotions disparaissent, du moins, elles s'apaisent. A travers l'histoire chaque période laisse des marques indélébiles, soit d'infortune et de malheur, sinon des empreintes impérissables de quiétude et de prospérité. Mais comme l'histoire est le fait de l'homme, elle retient autant ceux qui auront servi l'humanité et dévoile également ceux qui lui auront nui. C'est l'académicien français Maurice Druon, qui disait :'' les tragédies de l'histoire révèlent les grands hommes ; mais ce sont les médiocres qui provoquent les tragédies''. Depuis 1787, tous les constitutionnalistes du monde demeurent fascinés et plusieurs d'entre eux avaient tenté d'imiter le court préambule de la constitution des Etats-Unis qui énonce en traduction française : ?'Nous, le peuple des Etats-Unis, en vue de former une union plus parfaite, d'établir la justice, de faire régner la paix intérieur, de pourvoir à la défense commune, de développer le bien-être général et d'assurer les bienfaits de la liberté à nous mêmes et à notre postérité, nous décrétons et établissons cette constitution pour les États-Unis''.

C'est du pur style dit : le facile inaccessible, comme diraient les poètes classiques arabophones, A Sa'hl al moumtan'a. C'est là un des textes impérissables d'anthologie qui marquent l'Histoire. Ainsi, pareillement et sans chauvinisme primaire, c'est par cet exorde que s'annonce un autre texte immortel ; la déclaration du premier novembre 1954,en avisant :'' A vous qui êtes appelés à nous juger -le premier d'une façon générale, les seconds tout particulièrement-, notre souci en diffusant la présente proclamation est de vous éclairer sur les raisons profondes qui nous ont poussés à agir en vous exposant notre programme, le sens de notre action, le bien-fondé de nos vues dont le but demeure l'indépendance nationale dans le cadre nord-africain''. Cette humilité dans la formulation du programme et dans celle de la présentation des hommes et des femmes qui en étaient les promoteurs, se couronna tout simplement, par l'indépendance de l'Algérie et la liberté des algériens. Il n'y a ni passion, ni intérêts matériels, manifestes ou bien douteux, dans cet appel que gardera l'histoire. Il y a une force sincère dans ce signal ; la libération d'un peuple soumis durant 132 aux affres d'un sauvage colonialisme de peuplement. Enfin à chaque époque ses hommes.

En Algérie indépendante et 50 ans après l'indépendance, tous les politiques devraient s'en inspirer et dépasser dans leurs déclarations, l'étroitesse de tous les carcans égoïstes, narcissiques et exclusifs, qui au final attentent gravement à ce que tous les algériens possèdent en commun. Le discours inopportun, quand, bien même étayé par la charge émotionnelle de son émetteur ; demeure fâcheux pour la communauté toute entière. Empiler des évènements malheureux qu'a connus le pays et en faire supporter la responsabilité à un département du ministère de la défense, institution de souveraineté de l'état, chargé de la sécurité, dénote d'une légèreté offensante dans l'appréhension de la cohésion nationale comme liant, de la part d'hommes politiques. Bien sur qu'il y a eu l'inénarrable assassinat du président Boudiaf à Annaba, et aussi la foirade à la dernière minute de l'exécution de l'attentat contre le président Bouteflika à Batna. Ainsi que la mise en échec de l'attaque du site gazier de Tiguentourine, avec un exemplaire professionnalisme des unités spéciales de l'ANP, intraitables avec les ennemis de la liberté. C'est également une grande perte qu'a subie le pays à travers le lâche assassinat du leader syndical Abdelhak Benhamouda. Oui le drame humain du monastère de notre Dame de l'Atlas laisse une grande plaie immatérielle, morale dont la cicatrisation ne peut être que spirituelle. Alors pourquoi remuer 17 ans après, cette meurtrissure du déchirement, quand ce sont les éléments des hordes djihadiste qui ont eux-mêmes reconnu de vive voix l'horrible assassinat des moines de Tibhirine. Pourquoi ressortir toutes ces vieilles catastrophiques contingences à la veille de l'élection présidentielle ? Pourquoi en imputer la responsabilité exclusive aux forces de sécurité. N'a-t-on rien retenu de ce qu'il en couta au pays et aux algériens par les excitateurs du célèbre :''qui tue qui'', instrumentalisé jusqu'à ne plus en pouvoir ? Ces déplorables circonstances remises au gout du jour, ont procuré l'aubaine à des revenants, personnes furieusement pétroleuses durant la décennie noire de reprendre du service à l'intérieur du pays et outre mer, malheureusement pas en faveur de la paix et de la stabilité en Algérie.

La veille d'élection est toujours un moment d'incertitudes, mais aussi d'inconstances, voire de versatilités, qui oblige les protagonistes en place à résister naturellement aux changements annoncés. Néanmoins, le scrutin à cette présidentielle-ci, particulièrement, est une étape politique dans la vie du pays qui commande éminemment de la retenue et de la modération dans le propos, dans le geste et dans l'action aussi. C'est Tahar Benjelloun, qui disait dans son roman, l'auberge des pauvres, que :''la passion est un ouragan, quelque chose de sublime qui précipite le désastre. C'est une histoire qui se termine toujours mal''. Réagir à l'épidermique, loin du propre de la raison, et quasiment sans discernement, quand on se dit politicien, exhibe tout nus celui et ceux qui s'étaient souvent tus, quand parés des plus beaux atours de la république, ils poursuivaient d'autres avantages, géraient leurs carrières et comptabilisaient le montant des dividendes. L'intérêt commun, pour ceux qui en hommes politiques le perçoivent, en assumant pleinement cette responsabilité, produit systématiquement la sécurité commune. Le contraire déclenche platement les effets inverses. Alors qui veut détricoter l'œuvre de ceux et celles qui avaient osé, la peur aux tripes, interpeller le peuple algérien le premier novembre 1954, sous l'égide du FLN historique naissant, se dégageant et se débarrassant de toutes les compromissions ? Eh ben, ce sont quelques uns du FLN nouveau, perverti et devenu nébuleux de l'obscurité. Ces attitudes au-delà d'être préjudiciables au pays avec toutes ses diverses composantes, sont une démonstration fragrante d'une panne généralisée dans les mécanismes de ceux qui ambitionnent de briguer des mandats populaires, pour diriger le pays et pour être utiles et au service des algériens ! Et encore, comme si aveuglés par les échéances électorales mais surtout paniqués et affolés par les effets de leurs aboutissements, ils font comme s'il n'y avait pas eu de morts en Algérie. Ceux qui avaient pris les armes, avaient fait un choix. Alors, je demande à l'auteur de ces billevesées de prendre le bus, le train ou le taxi collectif et de pénétrer l'Algérie profonde, comme le font ces algériens d'en bas, et aller à la rencontre des mères de tous ces jeunes morts pour l'Algérie, djoundis, gendarmes, policiers, patriotes et gardes communaux, qui faisaient dans leurs uniformes l'espoirs de leurs familles et de tout le pays.

Dans quel état elles se trouvent aujourd'hui ? Il saura que malgré les griffures du deuil à jamais incrustés dans les cœurs et en dépit des bleus pour toujours tatoués dans les âmes de ces mamans éprouvées dans ce quelles ont de plus précieux. Il verra qu'elles sont convaincues que nonobstant la pauvreté et la solitude parfois jusqu'au mépris, qu'elles ont payé un tribut pour que le pays et tous les algériens vivent et que la vie continue. Monsieur le diffamateur, l'Algérie n'est pas uniquement Alger, et n'a pas pour horizon seulement, les lambris de la république, le m'as-tu à la télé nationale, sinon le déplacement dans la plus puissante des cylindrées allemande noire de couleur et aux vitres fumées. Tout cela n'est que superflu, en comparaison aux sables qu'avalent, matin midi et soir, des hommes de troupes, des sous officiers et des officiers de l'armée et des services de sécurité à travers toutes les frontières du pays devenues zones d'hostilités menaçantes. Oui monsieur le calomniateur, ces hommes et ces femmes d'Algérie ont choisi ces métiers pour que les algériens puissent aller à l'école, se soigner, se transporter, voyager, commercer, faire de la politique et n'aient pas peur. Monsieur réveillez-vous le pays n'a plus besoin d'archaïsmes, et sans aucune pédante prétention, je suggère à monsieur le pourfendeur des sauveurs de l'Algérie de lire :'' le dormeur du val'' de Rimbaud et de poursuivre sa lecteur à déchiffrer le texte du ?'déserteur'' de Boris Vian, peut-être comprendrait-il, ce que des algériens ont payé pour que lui, ait l'aubaine d'embouer et de tacher comme il l'a fait. Grandeur et décadence. Quand tous les algériens ont choisi la paix, aux pris les plus forts ; des hommes politiques se singularisent en voulant que les braises flamboient toujours, bruissant l'avertissement d'un embrasement gratuit, mais létal. Monsieur vos appétences tant matériels que politiques vous égarent, retenez-vous. Que l'on ait été pour, contre ou bien sans opinion, sachez qu'un projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale a été adopté par voie référendaire en 2005. Et dès lors, il devient opposable à tous. En son titre 1, ce document stipule :'' le peuple algérien tient à rendre un vibrant hommage à l'Armée Nationale Populaire, aux services de sécurité ainsi qu'à tous les patriotes et citoyens anonymes qui les ont aidés, pour leur engagement patriotique et leurs sacrifices qui ont permis de sauver l'Algérie et de préserver les acquis et les institutions de la république. En adoptant souverainement cette charte, le peuple algérien affirme que nul, en Algérie ou à l'étranger, n'est habilité à utiliser ou instrumentaliser les blessures de la tragédie nationale pour porter atteinte aux institutions de la république algérienne démocratique et populaire, fragiliser l'Etat, nuire à l'honorabilité de tous ses agents qui l'ont dignement servie, ou ternir l'image de l'Algérie sur le plan international''. Cette affirmation avait ensuite été traduite en dispositions répressives dans le code pénal algérien, en plus de l'article 75 de l'ordonnance de 1966, portant le même code, qui punit lourdement, quiconque en temps de paix aura participé en connaissance de cause à une entreprise de démoralisation de l'armée, ayant pour objet de nuire à la défense nationale. Sauf que même reçue au premier degré, cette attaque frontale, d'une véhémence telle, d'un seul homme fut-il le secrétaire général du FLN ; ne cadre pas avec la conjoncture politique préélectorale qui prélude, en tout état de cause, à une reconfiguration du paysage politique national. Ce qui inéluctablement déclenche des stratégies, des démarches, des manœuvres, des plans, et autres entreprises pour se placer et afin de se repositionner, pour un nombre de coteries, de camarillas et de groupes de lobbying.

Cependant la grappe à laquelle appartient l'auteur de cette attaque, que commente tout le pays depuis le 03/02/2014, avait opté pour l'utilisation de l'artillerie lourde, contre celui ou ceux, les institutions républicaines, comme la justice y compris, pour entamer cette guerre de recomposition et de replacement politiques, post présidentiels. Mais, est-ce là une manière, des attitudes et un comportement qui montrent ce faisant, que l'on tend vers la protection de la paix et de la démocratie en Algérie, en faveur de tous les algériens ? Cela ne semble pas être le cas. L'odeur de l'égocentrisme, de la vanité et de la démesure, exhale et propage fortement à travers les quatre points cardinaux du pays, la suffisance et l'arrivisme marqueur d'un carriérisme politique, d'un siècle éculé. Ainsi, c'est comme disent les juges arbitres lors des épreuves de natation : tel nageur avait été disqualifié, parce que sorti de son couloire de nage. On ne peut être partout performant et adaptable à toutes les époques, sauf à posséder les attributs et les capacités du caméléon. Mais là aussi il y a un problème. Car pour finir comme j'avais commencé ma chronique, je convoque une seconde fois, Cavanna, qui disait lui à ce propos que :''le caméléon n'a la couleur du caméléon que lorsqu'il est posé sur un autre caméléon''. Cherchez l'erreur. Oui messieurs dames, toute la terre nous regarde.