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FLN: A l'aube d'un autre changement !

par Ghania Oukazi

Placé par un vote à huis clos à la tête du FLN, Mohamed Djemai appelle, depuis quelques jours, son prédécesseur au même poste, Mourad Bouchareb, à quitter le perchoir de l'Assemblée «comme l'exige le hirak».

Celui qui a été intronisé à la tête de l'APN avec fracas et par la force des mains et d'un cadenas doit, ces jours-ci, partir par les mêmes moyens. « Kama toudinou toudanou », Mourad Bouchareb va être destitué du perchoir de l'Assemblée après en avoir chassé Saïd Bouhadja, il y a quelques mois. Il l'a fait avec arrogance, par la force physique de videurs et en toute impunité. Les députés qui avaient été instruits pour l'aider à réussir son coup d'Etat d'inculte l'accablent, aujourd'hui, des mêmes accusations. Ils utilisent, contre lui, les mêmes slogans que ceux qu'ils avaient lancés, contre Bouhadja pour le chasser d'une institution de la République dont ils avaient cadenassé la porte officielle. Le FLN a pris cette sale habitude de se donner en spectacle pour rester dans les bonnes grâces du pouvoir en place. Intronisé en parti du pouvoir depuis l'indépendance du pays, l'ex-parti unique s'est spécialisé depuis les années 90, dans les mises en scènes de destitution et d'allégeance autant qu'en voudra le pouvoir du moment. Il est devenu cet instrument de propagande qui bâterait des montagnes pour propulser ses «maîtres», au-dessus de la mêlée. Placé secrétaire général du FLN, par une urne secrète et un vote dans l'obscurité, Mohamed Djemai ne déroge donc pas à la règle. Il a été chargé de faire destituer Bouchareb «comme l'exige le hirak», par un retrait de confiance que les députés du Parti devront le lui exprimer, mardi prochain.

Formatés qu'ils sont dans la magouille, les coups bas, l'indécence et l'opportunisme, ses pairs exécuteront à la lettre la feuille de route qui leur a été transmise, à cet effet. Ils n'arriveront peut-être pas jusqu'à mettre un cadenas à la porte de l'APN parce que l'ordre leur est venu d'un pouvoir militaire qui ne veut pas perdre de temps.

Si la dignité devait être évaluée par une unité de mesure, elle bloquerait à l'entrée du FLN, tant son personnel tourne casaque en un temps record. Rompu à la députation depuis plusieurs années, Djemai a demandé, jeudi dernier, aux députés de son parti à faire de l'APN un «,véritable contre-pouvoir». Il les a «interpellé de manière solennelle à redresser l'APN et à lui redonner l'ensemble de ses prérogatives dans l'élaboration des lois et de contrôle de l'Exécutif.» Pour être plus dans l'air du temps, il leur a rappelé que «l'APN est une représentation du peuple que nous avons décidé de soutenir et de manière tangible, (elle) doit se mobiliser pour répondre aux revendications du mouvement populaire». Depuis qu'il en est devenu SG, le FLN a changé de partitions pour se transformer en machine de propagande soutenue au bénéfice de l'état-major de l'armée. Le Parti n'est pas le seul à chanter les mérites de l'institution militaire. Les médias publics en ont sortis même des spots pour El Iftar. C'est terrible comme les mauvaises habitudes ont la peau dure. Le changement du système semble se faire mais en remontant le temps, celui du fameux cabinet noir qui dirigeait les responsables civils et les affaires de l'Etat avec une main de fer. Le chef d'état-major de l'ANP recourt, ces derniers temps, à tous les moyens pour que l'armée soit reconnue comme force de proposition et de règlement de la crise politique. Les partis de l'opposition à Bouteflika le lui ont bien demandé de l'être même s'ils se sont toujours contentés de survire par l'effet d'une politique de quotas fixant les limites de leur présence au sein des institutions élues.

Mais Gaïd Salah doit voir que bien que placé en détention préventive, le spectre de ‘rab edzaïr' plane sur le pays et lui donne du fil à retordre. Il est, aujourd'hui, face à un «hirak» qui campe sur ses revendications premières en tête, «le départ des symboles du système» avec en toile de fond l'intransigeance des pouvoirs occultes à ne pas lâcher prise sur des zones névralgiques du système. Le pays s'enlise dans une crise politique qui, au-delà des scènes de spectacle comico-tragique de la justice, est loin d'avoir des solutions à portée de main. L'on avance que l'élection présidentielle du 4 juillet prochain pourrait être reportée à la fin du mois d'octobre. Report que Gaïd Salah ne déciderait que forcé parce qu'il refuse de donner le temps à ses adversaires pour se redéployer.