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Intempéries: Oran paralysée après quelques heures de pluie

par Salah C.

Les premières pluies d'automne ont de nouveau mis à nu toutes les tares du réseau d'évacuation des eaux pluviales de la ville d'Oran. Et quand on sait que le cycle humide ne fait que commencer, comme l'affirment les climatologues, il est à craindre le pire et d'aucuns s'interrogent sur ce qu'est advenu du fameux projet des 1.000 avaloirs retenu par l'APC d'Oran en 2002.

 Hier, nombre de citoyens dans certains quartiers se sont retroussés les manches pour déboucher des avaloirs totalement obstrués, en dépit du fait que depuis quelques jours, des agents communaux ont commencé le curetage au niveau de plusieurs quartiers de la ville comme à proximité du parc d'attraction où l'eau a atteint plus de 30 cm. Ici, la circulation a été bloquée durant plusieurs heures. En l'espace de quelques heures, plusieurs artères étaient totalement inondées, au grand dam des piétons et des automobilistes complètement bloqués. Un citoyen fera la réflexion suivante : «On a pris le pli, car les services concernés ont appris à réagir et ne jamais agir». C'est l'exemple de l'Avenue Mekki Khelifa qui, pourtant, avait bénéficié d'une opération de rénovation du réseau d'assainissement. Sachant que cette artère, faisant partie du deuxième périphérique, constitue le prolongement du Boulevard Fares Lahouari, dont la pente va vers le rond-point de la Glacière et qui reçoit les eaux en provenance de la route de Aïn Beïda. Ici la circulation automobile était difficile à certains endroits, et ce jusqu'à l'intersection avec l'Avenue de l'ANP. Au quartier de l'USTO, même constat et cette fois, en raison de la conception même du réseau d'évacuation qui aurait été réalisé, selon les premiers habitants, à contresens de la configuration du terrain d'où les sempiternels refoulements des eaux pluviales. A tous ces habituels désagréments, s'ajoutent ceux causés par le chantier du tramway d'Oran, comme c'est le cas à l'Avenue de l'ANP dont les tranchées creusées se sont transformées en certains endroits en de véritables canaux navigables, ce qui fera dire ironiquement à un piéton bloqué «pour rejoindre l'autre rive», que «si les pluies venaient à persister, ces tranchées peuvent être utilisées facilement pour un transport fluvial». En effet, les passages aménagés çà et là avec quelques tremplins en bois ne peuvent tenir longtemps et si ces averses venaient à perdurer, comme devait le crier fort une dame en colère, «aller de Boulanger vers Medioni ou l'inverse deviendrait un problème pour les piétons et, en attendant les 1.000 avantages tant attendus, les piétons devront prendre leur mal en patience et auront à affronter un million de désagréments».

 L'autre point noir se situe au niveau du 3ème périphérique, notamment entre Petit Lac et le rond-point de la cité Djamel en passant par celui d'El-Bahia. Sur ce tronçon, qui connaît un trafic dense, les automobilistes devaient prendre des raccourcis via de petites ruelles pour avancer. Ainsi, un grand lac s'est constitué juste à proximité du Petit Lac, et ce sur les deux voies carrossables. A quelques encablures, au rond-point El-Bahia, comme à l'accoutumée, la circulation était difficile en raison du niveau d'eau et là aussi des bénévoles, armés de barres de fer, ont tenté de déboucher les quelques avaloirs installés. «Avec des moyens dérisoires et vu la quantité d'eau, ce n'est que du temps perdu», s'exclama un automobiliste coincé entre deux camions.



La trémie de Sidi Djamel, véritable piège à eau



Mais c'est incontestablement au niveau de la trémie de Sidi Djamel, véritable piège à eau, que la désolation a atteint son paroxysme. Au plus bas niveau de l'ouvrage, un véhicule de marque Kia a été complètement inondé et, sur place, trois pompiers étaient à pied d'oeuvre pour le dégager en le rattachant à un autre véhicule. Le conducteur a pu quitter son véhicule à temps... en nageant. De visu, on pouvait apercevoir le niveau de l'eau qui atteignait près de 1,50 m. Au même endroit, un semi-remorque transportant un conteneur était également bloqué et un autre tentait de le remorquer. Ce spectacle a suscité la curiosité de dizaines de passants qui, leur téléphones mobiles à la main, filmaient ou photographiaient le désastre. «De quoi alimenter Youtube et d'autres sites avides de séquences insolites», lançait un curieux parmi une foule qui s'étoffait au fil des minutes. L'eau boueuse emmagasinée sur plus de 30 mètres en long signifiait que d'importantes quantités de terre provenaient des parois intérieures qui surplombent la trémie. Sur le tronçon reliant cet endroit avec Haï Sabah, si la chaussée n'est pas relativement inondée, ce sont des ralentisseurs, pourtant installés depuis quelques jours, qui se sont décollés pour devenir des cassis. Pleins d'eau, ces nids-de-poule sont devenus de véritables risques pour les automobilistes. Plus loin au niveau du rond-point de Haï Sabah, un bus s'est renversé dans la matinée, ne faisant heureusement aucun dégât.

 A la périphérie de la ville, les fortes pluies qui ont été estimées à 70 mm, un niveau dépassant de très loin la moyenne enregistrée pour le mois de septembre, les averses, qui ont coïncidé avec les heures de pointe, ont rendu la circulation difficile comme c'est le cas à Haï Amel, une cité avoisinant ChteÏbo. Le site en question a été inondé et il a fallu l'intervention des éléments de la Protection civile, des services techniques de la commune de Sidi Chami et de la Société des Eaux et de l'Assainissement d'Oran (SEOR), pour évacuer les eaux des habitations. A signaler, par ailleurs, l'évacuation des élèves d'une école à Sidi Mâarouf, dont les salles de classe ont été envahies par les eaux pluviales. De son côté, la Protection civile précise que ses équipes sont intervenues à 55 reprises. Enfin, à rappeler que les cellules de crise des communes d'Oran, Bir El-Djir, Es-Sénia, Misserghin et Sidi Chami ont été réactivées pour prendre les mesures appropriées en matière d'intervention aussi bien au niveau des axes routiers et des quartiers d'habitation.