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Halimi Gisèle, l'autre Kahina !

par Belkacem Ahcène-Djaballah

Maghrébine, Zeiza Gisèle Elise Taïeb est née à la Goulette (Tunisie) en 1927. A côté de ses activités d'avocate «au verbe charmant», et de son engagement politique pour la cause féminine, elle est l'auteure de plusieurs ouvrages, comme «Djamila Boupacha» (1962), un livre (avec Simone de Beauvoir) dont la couverture était illustrée par le fameux portrait de Djamila réalisé par Pablo Picasso. «Le Procès Burgos», «La Cause des femmes», «Avortement, une loi, un procès», «Le lait de l'Oranger», «Une embellie perdue», «Avocate irrespectueuse» et un superbe roman dans lequel elle a, très certainement, voulu «tout donner» : «La Kahina» (Editions Barzakh, Alger 2007, 260 pages). Elle y raconte l'histoire, assez romancée et à sa manière, de notre héroïne berbère faisant face aux conquérants, venus de la péninsule arabique, par ailleurs pas antipathiques pour un sou d'autant que le «soutien physique», pour ainsi dire, de l'héroïne n'est autre que Khaled, un bel Arabe fait prisonnier. Les porteurs de l'Islam, sont là, prêts à la revanche et à la conquête du pays, car battus à plate-couture, une première fois.

L'autre satisfaction vient d'une connaissance érudite de la population berbère et des mœurs de l'époque. Un peu sévère, mais c'est pardonnable tant il est vrai qu'on la sent « bien de chez nous », portant sa berbérité dans son âme et criant, à travers son roman, son appartenance à un peuple certes toujours traversé de dissensions internes, éternel rebelle, mais toujours debout et uni pour sa liberté. Un livre à lire et à faire lire par tous ceux qui aiment leur berbérité et ceux qui n'ont rien contre les autres religions ! Et, une phrase qui veut tout dire : « Difficile et compliqué. Nous ne sommes pas un peuple ordinaire».

Elle, c'est Gisèle Halimi, une avocate française qui s'est très tôt engagée dans des causes nobles et «dures». D'abord la défense des syndicalistes tunisiens et la lutte pour l'indépendance de son pays natal dont elle a gardé la nationalité. Ensuite, la défense de la lutte pour l'indépendance de l'Algérie. Elle a, ainsi, signé aux côtés du célèbre écrivain et philosophe français, Jean Paul Sartre, le «Manifeste des 121» dans lequel les signataires, des intellectuels de gauche (dont Simone de Beauvoir), soutenaient le droit à l'indépendance de l'Algérie.

Et, rebelle, elle a défendu bien des militants, alors aux mains des forces de l'occupation coloniale dont Djamila Boupacha. En 1960, Gisèle Halimi, dans un procès qui restera mémorable, a pris la défense de la Moudjahida, alors arrêtée et torturée par les soldats français. Les autorités françaises et par la suite l'OAS, la poursuivront de leur rancune et de leur haine: expulsion de l'Algérie lorsqu'elle y venait pour défendre les militants FLN arrêtés, menaces et même tentatives d'attentat et d'assassinat (Elle a été condamnée trois fois à mort par l'OAS). Et, l'avocat Popie, chrétien progressiste, qui était son correspondant à Alger, a été assassiné ainsi que Me Garrigues, son successeur. Et, en 2001, elle a appris en lisant le livre du général tortionnaire Aussaresses, «Services spéciaux, Algérie 1955-1957», qu'elle était une des cibles à abattre).

Par la suite, son Altermondialisme, faisant partie, dès 1998, de l'équipe qui crée l'organisation «Attac» (Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne), sa lutte pour la dépénalisation de l'avortement en France, et son soutien à la Cause palestinienne (membre du jury du Tribunal Russel sur la Palestine, entre autres) n'ont pas arrangé les choses. Elle était de toutes les luttes progressistes et de toutes les causes féminines et n'oubliant jamais ses racines judéo-amazighes.

Gisèle Halimi, s'est éteinte ce mardi, à l'âge de 93 ans, au lendemain de son 93ème anniversaire. «Elle s'est éteinte dans la sérénité, à Paris », a déclaré un de ses trois fils, estimant que sa mère avait eu « une belle vie ». Un seul regret: elle a confié, bien que mère de trois garçons (dont l'actuel directeur du mensuel ‘Le Monde Diplomatique', Serge) elle « aurait aimé avoir une fille pour mettre à l'épreuve » son engagement féministe. Une vie bien pleine. Une femme extraordinaire. Belle, rebelle et femme d'honneur et de vérité. Qui fait partie de notre Histoire. Paix à son âme !

Le président de la République a salué son parcours militant et ses positions favorables à la lutte du peuple algérien pour l'indépendance nationale et le ministre des Moudjahidine lui a rendu hommage. On espère voir assez vite une institution, ou un lieu, ou une avenue de la Capitale porter son nom et qu'elle ne soit pas oubliée, en matière de décoration à titre posthume. A travers elle, ce sont tous les soutiens « étrangers » - connus ou anonymes, encore vivants ou décédés - à la Révolution algérienne qui seront honorés. Des compagnons, des ami(e)s, des frères et des sœurs !